Une trentaine de militants de Greenpeace ont investi le site de la centrale nucléaire de Tihange.
Le réacteur de Tihange 1 a passé l'an dernier le cap des 30 ans,
délai initialement prévu pour sa fermeture. Or, au-delà d'une
vingtaine d'années de fonctionnement, le risque d'accidents
augmente chaque année de manière significative.
Les conséquences du vieillissement des centrales nucléaires sont
de deux ordres :
- accroissement du nombre d'incidents tels que petites fuites,
fissures ou courts-circuits.
- affaiblissement graduel des matériaux des réacteurs. Des
problèmes de fissures peuvent, notamment, apparaître dans le
couvercle de la cuve de réacteur. (2)
Il n'est pas difficile d'imaginer l'impact d'une
fragilisation pouvant provoquer des émissions importantes de
radioactivité dans les centrales nucléaires, qui sont toutes
situées à proximité d'agglomérations importantes comme Liège ou
Anvers.
En 2005, les inspections menées dans ces centrales par
l'Association Vinçotte Nucléaire (AVN) ont révélé dix-sept
anomalies et un incident, soit un doublement par rapport à 2004.
Toujours en 2005, un incident de niveau 2 sur l'échelle
internationale de mesure de la gravité des «événements» nucléaires
(INES) a été déploré en Belgique. Un deuxième incident de ce type
est venu s'ajouter aux quatorze anomalies déjà décelées en 2006.
Ces deux incidents de niveau 2 sont survenus ces deux dernières
années. Le précédent datait de 1996 (3).
«Il est important de comprendre, précise Jean-François
Fauconnier, de la campagne 'Energie' de Greenpeace, que si une
prolongation de la durée de fonctionnement des réacteurs apparaît
comme une perspective financière très intéressante pour l'opérateur
nucléaire, celle-ci s'accompagne de risques inacceptables pour la
population. Or, en Belgique, on a fait passer la durée de vie des
réacteurs de 30 à 40 ans. Il n'est pas anodin de préciser qu'une
centaine de réacteurs ont déjà été arrêtés dans le monde et que
l'âge moyen de ceux-ci au moment de leur fermeture était de 21
ans…» (4)
La libéralisation du marché de l'électricité vient encore
renforcer l'incertitude concernant le vieillissement des
réacteurs.
« Avec la libéralisation, nous entrons dans une logique beaucoup
plus concurrentielle, poursuit Wendel Trio, directeur des campagnes
de Greenpeace. Les producteurs d'électricité vont chercher à
produire de la manière la plus rentable possible. La culture de
sécurité du nucléaire résistera-t-elle à cette pression
économique?»
Les énergies renouvelables sont incontestablement la seule
solution durable pour réorienter notre approvisionnement en
énergie. Défendre le nucléaire aujourd'hui, c'est freiner leur
développement. Pourquoi? Le flou maintenu autour de la sortie du
nucléaire est le frein principal aux investissements dans les
énergies propres et renouvelables. Les investissements consacrés au
nucléaire ne sont en outre pas disponibles pour le développement
d'autres technologies. Au quotidien, l'électricité nucléaire
représente un écueil pour le développement des renouvelables à
grande échelle puisque sa production 'en continu' monopolise le
réseau. Cette production ininterrompue n'est par ailleurs pas sans
favoriser le gaspillage d'électricité. Les pays fortement
nucléarisés comme la Belgique scorent généralement très mal en
matière d'efficacité énergétique.
Le débat est de toute façon balayé par l'analyse des
investissements déjà consentis en matière d'équipement énergétique,
qui permet d'affirmer que la capacité nucléaire est déjà
partiellement remplacée dans les faits et ce, malgré le flou
maintenu autour de la sortie du nucléaire (5).
«Des centrales électriques au rendement élevé ont été mises en
service ou le seront prochainement. Leur production électrique
attendue, 14.000 GWh, représente plus que la production des trois
plus anciens réacteurs nucléaires belges, conclut Jean-François
Fauconnier. C'est pourquoi nous n'hésitons pas à demander aux
politiques la fermeture de nos centrales nucléaires.»
En juin 2006, Greenpeace a remis aux ministres de
l'Environnement et de l'Energie (aux échelons fédéral et régional)
un scénario énergétique démontrant comment la Belgique peut
combiner sortie rapide du nucléaire, diversification de ses
ressources énergétiques et diminution drastique de ses émissions de
CO2. Le guide (et le classement) des fournisseurs d'électricité
publié dans la foulée reflète déjà le début de cette
diversification de la production électrique. L'accueil que le
public a réservé à cette publication devrait inciter les décideurs
politiques à parier enfin sur l'avenir et donc sur l'essor des
énergies propres et renouvelables.
Photos disponibles via l'adresse : http://www.greenpeace.org/images-presse
Guide et classement des fournisseurs d'énergie disponible
sur http://www.greenpeace.org/electriciteverte
Le guide sera distribué gratuitement dans la matinée à Huy
(marché).
Notes:
(1) Vieillissement des centrales nucléaires et sécurité - Les dangers de la prolongation de la durée de vie des réacteurs belges, un dossier réalisé conjointement par les Amis de la Terre, le Bond Beter Leefmilieu, Greenpeace, Inter-Environnement Wallonie, Voor Moeder Aarde et le WWF. Octobre 2006. Disponible sur http://www.greenpeace.be.
(2) Id.
(3) Ce problème a été identifié dans des réacteurs à eau pressurisée en France, Suède et Suisse ; l'exemple le plus préoccupant en date étant celui du réacteur Davis Besse, aux États-Unis, où des fissures n'ont été découvertes qu'après une dizaine d'années, malgré les inspections visuelles. cf. Dossier Vieillissement des centrales nucléaires et sécurité
(4) La sortie du nucléaire... une réalité déjà inscrite dans les faits !, publié par diverses associations de défense de l’environnement et disponible via le lien http://www.greenpeace.org/belgium/fr/press/reports/la-sortie-du-nucleaire-une-re