Bruxelles, Belgique —
Une bannière, mettant en scène Pinocchio, a été déroulée au Salon de l'Auto au Heysel. On y découvre un Pinocchio (1) au nez particulièrement long. Greenpeace entend dénoncer ainsi les mensonges de l'industrie automobile: la voiture 'verte' n'existe pas et l'industrie ne sert ni l'environnement ni le climat. Il est temps que l'industrie se décide à produire des voitures vraiment plus sobres et qu'elle cesse d'affaiblir la future législation européenne qui poursuit le même but. C'est seulement dans ces conditions que l'on pourra parler d'un Salon de l'Auto 'vert'...
Un
des mensonges que Greenpeace souhaite dénoncer aujourd’hui
concerne la quantité et la qualité des efforts
accomplis par l’industrie. En matière de réduction de
CO2,
on est resté au point mort. Entre 1996 (date à laquelle
l’Union européenne a annoncé son intention de réduire
drastiquement les émissions de CO2)
et 2008, la moyenne des émissions des nouvelles voitures est
passée de 185 g de CO2/km
à environ 160 g.
Autre
mensonge dénoncé : l'habillage 'vert' du Salon de
l’Auto qui vient de s’ouvrir. «L’industrie
automobile tente de nous persuader de son bon vouloir
environnemental,
déplore Marc-Olivier Herman, directeur des campagnes de
Greenpeace. Mais
cette façade verte en apparence ne doit pas nous faire oublier
les efforts menés en coulisses pour affaiblir la législation
européenne en préparation et dont l’importance est
cruciale pour réduire les émissions de CO2,
désastreuses pour le climat.»
Cherchant
à maintenir des ‘niches’ réservées aux
voitures lourdes et puissantes, les constructeurs n’arrêtent
pas de mettre des bâtons dans les roues de l’Union européenne
qui prépare une législation – enfin - contraignante.
Ceci s’est encore vérifié en décembre 2007,
lorsque la Commission européenne a rendu publique un premier
état de la future législation. Cette proposition évacue
les objectifs à long terme, revoit à la baisse les
objectifs à court terme et ne prévoit pas des sanctions
suffisamment dissuasives pour les constructeurs récalcitrants
(2).
Si
l’industrie automobile n’a pas tenu les promesses faites à
l’Union européenne (entre autres le respect de l'objectif de
140 g CO2/km
qui aurait dû être atteint en 2008) (3),
c’est en grande partie parce que le parc automobile européen
n’a toujours pas
été
mis au régime.
Or, il existe un lien direct entre le poids d’une voiture et sa
consommation.
Parmi
les solutions avancées par les organisateurs du Salon de
l’Auto figurent de nombreuses fausses pistes comme les
agrocarburants qui – s’ils devaient être produits à
grande échelle – poseront plus de problèmes
environnementaux et sociaux qu’ils n’en résoudront. Quant
à une conduite respectueuse de l’environnement, elle est
bien évidemment souhaitable. Mais peut-on décemment
conduire de manière responsable un véhicule inutilement
lourd, rapide et puissant? Ces trois éléments sont
essentiels pour rendre le parc automobile européen plus
conforme au défi que constitue la lutte contre les changements
climatiques.
Notes
1) Pinocchio a revêtu pour la circonstance une combinaison de pilote, marquée des logos de constructeurs automobiles membres de l’ European Automobile Manufacturer’s Association (ACEA): Audi, BMW, Citroen, Fiat, Ford, Land Rover, Mercedes Benz, Opel, Porsche, Peugeot, Renault, Saab Toyota, Volkswagen, Volvo.
2) Communiqué du 19 décembre 2007, disponible sur ce site. Pour Greenpeace, cette législation doit nécessairement imposer à l’industrie automobile des objectifs de réductions pour les émissions moyennes de CO2 des nouvelles voitures de 120 g CO2/Km en 2012 et de 80 g en 2020. Ces normes doivent être établies en se basant sur la 'surface occupée au sol' et non son poids. Des sanctions réellement dissuasives doivent être également prévues et aucune exception ne doit être accordée à aucun constructeur.
3) L'industrie automobile a passé, en 1998, un accord volontaire avec l'Union européenne. Cet accord prévoyait un objectif intermédiaire de 140 g CO2/km (2008)