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Bruxelles, International — Le Belge est indéniablement prêt à jouer la carte des énergies renouvelables. Trois quarts de la population estiment que les renouvelables peuvent à terme remplacer le nucléaire. Pour 57% des Belges, un accident nucléaire grave est possible et 71% s'inquiètent des conséquences graves pour la santé des générations futures. L'attitude des Belges face à la sortie du nucléaire n'en reste pas moins ambivalente. Si 39% se déclarent « partisans du nucléaire », moins de 2% de la population opteraient de manière inconditionnelle pour cette énergie... C'est ce qui ressort du sondage commandé par Greenpeace auprès du bureau d'études Ipsos.

Sous couvert d'un débat, le Forum nucléaire a tenté, il y a quelques mois, de démontrer que l'approvisionnement en électricité de la Belgique ne peut se faire sans l'énergie nucléaire. Plusieurs décideurs politiques ont pris la balle au bond et ont prétendu qu'il existe une majorité parlementaire en faveur d'une révision de la loi belge sur la sortie du nucléaire. C'est pourquoi Greenpeace a commandé une enquête auprès d'Ipsos afin de déterminer si la population ressent cette énergie comme indispensable. Il ressort de cette enquête menée auprès de 1.000 personnes, interrogées en avril 2009 (marge d'erreur = 3,1%) que :

  • 3 sondés sur 4 pensent que l'énergie renouvelable peut à terme remplacer l'énergie nucléaire et choisiraient en priorité les renouvelables. Les personnes interrogées qui ne souscrivent pas à cette affirmation font référence essentiellement à l'indisponibilité des énergies renouvelables et à leur coût. Seuls 3% des sondés estiment que les renouvelables ne pourront pas remplacer le nucléaire parce qu'elles ne sont pas fiables. (1)
  • 57% des personnes interrogées pensent qu'un accident grave entraînant la contamination de la Belgique est possible. 71% des sondés pensent que le nucléaire constitue une menace pour la santé des générations futures. Ce qui n'empêche pas 39% des sondés de se déclarer favorables à l'énergie nucléaire. Moins de 2% des sondés se déclarent inconditionnellement en faveur du nucléaire, càd même si les renouvelables devenaient financièrement compétitives. (2).
  • Les partisans (39%) et opposants du nucléaire (34%) sont pratiquement aussi nombreux. Un quart des sondés se sont déclarés “sans opinion”.
  • En ce qui concerne la fermeture programmée en 2015 des trois premiers réacteurs, 40% y sont favorables et 37% opposés. Ce rapport semble s'inverser lorsqu'il s'agit des quatre réacteurs restants dont la fermeture est programmée entre 2022 et 2025 : 37% sont pour cette fermeture et 39% contre. Un sondé sur 4 ne se prononce pas sur ces questions. Compte tenu de la marge d'erreur de 3,1%, il est possible de conclure que la sortie du nucléaire rallie autant de partisans que d'opposants.

La campagne publicitaire menée il y a quelques mois par le Forum nucléaire ne semble pas avoir beaucoup influencé la perception que le Belge a des risques liés au nucléaire. Cette campagne semble cependant avoir été plus efficace pour vanter les mérites pourtant contestables du nucléaire. L'attitude schizophrénique - selon laquelle 75% des Belges se déclarent en faveur des renouvelables et un peu moins de 40% veulent prolonger la durée de vie des centrales nucléaires - a été encouragée par le climat d'insécurité qui règne autour de l'approvisionnement en énergie dont bénéficierait la Belgique sans le nucléaire.

Greenpeace rappelle qu'à l'échelon mondial, la contribution du nucléaire est limitée à moins de 2%. Ces dernières années, le nombre des centrales en fonctionnement est en diminution suite au vieillissement des installations et à leur non remplacement. Cette énergie marginale ne contribuera donc pas significativement à l'effort de réduction des émissions de CO2 planétaires. Greenpeace a publié un scénario énergétique planétaire qui établit qu'à moyen terme il est possible de réduire les émissions de CO2 du secteur de l'énergie de plus de 50%, tout en se passant du nucléaire. D'ici 2015, les projets alternatifs devraient être suffisants pour permettre à la Belgique de fermer, comme le prévoit la loi (3) trois premiers réacteurs nucléaires. Entre 2009 et 2025, des investissements importants sont nécessaires dans le secteur des renouvelables et de l'efficacité énergétique. Continuer à soutenir financièrement le nucléaire ou prolonger la durée de vie des centrales existantes nvalide cette option.

Environ 11% des sondés pensent que les renouvelables ne peuvent pas prendre le relais du nucléaire parce que cette énergie serait plus chère. (4) Ils ne semblent pas être informés du régime de faveur dont a bénéficié le nucléaire. Pendant 30 ans, les Belges ont largement contribué à financer l'amortissement des centrales nucléaires. Malgré ses bénéfices, Electrabel n'a pas restitué l'argent engrangé suite à l'amortissement rapide de ses centrales nucléaires aux consommateurs belges et des flux financiers sont à présent observés vers la France où se trouve la maison mère GDF-Suez. C'est pourquoi Greenpeace réclame une procédure permettant la récupération automatique d'au moins un milliard d'euros par an ces bénéfices illégitimes. Les fonds récupérés devraient être affectés au développement des énergies renouvelables et à la mise en œuvre de mesures favorisant l'efficacité énergétique.

Il est urgent que des mesures soient prises pour développer une politique énergétique durable. Un préalable indispensable doit être la confirmation de la loi sur la sortie du nucléaire. Le sondage Ipsos démontre que la population belge est très largement prête à jouer la carte des énergies renouvelables. Ce signal doit être entendu par les partis politiques, il n'est pas légitime de s'accrocher à une énergie que moins de 2% de la population soutient.

Consultez les résultats du sondage

Notes

1) 27% des sondés ne pensent pas que les renouvelables peuvent à terme remplacer le nucléaire. 12% d'entre eux estiment que la fiabilité des renouvelables n'est pas acquise. Cela représente 3% de l'ensemble du panel.
2) 23,3% des sondés ne feraient pas des renouvelables leur premier choix. 7% d'entre eux n'opteraient pour ce type d'énergie même si elle étaiit financièrement compétitive Cela représente 1,6% de l'ensemble du panel.
3) CREG, New Power Plants on line from 2009, 26/03/2009. Ce document montre que, même en ne considérant pas les projets de nouvelles centrales au charbon – inacceptables d'un point de vue environnemental-, suffisamment de nouvelles capacités sont prévues pour remplacer la capacité installée des 3 réacteurs nucléaires qui fermeront leurs portes en 2015. Document également disponible via le lien : http://www.elia.be/repository/pages/cf8194b2a73246eaacf47c2db686d73d.aspx
4) 27% des sondés ne pensent pas que les renouvelables peuvent à terme remplacer le nucléaire. 42% de ce groupe estiment que le prix est un obstacle. Cela représente 3% de l'ensemble du panel.