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"Plus vous menez des actions agressives contre la chasse à la baleine, 
plus la population japonaise va vous tourner le dos", explique Toru 
Suzuki de Greenpeace Japon.

"Plus vous menez des actions agressives contre la chasse à la baleine, plus la population japonaise va vous tourner le dos", explique Toru Suzuki de Greenpeace Japon.

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International — “Ce combat est important pour tous ceux qui veulent améliorer le monde.” Nous avons donné la parole à Toru Suzuki, qui fait partie, avec Junichi Sato, des "Tokyo 2" (T2). L’année dernière, ils ont révélé le scandale de la viande de baleine, qui a fortement mécontenté les autorités japonaises. Le duo risque à présent une lourde peine. Dans l’attente de leur procès, les deux hommes ont été libérés sous caution. Greenpeace Belgique a pu interviewer Toru.

Des centaines de millions de personnes protestent partout dans le monde contre la chasse à la baleine, mais Junichi et Toru risquent 10 ans de prison pour cela. Ils ont déjà passé pratiquement 30 jours en détention préventive. Heureusement, ils ont bénéficié d'un soutien énorme de la part d'individus et d'organisations du monde entier. Amnesty International a qualifié l’affaire d’inquiétante, et 250.000 sympathisants ont demandé leur libération. “Même en cellule, je n’étais jamais seul, parce que je savais qu’énormément de gens nous soutenaient. Je veux remercier de tout mon coeur tous ceux qui nous ont soutenus”, raconte Toru.

C’est une boîte avec de la viande de baleine, qui aurait dû être remplie de carton selon l'étiquette, qui a mis le feu aux poudres. Junichi et Toru ont infiltré l’industrie baleinière et ont remis en mai 2008 la boîte aux autorités japonaises, en guise de preuve d’une fraude à grande échelle. Mais au lieu de dénoncer le scandale et d'enquêter sur les déclarations contradictoires des fonctionnaires, les autorités ont arrêté Junichi et Toru. L’antenne Greenpeace au Japon a également reçu la visite de la police et les habitations de quelques collaborateurs ont été perquisitionnées. Tout cela parce que le gouvernement japonais, qui subsidie la chasse à la baleine, veut étouffer l'affaire. Il y a des endroits plus paisibles pour travailler.

Comment êtes-vous arrivés à la campagne pour les baleines ?
“En mars 2007, un an avant l’enquête T2, j’ai commencé à travailler comme bénévole pour Greenpeace Japon. Le navire Greenpeace Esperanza mouillait alors dans le port de Yokohama, mais les autorités ne laissaient monter à bord aucun visiteur. Nous sommes pourtant allés saluer l’équipage. Nous avons été pris en chasse par deux bateaux. Des types aux allures de mafiosi nous ont menacés. 'Si c’est à ce genre de personnes que vous avez affaire, vous pouvez compter sur moi', ai-je dit à un activiste. J’étais comme la plupart des Japonais: je ne savais pas exactement comment fonctionnait la chasse à la baleine. Lorsque j'ai compris à quoi Greenpeace devait faire face, j’ai voulu en être.”

La chasse à la baleine est une tradition au Japon. La campagne a-t-elle porté ses fruits ces dernières années ?
“C’est une lutte très dure pour nous, c’est vrai. Le bureau de Greenpeace est ouvert au Japon depuis 1989. Mais de nombreuses années sont nécessaires pour sensibiliser les Japonais. Ils avancent encore trop d’arguments absurdes tels que ’il y a trop de baleines’ ou ‘elles mangent tout le poisson'. Depuis l’enquête T2, nous avons réalisé des progrès visibles, bien que la majorité de la population ne soit pas mieux informée. La chasse à la baleine est un problème international, au Japon, les gens n’en ont pas vraiment conscience. La conférence de presse organisée dans le cadre de l'enquête T2 a permis un  changement. Pendant quelques jours, tout l’intérêt médiatique s’est porté sur nous. Nous avons déstabilisé ces gens de l’industrie baleinière. Des politiciens semblaient également impliqués, raison pour laquelle l'affaire a été étouffée. Mais nous avons poussé les différentes parties impliquées dans la chasse à la baleine dans leurs derniers retranchements, de façon à les obliger à mentir. Pour moi, c'est notre plus grande réalisation.”

Vous bénéficiez du soutien d’experts, d’organisations et de sympathisants partout dans le monde. Pourquoi le Japon ne cède-t-il pas face à cette pression internationale ?
“Le gouvernement japonais ne veut pas que les autres pays lui donnent des leçons. C’est un refus historique. Surtout en ce qui concerne la chasse à la baleine, le Japon veut faire ses propres choix. A l'heure où notre monde est de plus en plus globalisé avec l’anglais comme langue commune et internet comme moyen de communication, le Japon, lui par contre, reste focalisé sur des questions intérieures. Plus vous menez des actions agressives contre la chasse à la baleine, plus la population japonaise va vous tourner le dos. Les activistes de Sea Shepherd, par exemple, sont considérés comme des terroristes ici. Leurs actions sont contreproductives. Greenpeace souffre de cette image, car nous voulons une solution constructive pour le problème.”

Etiez-vous conscient des risques d’une telle opération de dénonciation ? Aviez-vous prévu une  réaction aussi forte des autorités japonaises ?
“Je ne craignais pas d'intervention des autorités a priori, non. Ce que nous avons fait en prenant une boîte de viande de baleine, c’est de dénoncer un délit. La viande aurait atterri sur le marché noir. Quand il s'agit de drogues ou d'armes, le risque semble beaucoup plus grand. Mais ici, c’était de la viande de baleine. Le fait que les autorités soient partie prenante fait évidemment une différence. Nous avons cependant beaucoup appris des réactions des autorités et nous avons pris davantage conscience des dangers.”

Sachant ce que vous savez maintenant, le referiez-vous ?
“Oui, mais différemment. Nous avons beaucoup appris sur le fonctionnement de la justice japonaise et sur les acteurs de la chasse à la baleine. Peut-être avons-nous commis une erreur d'appréciation et connaissions-nous trop peu le problème.”

Quand connaîtrez-vous l'issue du procès ?

“Au début de cette année se sont achevées les procédures préliminaires au procès. Le procès proprement dit débutera en février de l'année prochaine et pourrait durer jusqu'au mois de mai. J’ai l’impression de m’être lancé dans un sprint de 800 mètres,  mais de me rendre compte petit à petit que je devrai accomplir tout un marathon, parcourir un long chemin de croix. La bonne nouvelle, c'est que nous trouvons en cours de route de nombreuses informations très utiles pour notre campagne contre la chasse à la baleine.”

De quelle façon les gens peuvent-ils vous soutenir et influencer le déroulement du procès ?
“Les nombreuses activités de Greenpeace et de la communauté internationale pour exercer une pression ont fonctionné. Vous devez continuer. Pour mettre réellement un terme à la chasse à la baleine, il faut aller jusqu'au bout du problème. Nous avons de nombreux documents sur notre site, mais tout le monde n'a évidemment pas le temps de les lire en détails. Notre procès dépasse en outre le problème de la chasse à la baleine. Il s’agit du droit d’être d'une organisation et de la liberté d'expression. Les experts en droits de l’homme du monde entier se sont exprimés là-dessus, comme le professeur gantois Dirk Voorhoof. Cette affaire est importante pour l’avenir des ONG et pour toutes les personnes qui veulent améliorer le monde. Voilà pourquoi la communauté internationale doit maintenir la pression.”