Cette pomme de terre comporte un gène marqueur de résistance aux
antibiotiques (ARMG)(1), appelé nptII, qui aurait dû être interdit en
application de la législation européenne depuis 2004(2). Pourtant, et
malgré un certain nombre de problèmes légaux, l’Agence européenne pour
la sécurité des aliments (EFSA) a donné un avis positif pour la pomme
de terre BASF, ouvrant ainsi la voie au vote de lundi.
A l’heure où une controverse scientifique fait rage quant aux dangers
de cet organisme génétiquement modifié (OGM), Greenpeace appelle la
Belgique et l'Europe à opter pour le principe de précaution et à voter
contre l'autorisation de la pomme de terre BASF.
“La demande est entachée de trop d’incohérences pour que le Conseil
l’approuve. L’avis de l’EFSA, sur lequel la proposition de la
Commission est basée, contredit les opinions scientifiques d’autres
institutions internationales et un avis antérieur de l’Agence
européenne elle-même. Voilà pourquoi accepter la proposition de la
Commission violerait la législation européenne,” explique Natacha Adam,
en charge du dossier à Greenpeace.
L’OMS et l’Agence européenne pour l'évaluation des médicaments (EMEA)
ont contredit la décision de l'EFSA et jugé que les familles
d’antibiotiques affectées par le gène de la pomme de terre (kanamycine
et néomycine) sont “critiquement importantes”(3) pour l’usage
vétérinaire et humain et “ne peuvent pas être classées comme si elles
ne revêtaient qu'une importance thérapeutique nulle ou mineure”.(4)
L’EFSA a reconnu que la pomme de terre BASF ARMG implique une
résistance à des antibiotiques d'importance critique, mais n'a pas
modifié sa position pour autant. Pourtant, en 2004, l’EFSA déclarait
dans un avis que les produits contenant des gènes marqueurs affectant
des antibiotiques “hautement importants” ne devraient pas être
commercialisés.(5)
Une opinion légale, commanditée par Greenpeace et rédigée par le ténor
du barreau anglais Paul Lasok (6), explique les incohérences légales de
la classification et de l’éventuelle autorisation de la pomme de terre
BASF. “Comment imaginer qu’on puisse autoriser en 2008 un OGM contenant
un gène marqueur qui aurait dû être interdit à partir du 31 décembre
2004?” demande Paul Lasok.
Greenpeace demande au Conseil de prendre en considération les avis
scientifiques de l’OMS et de l’EMEA, et de reconnaître les problèmes
légaux qui rendent impossible l'autorisation de la pomme de terre OGM
BASF. “L’information sur laquelle la Commission a basé sa proposition
au Conseil est incohérente, ce qui illustre bien les lacunes immenses
du système d'autorisation UE. La vérité, c’est que la pomme de terre
BASF n’a pas fait l’objet d’une évaluation complète des risques, comme
l'exige la législation européenne. L’EFSA n’a pas étudié les effets de
la pomme de terre sur la biodiversité et les informations concernant
ses effets sur la santé et l'environnement font défaut,” ajoute Natacha
Adam.
BASF aurait pu aisément extraire l’ARMG avant de passer à la
production, mais l’entreprise ne l’a pas fait pour gagner du temps et
de l’argent. “L’utilisation de cette technologie génétique obsolète est
irresponsable. Aucune personne sensée ne peut prendre le risque
d'augmenter la résistance aux antibiotiques des humains et des animaux
et de mettre ainsi en péril les traitements de très nombreuses
maladies,” affirme Natacha Adam.
- Un briefing média Greenpeace, avec la chronologie des décisions
concernant la pomme de terre BASF GM peut être téléchargé sur :
http://www.greenpeace.org/belgium/assets/binaries/gmopotato
- Le briefing légal rédigé par le ténor du barreau anglais Paul Lasok
CR, concernant les incohérences légales de l'autorisation de la pomme
de terre OGM BASF peut être téléchargé sur :
http://www.greenpeace.org/belgium/assets/binaries/gmopatoto-lasok