Originaires de Gomel, au Bélarus, Irina et Yelena Patuchenko y ont rencontré le photographe Robert Knoth et la journaliste Antoinette de Jong. Elles ont ainsi participé à l'élaboration de Certificate No. 00358/ (livre et exposition) et souhaitent partager davantage leur vécu.
Basées sur les statistiques nationales du Bélarus en matière de
cancers, les nouvelles données contenues dans le rapport (1)
prévoient environ 270.000 cancers supplémentaires, dont 93.000
cancers mortels (2). Le rapport conclut également, sur base de
données démographiques, que 200.000 décès additionnels dus à la
catastrophe ont déjà été constatés ces quinze dernières années en
Russie, au Bélarus et en Ukraine (3).
Le rapport examine également les impacts sanitaires continus de
Tchernobyl et conclut que les radiations ont eu d'innombrables
effets dévastateurs sur les survivants, dont des atteintes aux
systèmes immunitaires et endocriniens; un vieillissement accéléré;
une augmentation des déformations chez les foetus et enfants; des
aberrations au niveau des chromosomes, ainsi que des maladies
cardio-vasculaires, sanguines et psychologiques.
Si des incertitudes demeurent quant à l'ampleur exacte de
Tchernobyl, de solides preuves démontrent l'importance de l'impact
de l'accident sur la santé de millions de personnes, largement
réparties dans le monde. Outre l'impact direct des radiations sur
la santé des habitants de l'Ukraine, du Bélarus et de la Russie, on
y déplore également de graves perturbations sociales et
économiques, notamment liées à l'augmentation du coût des soins de
santé; à la perte de terres agricoles; au déplacement forcé
d'environ 300.000 personnes. La catastrophe a par ailleurs été
suivie par un affaiblissement de la force de travail et une crise
économique.
L'ensemble de ces conclusions contrastent fortement avec les
affirmations de l'AIEA (4). L'AIEA tente de minimiser le coût
humain de la catastrophe en avançant le chiffre de 4.000 cancers
mortels, sans spécifier qu'il renvoie à un groupe restreint de
personnes. Ce chiffre se réfère en réalité aux 600.000
'liquidateurs' et aux personnes déplacées suite à l'accident. Or,
plusieurs centaines de millions de personnes de par le monde ont
été touchées par les retombées radioactives.
L'AIEA a aussi omis de se pencher sur les impacts non liés aux
cancers et a tenté d'expliquer ceux-ci par une 'radiophobie'
généralisée, alors qu'il est médicalement prouvé que l'exposition à
des radiations (par exemple via la thyroïde) peut avoir des effets
psychologiques directs.
« Il est regrettable que l'impact du plus grave accident
nucléaire soit ainsi minimisé par l'AIEA, souligne Ivan Blokov, du
bureau russe de Greenpeace. Un tel déni des implications réelles
est non seulement insultant pour les milliers de victimes, mais
remet également en question le mandat de l'AIEA. Comment, en
effet, peut-elle prétendre au rôle de gendarme mondial du
nucléaire, si elle ne peut même pas admettre qu'il a anéanti
autant de vies? »
Un Tchernobyl en Belgique ?
Peu avant la catastrophe, la centrale de Tchernobyl avait été
estimée comme 'sûre' par les instances internationales en la
matière. L'impossible a donc eu lieu... Il est dès lors opportun
de se demander quels risques nous courons en Belgique.
Si le type de réacteurs présents à Tchernobyl n'est pas le même
que ceux qui équipent les centrales de Tihange et de Doel, ces
derniers ne sont cependant pas exempts de dangers. Des problèmes
de fissures dans les pénétrations de la cuve du réacteur sous
pression ont ainsi été identifiés dans des réacteurs du même type
en France, Suède, Suisse et aux Etats-Unis (5).
Le vieillissement des réacteurs, construits pour fonctionner
trente ans, provoque également l'affaiblissement graduel des
matériaux, avec comme conséquence une fragilisation qui pourrait
provoquer des ruptures catastrophiques. On constate déjà un
accroissement du nombre d'incidents dans les centrales belges, par
exemple des petites fuites, des fissures ou des courts-circuits,
comme le révèlent des rapports de l'organisme de contrôle
indépendant (AVN). Ce dernier souligne également la diminution, ces
dernières années, de la culture de la sécurité dans nos centrales.
« Vingt ans après Tchernobyl, il est temps de tourner la page du
nucléaire et de construire une autre politique énergétique, estime
Jean-François Fauconnier, responsable du dossier 'énergie' pour
Greenpeace en Belgique. Il est ainsi possible d'opérer, avant le
déclin marqué de tous les combustibles fossiles et de l'uranium,
une véritable transition vers un système énergétique basé sur
l'utilisation efficace des différentes sources d'énergies propres,
locales et renouvelables. »
Notes:
1) Cliquez ici pour consulter le rapport 'The Chernobyl Catastrophe - Consequences on Human Health'
2) Joint Institute of Power and Nuclear Research, Académie nationale des Sciences du Bélarus, Dr.Michail V.Malko, chercheur principal.
3) Centre of the Independent Environment Assessment, Académie des sciences de Russie, Dr. Veniamin Khudoley (et al.).
4) Communiqué de presse du 5 septembre 2005.
5) L'exemple le plus préoccupant en date est celui du réacteur David Besse, aux Etats-Unis. Malgré les contrôles réguliers, des fissures n'y ont été découvertes qu'après une dizaine d'années, et on a frôlé l'accident grave.