Action à la centrale nucléaire de Tihange (Huy)

Il est dangereux de prolonger la vie des réacteurs nucléaires, les alternatives existent!

Communiqué de presse - 25 octobre, 2006
Une trentaine de militants de Greenpeace ont investi ce matin le site de la centrale nucléaire de Tihange. Leur objectif est de dénoncer le vieillissement des réacteurs nucléaires belges et les problèmes de sécurité qui en découlent (1). Cette manifestation fait partie d’une suite d’actions menées pour inciter les responsables politiques à rendre notre production électrique plus propre, en tournant le dos au charbon et au nucléaire. Il est parfaitement possible d'abandonner ce type d’approvisionnement énergétique polluant, en maîtrisant la demande en électricité et en réorientant la production électrique vers les énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, etc). Les responsables politiques semblent être les derniers à l’avoir compris. Une analyse rapide de la capacité de remplacement déjà acquise en Belgique indique pourtant que le nucléaire a fait son temps. Malheureusement, celui-ci continue à entraver le développement des alternatives.

Une trentaine de militants de Greenpeace ont investi le site de la centrale nucléaire de Tihange.

Le réacteur de Tihange 1 a passé l'an dernier le cap des 30 ans, délai initialement prévu pour sa fermeture. Or, au-delà d'une vingtaine d'années de fonctionnement, le risque d'accidents augmente chaque année de manière significative.

Les conséquences du vieillissement des centrales nucléaires sont de deux ordres :

  • accroissement du nombre d'incidents tels que petites fuites, fissures ou courts-circuits.
  • affaiblissement graduel des matériaux des réacteurs. Des problèmes de fissures peuvent, notamment, apparaître dans le couvercle de la cuve de réacteur. (2)

Il n'est pas difficile d'imaginer l'impact d'une fragilisation pouvant provoquer des émissions importantes de radioactivité dans les centrales nucléaires, qui sont toutes situées à proximité d'agglomérations importantes comme Liège ou Anvers. 

En 2005, les inspections menées dans ces centrales par l'Association Vinçotte Nucléaire (AVN) ont révélé dix-sept anomalies et un incident, soit un doublement par rapport à 2004. Toujours en 2005, un incident de niveau 2 sur l'échelle internationale de mesure de la gravité des «événements» nucléaires (INES) a été déploré en Belgique. Un deuxième incident de ce type est venu s'ajouter aux quatorze anomalies déjà décelées en 2006. Ces deux incidents de niveau 2 sont survenus ces deux dernières années. Le précédent datait de 1996 (3).

«Il est important de comprendre, précise Jean-François Fauconnier, de la campagne 'Energie' de Greenpeace, que si une prolongation de la durée de fonctionnement des réacteurs apparaît comme une perspective financière très intéressante pour l'opérateur nucléaire, celle-ci s'accompagne de risques inacceptables pour la population. Or, en Belgique, on a fait passer la durée de vie des réacteurs de 30 à 40 ans. Il n'est pas anodin de préciser qu'une centaine de réacteurs ont déjà été arrêtés dans le monde et que l'âge moyen de ceux-ci au moment de leur fermeture était de 21 ans…» (4)

La libéralisation du marché de l'électricité vient encore renforcer l'incertitude concernant le vieillissement des réacteurs.

« Avec la libéralisation, nous entrons dans une logique beaucoup plus concurrentielle, poursuit Wendel Trio, directeur des campagnes de Greenpeace. Les producteurs d'électricité vont chercher à produire de la manière la plus rentable possible. La culture de sécurité du nucléaire résistera-t-elle à cette pression économique?»

Les énergies renouvelables sont incontestablement la seule solution durable pour réorienter notre approvisionnement en énergie. Défendre le nucléaire aujourd'hui, c'est freiner leur développement. Pourquoi? Le flou maintenu autour de la sortie du nucléaire est le frein principal aux investissements dans les énergies propres et renouvelables. Les investissements consacrés au nucléaire ne sont en outre pas disponibles pour le développement d'autres technologies. Au quotidien, l'électricité nucléaire représente un écueil pour le développement des renouvelables à grande échelle puisque sa production 'en continu' monopolise le réseau. Cette production ininterrompue n'est par ailleurs pas sans favoriser le gaspillage d'électricité. Les pays fortement nucléarisés comme la Belgique scorent généralement très mal en matière d'efficacité énergétique.

Le débat est de toute façon balayé par l'analyse des investissements déjà consentis en matière d'équipement énergétique, qui permet d'affirmer que la capacité nucléaire est déjà partiellement remplacée dans les faits et ce, malgré le flou maintenu autour de la sortie du nucléaire (5).

«Des centrales électriques au rendement élevé ont été mises en service ou le seront prochainement. Leur production électrique attendue, 14.000 GWh, représente plus que la production des trois plus anciens réacteurs nucléaires belges, conclut Jean-François Fauconnier. C'est pourquoi nous n'hésitons pas à demander aux politiques la fermeture de nos centrales nucléaires.»

En juin 2006, Greenpeace a remis aux ministres de l'Environnement et de l'Energie (aux échelons fédéral et régional) un scénario énergétique démontrant comment la Belgique peut combiner sortie rapide du nucléaire, diversification de ses ressources énergétiques et diminution drastique de ses émissions de CO2. Le guide (et le classement) des fournisseurs d'électricité publié dans la foulée reflète déjà le début de cette diversification de la production électrique. L'accueil que le public a réservé à cette publication devrait inciter les décideurs politiques à parier enfin sur l'avenir et donc sur l'essor des énergies propres et renouvelables.

Guide et classement des fournisseurs d'énergie

Le guide sera distribué gratuitement dans la matinée à Huy (marché).

Notes:

(1) Vieillissement des centrales nucléaires et sécurité - Les dangers de la prolongation de la durée de vie des réacteurs belges, un dossier réalisé conjointement par les Amis de la Terre, le Bond Beter Leefmilieu, Greenpeace, Inter-Environnement Wallonie, Voor Moeder Aarde et le WWF. Octobre 2006. Disponible sur http://www.greenpeace.be.

(2) Id.

(3) Ce problème a été identifié dans des réacteurs à eau pressurisée en France, Suède et Suisse ; l'exemple le plus préoccupant en date étant celui du réacteur Davis Besse, aux États-Unis, où des fissures n'ont été découvertes qu'après une dizaine d'années, malgré les inspections visuelles. cf. Dossier Vieillissement des centrales nucléaires et sécurité

(4) La sortie du nucléaire... une réalité déjà inscrite dans les faits !, publié par diverses associations de défense de l’environnement