L'Europe devrait adopter d'ici la fin de l'année une réglementation
visant à limiter les émissions de CO2 des voitures neuves (160 g de
CO2/km en moyenne aujourd'hui). Au cours des derniers mois, la France
s'est positionnée en faveur de fortes pénalités, du critère de l'emprise
au sol contre celui du poids et d'un objectif à 2020. L'Allemagne
adoptant une position diamétralement opposée. A présent, la France
s'apprête à prendre la présidence européenne (second semestre 2008) et
chercher à s'attirer les faveurs de l'Allemagne. Une modification de sa
position est à craindre. Car elle a bien des raisons de vouloir
s'attirer les faveurs de l'Allemagne : pour réussir sa présidence de
l'UE (second semestre 2008) et obtenir son feu vert à la mise en place
d'un partenariat entre les pays du pourtour méditerranéen
"Le 9 juin, Angela Merkel est attendue à Blaesheim, en Alsace, pour un
sommet bilatéral. C'est là que pourrait s'officialiser cette union des
poids lourds contre le climat, piloté par les constructeurs allemands",
conclut Joeri Thijs de la campagne Transport de Greenpeace. "Si cet
accord se concrétise et est entériné par le processus européen, les
grandes familles d'actionnaires de l'industrie automobile vont être à la
fête, et ce sont les citoyens et la planète qui vont trinquer !"
Pour lutter efficacement contre les changements climatiques, l'Union
européenne doit décider d'objectifs ambitieux de réduction des émissions
de gaz à effet de serre dans un secteur où elles augmentent rapidement,
celui des transports (+ 26 % depuis 1990). À elles seules, les voitures
particulières sont responsables de 12 % des rejets européens. Les
constructeurs automobiles européens s'étaient certes engagés de manière
volontaire à réduire les émissions de CO2 de leurs véhicules.
"Mais l'objectif qu'ils s'étaient fixés est aujourd'hui loin d'être
atteint, mais ils luttent en plus férocement contre toute réglementation
ambitieuse. Dans cette bataille, Angela Merkel est leur principal
porte-drapeau."
Pour être à la hauteur du défi climatique et pouvoir atteindre les
objectifs de réductions européens, la réglementation EU doit comprendre :
- une obligation de limiter la moyenne des émissions des nouvelles
voitures à 120 g de CO2/km d'ici à 2012 et à 80 g de CO2/km d'ici à 2020;
- une répartition de l'effort entre les constructeurs fondée sur le
critère de l'emprise au sol (surface entre les 4 roues d'un véhicule),
et non du poids (critère qui n'inverserait pas la tendance existante de
voitures toujours plus lourdes et polluantes);
- à partir 2012, un système de pénalités dissuasif -sans délai - pour les
constructeurs doit être mis en place (150 € pour chaque gramme de CO2
supplémentaire, pour chaque véhicule vendu), condition sine qua non du
respect de la réglementation et non pas le paiement d'amendes abordables.
Le cap d'une législation forte doit impérativement être maintenu, y
compris par la Belgique. Elle semble aujourd'hui entre autres favorable
à un objectif de limitation des émissions moyennes de CO2, à l'horizon
2020. Céder à la pression du tandem franco-allemand serait préjudiciable
au climat mais aussi au processus démocratique européen.