Greenpeace occupe un terrain militaire tchèque pour protester contre le bouclier anti-missiles
13 juin 2008
Dans le camp Peaceland, des militants sur une plate-forme construite dans les arbres protestent contre l'intention des USA d'installer un radar militaire.
Brdy, Republique tcheque —
Le 28 avril 2008, des militants de Greenpeace ont occupé à Brdy (au sud-ouest de Prague) un site où les Etats-Unis veulent construire une installation radar dans le cadre du déploiement de leur bouclier anti-missiles. Ils y ont monté un camp permanent et ont mené campagne et organisé des activités pendant sept semaines, jusqu’à ce que les services d’ordre militaires fassent évacuer le terrain. Deux bénévoles de Greenpeace Belgique sont partis en Tchéquie pour soutenir cette activité.
Les militants ont monté un camp, sous le slogan 'Brdy without radar'. Ils y ont tendu une grande banderole de 225 m2 et ont construit différentes plates-formes dans les arbres, occupées en permanence par des grimpeurs. Durant l’occupation, différentes activités ont été organisées, dont du théâtre, des danses et un concert, et ce malgré le fait que la police patrouillait en permanence dans les environs et essayait d’empêcher les gens de pénétrer sur le site.
Le camp était occupé par des militants originaires de différents pays - Autriche, Slovaquie, Allemagne, Tchéquie, Etats-Unis - et deux bénévoles belges, qui ont assuré la permanence sur les plates-formes dans les arbres.
Greenpeace a organisé cette action pour démontrer que la construction de l’installation militaire n’était pas souhaitable. « Une telle installation aurait pour effet de nous éloigner des accords internationaux durables, de déstabiliser les rapports politiques dans la région et d’augmenter le risque- réel- de reprise de la course aux armements nucléaires », a expliqué Jiri Tutter, directeur général de Greenpeace Tchéquie.
Le bouclier anti-missiles, dénommé officiellement 'National Missile Defence system' (NMD) ou, en abrégé 'missile defence', provoque – à nouveau - de l’inquiétude et des relations tendues entre les deux grandes puissances, la Russie et les Etats-Unis. Avec une dizaine de missiles anti-aériens en Pologne, cette installation radar ferait partie du bouclier anti-missiles qui devrait protéger les Etats-Unis et une grande partie de l’Europe contre les attaques de missiles éventuelles de pays comme l’Iran.
Greenpeace n'est pas seule à s'opposer à cette installation militaire : un récent sondage d’opinion révèle que 70% des Tchèques y sont opposés. Des protestations émanent d’autres niveaux de la société tchèque également. Deux militants pour la paix ont entamé le 13 mai 2008 une grève de la faim contre le projet de construction du radar. Ils ont été soutenus par le professeur et militant politique américain Noam Chomsky qui s’est fermement déclaré (une fois de plus) contre l’installation d’un 'missile defence system' en Europe de l’Est, qu’il décrit comme une "quasi-déclaration de guerre". Bart Staes, parlementaire européen (Groen!), a également exprimé son soutien à l’action des grévistes de la faim.
Au début de la sixième semaine d’occupation, Greenpeace a renforcé sa campagne en faisant de la zone un Etat indépendant, baptisé 'Peaceland', possédant son propre drapeau, son hymne national, sa déclaration d’indépendance et ses frontières. Un site web, www.peaceland.cz, a également été créé, avec toutes les informations relatives au nouvel Etat et offrant – en guise de soutien symbolique – la possibilité d’en devenir citoyen. Très vite après sa création, Philip Coyle, expert renommé en matière de ‘missile defence’, qui fut l’un des patrons de la défense sous Bill Clinton, est devenu citoyen d’honneur de Peaceland.
Le lundi 9 juin dernier, dans l’après-midi, une dizaine de véhicules avec des militaires masqués ont brutalement cerné le terrain et arrêté systématiquement tous les citoyens de 'Peaceland’ présents au moment des faits. Même les grimpeurs ont été évacués des arbres. Tous les médias ont été repoussés lors de cette intervention musclée. Les militants ont été libérés le jour-même, mais tout leur matériel a été confisqué.
La campagne et les actions relatives à l’installation radar à Brdy ne constituent pas un événement isolé. Dans le passé, Greenpeace a systématiquement protesté, sous le slogan 'Stop Star Wars', contre le projet des Etats-Unis de construire et mettre en œuvre un bouclier anti-missiles.