Bruxelles, Belgique —
Depuis ce matin 8h30, 200 activistes provenant de 14 pays européens bloquent les 7 entrées du Conseil de l’Europe à Bruxelles, où devait se tenir la première journée du Conseil des Ministres pour se prononcer sur les Totaux autorisés de captures (TAC) pour 2008. Les Ministres ne peuvent pas rentrer. Le conseil est suspendu. Un mur de béton est en train d’être édifié par Greenpace devant l’entrée principale. On y lit le message suivant “Fermé jusqu’au rétablissement des stocks de poissons”.
Par
cette action forte, c’est l’incompétence des ministres européens de
la pêche qui est visée. Le
très lourd passif d’irresponsabilité du Conseil en la
matière ne permet malheureusement pas d’espérer que
les mesures prises ces prochains jours aillent dans le sens d’une
pêche écologiquement et économiquement durable.
Pour
Greenpeace, le mode actuel d’accord
entre Etats-membres sur les niveaux de captures doit être
profondément réformé. « Ce
Conseil des pêches se révèle être chaque
année une catastrophe pour la pérennité des
pêcheries,
déclare Saskia Richartz, conseillère politique de
Greenpeace pour les questions européennes. A
moins que les choses ne changent drastiquement et que le pouvoir de
décision soit cédé aux Ministres européens
de l’environnement, celles-ci vont faire face à un
effondrement écologique et économique ! »
Depuis
le début des années 1980, l’incompétence du
Conseil des pêches se traduit par un déclin alarmant des
stocks de poissons (1). Année après année, les
ministres s’assoient sur les avis des scientifiques et mettent en
pièce les recommandations de la Commission (2)
en
fixant en décembre, lors d’un grand marchandage, des niveaux
de prélèvement qui vident les mers de leurs poissons.
De plus, selon une étude récente commandée par
la Direction générale de la pêche et des affaires
maritimes de la Commission, les pêcheries européennes
sont parmi les moins durables et les moins rentables au monde (3).
« Si
le Conseil des pêches européen était une
entreprise privée, ses directeurs auraient été
depuis longtemps licenciés pour négligence et
irresponsabilité !
dit Stéphan Beaucher, responsable de la campagne océans
pour Greenpeace France.
Le conseil des pêches n’a réussi à instaurer
dans ce secteur ni rentabilité économique, ni
protection environnementale ou pérennité des stocks. Il
est plus que temps de passer à un autre mode de gestion. »
Pour
Greenpeace, les prochaines décisions liées à la
pêche devraient être soumises à un droit de regard
public et se faire selon les modalités suivantes :
-
Tous les TAC devraient être égaux ou inférieurs
aux recommandations des scientifiques. Concernant les stocks
exploités bien au-delà de leurs seuils biologiques
d’exploitation, l’effort de pêche doit être amené
à un niveau très bas et accru une fois seulement que le
recouvrement du stock est prouvé. A terme, tous les stocks
doivent être exploités en dessous de leur taux de
rendements maximal (MSY).
-
Pour 2008, les TAC nationaux devraient être mis en conformité
avec les règles précédemment énoncées
et avec les standards européens de protection marine, en
particulier celles sur les aires protégées.
-
Enfin, seule la création d’un large réseau de
réserves, des aires protéges fermées aux
activités destructrices et extractives, dont la pêche,
et couvrant de 20 à 50% de la surface des mers et océans
permettra de régénérer la biodiversité
marine. Les Etats-membres s’étaient engagés à
créer un tel réseau avant 1998… Il n’en a rien
été : ils ont continué à courir
après des bénéfices à court terme sans se
mettre en conformité avec les lois de conservation de l’Union
Européenne.
Notes
(1) Cette année, la Commission européenne a rapporté que « 80% des stocks se situent au-delà de leurs limites biologiques connues. Le nombre de stocks pour lesquels un TAC zéro est conseillé est stable, à 13. Les décisions de TAC sont en moyenne bien supérieures aux recommandations scientifiques, bien que le pourcentage varie en fonction des stocks. Cela a conduit à de faibles baisses de l’impact de la pêche. Seulement trois stocks soumis à TAC (le haddock de la mer du nord, le Lieu noir de la mer du nord et la Cardine franche de la baie de Biscaye) sont exploités selon les engagements sur le taux de rendement maximal pris au Sommet des Nations Unies sur le développement durable de Johannesbourg en 2002. » (COM (2007)295)
Vers le communiqué de presse
L’Agence Européenne de l’Environnement signale qu’entre 22 et 53 % des stocks commercialement exploités dans l’Atlantique du Nord-Est sont au-delà de leur seuil biologique d’exploitation.. Les stocks de poissons de la mer du Nord sont les plus touchés (53%). Par ailleurs, ces chiffres masquent les pertes les plus tragiques de la vie marine, comme le déclin de 90% des grands prédateurs (thon, espadon et cabillaud).
L’état préoccupant des stocks de poissons européens se traduit par la baisse progressive des prises jusqu’à environ 1 million de tonnes aujourd’hui.
(2)La Commission européenne a calculé que les captures se situaient en moyenne 50% au-dessus des recommandations des scientifiques. (COM (2007)295)
(3)« Reflexions sur la Politique Commune des Pêches européenne », rapport à la Direction générale des pêches et des affaires maritimes de la Commission européenne. Michael Sissenwine et David Symes, Juillet 2007.
Téléchargez le rapport "Reflections on the common fisheries policy"