Bruxelles, Belgique —
Le tribunal correctionnel de Dendermonde vient de rendre son verdict dans l'affaire liée à une plainte déposée par Electrabel suite à une action non violente menée, par Greenpeace, à la centrale nucléaire de Doel, le 1er juillet 2002. Cette décision souligne indirectement le bien-fondé de l'action pacifique menée pour susciter un débat démocratique autour de l'énergie puisque le tribunal n'a retenu que des charges matérielles avec sursis, à l'encontre de Greenpeace. Electrabel n'a donc pas droit à des compensations pour "dommages moraux". L'organisation de défense de l'environnement milite, au nom de ses quelque 109.000 adhérents, pour une production énergétique durable alors qu'Electrabel poursuit ses investissements dans des énergies polluantes et dangereuses comme le nucléaire ou le charbon.
L'action de protestation du 1er juillet 2002 s'est soldée par une série de plaintes déposées par Electrabel :
- irruption sur un site nucléaire régi par la loi de protection de l'environnement
contre les radiations ionisantes,
- dégâts à une clôture,
- utilisation d'appareils de radiotransmission sans licence,
- calomnie et diffamation.
Cette tactique procédurière a été depuis suivie par Electrabel à chacune des actions menées par Greenpeace. Une plainte non fondée pour "association de malfaiteurs" a ainsi été déposée en 2007.1 En ce qui concerne les plaintes de 2002, le volet calomnie et diffamation a été rapidement retiré. Le juge Troch vient à présent de débouter Electrabel pour les autres plaintes, à l'exception de la plainte pour dégâts matériels. Un aspect du dossier que Greenpeace a reconnu dès 2002.
"Ce jugement doit être perçu comme la reconnaissance du devoir critique qu'exercent des organisations comme Greenpeace et qui sont, comme elle, mandatées par des citoyens préoccupés du devenir de la planète", conclut Peter De Smet, directeur général de Greenpeace."
La manifestation menée en 2002 à Doel visait à dénoncer l'entrave exercée par le nucléaire sur le développement à grande échelle de l'énergie éolienne, les deux formes d'énergie étant en concurrence pour accéder au réseau. Par ailleurs, l'éolien est financièrement disqualifié. Les développeurs de parcs offshore doivent financer eux-mêmes le câblage électrique. Alors que le réseau haute tension a été installé gratuitement lors de la construction des centrales nucléaires. L'action menée en 2002 a permis de rectifier partiellement cette discrimination financière. Une rénumération supérieure a été accordée à l'électricité produite dans un parc éolien offshore. Ce qui a facilité la réalisation, à l'horizon 2013, de trois parcs éoliens en Belgique.
Greenpeace demande - depuis 2002 au moins - à Electrabel de modifier sa politique d'investissements dans le secteur énergétique. Pour faire face aux changements climatiques, un glissement massif doit être rapidement opéré vers des énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien, biomasse...). Or, à ce jour, Electrabel continue à investir dans des énergies polluantes et dangereuses.
En Belgique, des centrales nucléaires et au charbon sont maintenues en service au delà de la date prévue pour leur fermeture. A l'étranger, Electrabel soutient la construction de nouvelles centrales au charbon, une technologie libérant des quantités aberrantes de CO2 et encourage le renouveau du nucléaire.