A l'issue de c'ette action de onze heures, Greenpeace a
contribué à rendre public le fait qu'aucune exploitation forestière
industrielle respectueuse de l'environnement et des droits sociaux
ne peut actuellement se dérouler en RDC. C'est pourquoi Greenpeace
a demandé aux responsables politiques belges d'inscrire la
sauvegarde des forêts congolaises dans la déclaration
gouvernementale. Ces forêts d'une incroyable biodiversité jouent un
rôle clé pour une grande partie de la population congolaise mais
aussi pour le maintien du climat planétaire (1).
Avant les élections, l'ensemble des partis politiques
démocratiques se sont déclarés en faveur d'une protection accrue
des forêts tropicales (2). Greenpeace leur demande aujourd'hui
d'étendre leur engagement en l'intégrant dans la déclaration
gouvernementale.
Lors de la précédente législature (3), la Chambre, les ministres
responsables de la coopération au développement et des finances ont
marqué un intérêt certain pour les forêts congolaises. L'ensemble
du gouvernement belge doit à présent s'engager pour éviter la
destruction de forêts du Congo. Ces forêts font partie du deuxième
massif de forêts tropicales au monde. Ces véritables réservoirs de
biodiversité sont actuellement insuffisamment protégés. De
nombreuses zones à haute valeur écologique ne sont pas reconnues
comme telles et risquent d'être sacrifiées pour des intérêts
économiques mal compris.
« Pour apporter du développement à la RDC, la Belgique doit
inciter les autres bailleurs de fonds à envisager d'autres pistes
que l'exploitation forestière industrielle, commente Veerle Dossche
de la campagne Forêts de Greenpeace. Il faut orienter le secteur
forestier vers une meilleure gouvernance et lui imposer de
respecter la loi. (3) »
Le fonctionnement de l'administration en RDC ne permet
actuellement pas d'opérer un contrôle efficace du secteur
forestier. Sous l'impulsion de la Banque mondiale, un moratoire sur
les nouveaux titres forestiers a été instauré en mai 2002. Or, ce
moratoire a été violé à de nombreuses reprises. Depuis son
instauration, une bonne centaine de titres forestiers ont été
signés. Ces contrats portent sur plusieurs millions d'hectares de
forêts tropicales (4).
Le bois chargé sur le MS Ceynowa a été abattu par la Sodefor.
Cette compagnie forestière appartient au groupe Nord South Timber
(NST). Ce groupe a profité du fonctionnement hasardeux de
l'administration congolaise pour s'emparer APRES le moratoire, de
titres forestiers pour une superficie comparable à celle de la
Belgique (soit plus de 3 millions d'hectares). Ce qui fait qu'elle
dispose aujourd'hui de près de 4,7 millions d'hectares. Une bonne
partie de ces titres forestiers renvoient à des zones à haute
valeur écologique... Certains de ces titres forestiers ne sont
également pas conformes au Code forestier congolais. (5).
Pour les compagnies bénéficiant de titres forestiers, l'accès à
la forêt se négocie avec les communautés locales. Celles-ci sont
peu au fait de la valeur commerciale des essences prélevées et
acceptent de se contenter de quelques dons en nature... Les
compagnies forestières promettent parfois de construire un
dispensaire ou une école mais ces promesses sont rarement tenues.
La Sodefor a signé plusieurs de ces contrats de dupes proposant
entre autres des sacs de sucre et de sel à la population et la
privant de son droit de protestation. Cette compagnie mène rarement
à bien les projets de construction promis. (6).
«Comme l'exemple de la Sodefor en est un parmi d'autres, nous
pensons qu'il est nécessaire qu'un bailleur de fonds comme la
Belgique prenne le leadership pour aider les autorités congolaises
à ne pas brader leurs ressources naturelles. Le fruit de
l'exploitation forestière ne représente par exemple rien si on le
compare avec le poids des forêts congolaises dans les combats à
mener pour lutter contre les changements climatiques...(7) »
Les forêts de RDC abritent une quantité de carbone qui - si elle
était complètement libérée - équivaudrait à environ deux fois les
émissions annuelles de CO2 anthropogénique de l'ensemble de la
planète (8).
Plus d'info sur la thématique des forêts de RDC: www.greenpeace.org/afrique
Notes: 1. Importation de bois congolais en Belgique: 10.000 m3 de grumes et 13.000 m3 de bois scié (chiffres 2005).2. Mémorandum Greenpeace et réactions des partis politiques:http://www.greenpeace.org/belgium/fr/elections07/3.Plus d'infos sur le site http://www.greenpeace.org/afrique.4.Lire à ce propos le rapport ŒPillage des forêts du Congo‚ et son résumé exécutif: http://www.greenpeace.org/belgium/fr/press/reports/congo.5. Il s'agit notamment de dépassement de la limite de 500.000 hectares par compagnie forestière stipulé dans le Code forestier et applicable aux titres nouvellement acquis ou encore d'acquisitions discrétionnaires en non par vente publique. 6. Analyse d'un contrat proposé par la Sodefor à une communauté locale, 'Pillage des forêts du Congo', page 56.7. Actions à entreprendre conjointement par les autorités congolaises et les bailleurs de fonds passent par l'annulation des titres forestiers acquis en violation du moratoire, le renforcement de l'administration de l'environnement afin de lui permettre de faire respecter la législation, la recherche d'alternatives à l'exploitation forestière industrielle. Il est également nécessaire de procéder rapidement à l'élaboration d'un plan de zonage participatif permettant de créer de nouvelles aires protégées après l'identification des zones à haute valeur écologique.8. cf. Hoare Alison L., Clouds on the Horizon: The Congo Basin's Forests and Climate Change, Rainforest Foundation, February 2007 Le lien entre les forêts africaines et le climat est également développé dans le rapport ‚Pillage des forêts du Congo.