Sous couvert d'un débat, le Forum nucléaire a tenté, il y a quelques mois, de
démontrer que l'approvisionnement en électricité de la Belgique ne peut se
faire sans l'énergie nucléaire. Plusieurs décideurs politiques ont pris la
balle au bond et ont prétendu qu'il existe une majorité parlementaire en faveur
d'une révision de la loi belge sur la sortie du nucléaire. C'est pourquoi
Greenpeace a commandé une enquête auprès d'Ipsos afin de déterminer si la
population ressent cette énergie comme indispensable. Il ressort de cette
enquête menée auprès de 1.000 personnes, interrogées en avril 2009 (marge
d'erreur = 3,1%) que :
- 3 sondés sur 4 pensent que l'énergie renouvelable peut à terme remplacer
l'énergie nucléaire et choisiraient en priorité les renouvelables. Les
personnes interrogées qui ne souscrivent pas à cette affirmation font référence
essentiellement à l'indisponibilité des énergies renouvelables et à leur coût.
Seuls 3% des sondés estiment que les renouvelables ne pourront pas remplacer le
nucléaire parce qu'elles ne sont pas fiables. (1)
- 57% des personnes interrogées pensent qu'un accident grave entraînant la
contamination de la Belgique est possible. 71% des sondés pensent que le
nucléaire constitue une menace pour la santé des générations futures. Ce qui
n'empêche pas 39% des sondés de se déclarer favorables à l'énergie nucléaire.
Moins de 2% des sondés se déclarent inconditionnellement en faveur du
nucléaire, càd même si les renouvelables devenaient financièrement
compétitives. (2).
- Les partisans (39%) et opposants du nucléaire (34%) sont pratiquement aussi
nombreux. Un quart des sondés se sont déclarés “sans opinion”.
- En ce qui concerne la fermeture programmée en 2015 des trois premiers réacteurs,
40% y sont favorables et 37% opposés. Ce rapport semble s'inverser lorsqu'il
s'agit des quatre réacteurs restants dont la fermeture est programmée entre
2022 et 2025 : 37% sont pour cette fermeture et 39% contre. Un sondé sur 4 ne
se prononce pas sur ces questions. Compte tenu de la marge d'erreur de 3,1%, il
est possible de conclure que la sortie du nucléaire rallie autant de partisans
que d'opposants.
La campagne publicitaire menée il y a quelques mois par le Forum nucléaire ne
semble pas avoir beaucoup influencé la perception que le Belge a des risques
liés au nucléaire. Cette campagne semble cependant avoir été plus efficace pour
vanter les mérites pourtant contestables du nucléaire. L'attitude
schizophrénique - selon laquelle 75% des Belges se déclarent en faveur des
renouvelables et un peu moins de 40% veulent prolonger la durée de vie des
centrales nucléaires - a été encouragée par le climat d'insécurité qui règne
autour de l'approvisionnement en énergie dont bénéficierait la Belgique sans le
nucléaire.
Greenpeace rappelle qu'à l'échelon mondial, la contribution du nucléaire est
limitée à moins de 2%. Ces dernières années, le nombre des centrales en
fonctionnement est en diminution suite au vieillissement des installations et à
leur non remplacement. Cette énergie marginale ne contribuera donc pas
significativement à l'effort de réduction des émissions de CO2 planétaires.
Greenpeace a publié un scénario énergétique planétaire qui établit qu'à moyen
terme il est possible de réduire les émissions de CO2 du secteur de l'énergie
de plus de 50%, tout en se passant du nucléaire.
D'ici 2015, les projets alternatifs devraient être suffisants pour permettre à
la Belgique de fermer, comme le prévoit la loi (3) trois premiers réacteurs
nucléaires. Entre 2009 et 2025, des investissements importants sont nécessaires
dans le secteur des renouvelables et de l'efficacité énergétique. Continuer à
soutenir financièrement le nucléaire ou prolonger la durée de vie des centrales
existantes nvalide cette option.
Environ 11% des sondés pensent que les renouvelables ne peuvent pas prendre le
relais du nucléaire parce que cette énergie serait plus chère. (4) Ils ne
semblent pas être informés du régime de faveur dont a bénéficié le nucléaire.
Pendant 30 ans, les Belges ont largement contribué à financer l'amortissement
des centrales nucléaires. Malgré ses bénéfices, Electrabel n'a pas restitué
l'argent engrangé suite à l'amortissement rapide de ses centrales nucléaires
aux consommateurs belges et des flux financiers sont à présent observés vers la
France où se trouve la maison mère GDF-Suez. C'est pourquoi Greenpeace réclame
une procédure permettant la récupération automatique d'au moins un milliard
d'euros par an ces bénéfices illégitimes. Les fonds récupérés devraient être
affectés au développement des énergies renouvelables et à la mise en œuvre de
mesures favorisant l'efficacité énergétique.
Il est urgent que des mesures soient prises pour développer une politique
énergétique durable. Un préalable indispensable doit être la confirmation de la
loi sur la sortie du nucléaire. Le sondage Ipsos démontre que la population
belge est très largement prête à jouer la carte des énergies renouvelables. Ce
signal doit être entendu par les partis politiques, il n'est pas légitime de
s'accrocher à une énergie que moins de 2% de la population soutient.
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