Pour que la montagne REACH n'accouche pas d'une souris, il est
essentiel que le principe de substitution qui prévoit de remplacer
les substances chimiques dangereuses par des alternatives moins
nocives tout en stimulant l'innovation en Europe réintègre le
texte. Sans ce principe, REACH ne nous permettra pas d'éviter les
problèmes de santé publique (infertilité, augmentation des
cancers…) que la contamination généralisée de notre environnement
laisse présager. Greenpeace rappelle que tous les parlementaires
belges n'ont pas toujours soutenu ce principe, faisant ainsi passer
les intérêts économiques de quelques groupes industriels avant
l'intérêt de tous. Les membres du VLD et du CD&V ont été parmi
les moins sensibles à cet aspect prometteur de REACH.
La possibilité de s'amender leur est cependant toujours offerte,
la réforme législative devrait aboutir d'ici à la fin de
l'année.
Enjeu
L'étude « Slipping Away: the presence of perfluorinated
chemicals in eels (Anguilla anguilla) » est basée sur l'analyse de
spécimens provenant de 21 sites renvoyant à 11 pays européens dont
la Belgique (2). Quatre types de substances chimiques perfluorées
ont été
identifiées dans les bio-indicateurs de la pollution
aquatique que sont les anguilles. Ces substances sont utilisées
notamment par des marques comme Téflon (par ex. dans les poêles
Téfal), Stainmaster ou Gore-Tex pour leurs propriétés
anti-adhésives, imperméabilisantes ou anti-taches. Ces composés
perfluorés sont se sont révélés diversement toxiques pour des
animaux aquatiques ou certains mammifères. Ils ne se dégradent pas
facilement dans l'environnement et peuvent s'accumuler dans les
organismes vivants jusque dans les cordons ombilicaux (3). Ces
substances peuvent provoquer des perturbations des systèmes
hépatique, reproductif et endocrinien ou encore des
dysfonctionnements neurologiques ou cardiovasculaires. Cette
contamination vient s'ajouter à la contamination des anguilles par
des retardateurs de flamme et des
PCB révélée dans une étude
précédente (4). En réalité, il s'agit d'une preuve supplémentaire
de la contamination de notre environnement et de la nécessité d'y
faire face avec une réforme comme REACH. Malheureusement, la
dernière mouture du texte pourrait ressembler à 'une coquille
vide'.
« L'enjeu des derniers votes attendus au Parlement européen est
capital, rappelle le Dr. Fawaz Al Bitar responsable de la campagne
Substances toxiques de Greenpeace. Vider ce processus législatif un
peu plus de sa substance, c'est refuser d'entendre les signaux
d'alarme lancés par de nombreux scientifiques. Si la pollution
chimique de notre environnement s'accroît, elle s'accompagnera
d'une augmentation sensible de maladies graves. Comment peut-il se
trouver des responsables politiques pour nier les coûts humains et
matériels que ces maladies entraînent dans leur sillage ?»
REACH, dernier virage salvateur?
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Sur ce plan, le vote qui se tiendra le 10 octobre prochain en
commission Environnement du Parlement européen sera crucial. Lors
des étapes précédentes, il est apparu que le maintien d'un principe
aussi novateur que le principe de substitution n'est pas assuré.
Pourtant des débats se sont tenus tout au long du processus
législatif et ont apporté des garanties à l'industrie chimique. Ce
principe prévoit en effet d'imposer la substitution de substances
dangereuses si des alternatives existent et que le coût de
l'opération reste raisonnable. Accepté dans un premier temps par le
Parlement européen, il a été rejeté peu de temps après par le
Conseil des ministres. En se prononçant le 10 octobre prochain pour
ce principe, les parlementaires européens siégeant dans la
commission Environnement peuvent rectifier le tir.
« Il est
piquant d'observer que des groupes industriels n'ont pas attendu le
vote final de REACH pour appliquer ce principe de substitution et
retirer de leurs processus de fabrication des substances
dangereuses pour notre santé, commente Fawaz Al Bitar. Comment se
fait-il dès lors que des parlementaires VLD ou CD&V refusent
visiblement
de croire à sa faisabilité ? »
Dans l'hypothèse où la commission Environnement vote, comme par
le passé, le maintien du principe de substitution, il lui restera à
convaincre l'ensemble des parlementaires européens du bien-fondé de
sa décision. Il serait opportun que Mesdames Ries (MR) et Brepoels
(NV-A), qui siègent au sein de la commission Environnement,
réussissent à homogénéiser les points de vue de leur fraction
respective. On pourrait dès lors espérer que REACH atteigne son but
: éviter que la contamination de notre environnement par des
substances chimiques bioaccumulables et préjudiciables à la santé
n'achève de ternir le blason de l'industrie chimique.
Notes aux rédactions:
1) REACH pour enRegistrement, Evaluation, Autorisation des
substances Chimiques.
2) Etude disponible via le site http://www.greenpeace.be
. Les anguilles ont été pêchées en Allemagne, Belgique,
Danemark, Espagne, France, Irlande, Italie, Royaume-Uni, république
Tchèque, Pays-Bas, Pologne. (après l'embargo)
3) /A Present for Life: hazardous chemicals in umbilical cord
blood/ disponible sur le site: http://reachfr.greenpeace.be
4) Résumé de l'étude accessible via le lien
http://www.greenpeace.org/belgium/fr/press/reports/anguilles-resume.
Etude complète sur http://www.greenpeace.be
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