Action de Greenpeace contre Cargill à Ghand.
Action de Greenpeace contre Cargill à Ghand.
Soja d'Amazonie? Pas dans ma mangeoire!
Un rapport publié ce 6 avril et intitulé "Eating up the Amazon"
(2) détaille l'implication de Cargill dans la destruction de
l'Amazonie. Cette société, originaire des Etats-Unis, est active
dans le commerce mondial entre autres de céréales. Elle est
incontournable en Belgique où elle orchestre une bonne partie des
importations de soja. Cargill s'est implantée illégalement en
Amazonie (cf infra) et y amplifie la nouvelle menace qui plane sur
cet exceptionnel massif forestier: la culture industrielle de soja.
Pratiquée en Amérique latine, cette culture est hautement mécanisée
et très largement destinée à l'alimentation des animaux
d'élevage.
“L'Amazonie brésilienne a perdu 17% de sa superficie initiale. Pour la saison 2004/2005, on comptait dans cette région du monde, plus d'1,2 millions d'hectares emblavés avec du soja conventionnel ou transgénique. Dans l'état du Mato Grosso, principal producteur de soja en Amazonie, un tiers de la forêt tropicale a disparu. Le débouché principal du soja étant l'alimentation animale en Europe et en Amérique du Nord, si nous ne réagissons pas, cette superficie s'accroîtra considérablement, commente Veerle Dossche, de la campagne 'Forêts' de Greenpeace.”
Les impacts de la culture industrielle de soja sur
l'environnement sont connus (déforestation, usage important de
pesticides...) et il est d'ores et déjà acquis que la poussée du
soja en Amazonie n'y apporte aucun bien être social (spoliation des
terres, conditions de travail infrahumaines voire esclavagisme,
mise en péril du mode de vie des peuples autochtones) (3).
“Outre le fait que Cargill s'est installée illégalement à Santarem, elle s’est fourni dans des exploitations agricoles suspectées d'esclavagismes, de spoliation de terres et de déforestation illégale et y facilite l'expansion du soja. C'est pourquoi nous demandons à cette multinationale, poursuit Philippe Cornélis, de la campagne Forêt, de changer drastiquement de politique. ”
La moitié du soja produit au Mato Grosso (4) est destinée à
l'Europe. En termes d'importations de soja, la Belgique n'est pas
en reste. Près d'un million de tonnes ont été directement importées
en 2005, essentiellement depuis l'Amérique latine. Du soja
provenant d'Amazonie aboutit ainsi très certainement dans les silos
belges. Greenpeace attend de Cargill une amélioration sensible de
ses pratiques commerciales au Brésil. Cargill doit éviter de
commercer du soja originaire d'Amazonie et du soja OGM.
Greenpeace attend par ailleurs du secteur de l'agro-alimentaire
qu'il adopte une attitude plus pro-active pour éviter le soja
d'Amazonie et le soja transgénique et exige entre autres une
meilleure traçabilité.
Brochures informatives disponibles sur place et sur le site
www.greenpeace.be
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NOTE COMPLEMENTAIRE A l'INTENTION DES REDACTIONS
Résumé exécutif du rapport 'Eating up the Amazon' et des études de cas qu'il contient
En 2004/2005, 1,2 millions d'hectares étaient emblavés en soja
dans la partie brésilienne de l'Amazonie. Cargill compte parmi les
quatre multinales étrangères qui font la pluie et le beau temps
dans le commerce du soja brésilien, aux côtés du groupe brésilien
Maggi. Attiré par la possibilité de gagner rapidement de l'argent
avec l'expansion de la culture du soja, Cargill s'est installée en
Amazonie. En fournissant les paysans en semences, en engrais, en
organisant le transport comme le stockage, Cargill attire des
paysans vers l'Amazonie. L'implantation de Cargill à Santarem est
illégale (cf. détails dans le rapport Eating up the Amazon) et
l'entreprise n'hésite pas à s'approvisionner auprès de sources
illégales.
- Présence illégale en Amazonie
Cargill s'est installée dans l'état de Parà et plus précisemment
dans la ville portuaire de Santarem. Cette installation s'explique
par sa volonté de faciliter les échanges avec l'Europe.
L'entreprise a négligé de satisfaire aux exigences locales en
matière d'incidences sur l'environnement. Cargill a été condamné à
plusieurs reprises pour ces faits mais a toujours été en appel. En
février 2006, cette condamnation a été confirmée par la justice
brésilienne: Cargill doit respecter la loi brésilienne et procéder
à une étude d'incidences. Il lui reste actuellement une juridiction
d'appel.
- Commerce de soja cultivé sur des terres illégalement
déboisées
Depuis l'installation de Cargill à Santarem, le soja est devenu
un moteur important de destruction. En août 2002, le directeur du
terminal céréalier de Cargill à Santarem a déclaré que la région
pouvait potentiellement consacrer 300.000 hectares au soja.
L'entreprise n'a par ailleurs pas caché ses efforts pour faciliter
l'installation (et l'achat de terres) dans le Nord d'agriculteurs
du Sud. Greenpeace détient les preuves que le soja traité par
Cargill à Santarem provient en partie de terres qui ont été
défrichées illégalement. C'est le cas par exemple de la ferme
Lavras dans l'état de Parà. Cette exploitation agricole s'est
implantée frauduleusement et a défriché au delà de ce qui est
légalement autorisé. La législation prévoit en effet que pour toute
terre gagnée sur la forêt amazonienne l'on maintienne en l'état 80%
de la superficie convertie. Cargill a également acheté du soja
auprès de la ferme de Membeca qui a défriché des terres appartenant
aux Manoki, un peuple autochtone du Mato Grosso.
- Commerce de soja cultivé dans des exploitations convaincues
d'esclavagisme
L'esclavagisme est une réalité quotidienne au Brésil et se
rencontre principalement dans les états du Mato Grosso et de Parà.
Entre 2003 et 2004, les autorités brésiliennes ont fait état de
quelque 8700 cas. Il s'agit souvent d'une population attirée dans
des exploitations reculées par la promesse de gains conséquents. A
l'arrivée, ils sont privés de leurs papiers. Ils travaillent
souvent sous la menace d'armes, dans des conditions infrahumaines.
Greenpeace a pu se rendre compte que les exploitations convaincues
d'esclavagisme sont généralement de très grandes exploitations. A
ce jour, Cargill n'a pas signé le pacte national pour l'éradication
de l'esclavagisme. La ferme Vo Gercy (savanne du Mato Grosso) a
compté parmi les fournisseurs de Cargill, neuf mois après une
inspection et la libération de 15 esclaves.
- Transformations de soja provenant d'exploitations agricoles
implantées le long de "l'autoroute du soja", une infrastructure
routière construite hors de la légalité
En été 2004, "l'autoroute du soja" a été implantée sur une
longueur de 120 km dans la région couverte par la municipalité
Feliz Natal (Mato Grosso). Cette implantation s'est faite sans
autorisation et sans les nécessaires études d'incidences sur
l'environnement. Cette infrastructure a par la suite été reprise
par les autorités de l'état du Mato Grosso qui envisagent de
l'asphalter. Aucun permis en bonne et due forme n'a pour autant été
délivré. 38 exploitations agricoles se sont entre temps implantées
le long de cette route. 100.000 hectares ont été proposés à la
vente (24 dollars par hectare) via Internet. Une situation illégale
puisqu'il s'agit de terres publiques. Des documents démontrent que
Cargill a commercé avec les exploitations installées le long de
cette route où l'on trouve également une installation d'entreposage
appartenant à Cargill.
Il est établi que du soja transgénique est à présent cultivé en
Amazonie, ce qui constitue une menace supplémentaire pour la
biodiversité locale. Dans l'état du Mato Grosso (46% de forêt
tropicale), il semble que 10% des cultures de soja soient
transgéniques. Greenpeace détient la preuve que Cargill s'est
procuré du soja OGM provenant de cette région.
Résumé exécutif de la brochure Culture intensive de Soja en Amérique latine: impacts sur l'environnement et le tissu social, mars 2006.
An Amérique latine, la culture industrielle du soja se traduit
par des impacts sur l'environnement tels qu'une déforestation
généralement précédée de feux de forêt. La culture du soja
pratiquée de manière industrielle se traduit par une utilisation
importante de pesticides qui polluent les sols et la nappe
phréatique. De nombreux conflits quant à l'utilisation des terres
surgissent et l'usage de la violence n'est pas rare. Hautement
mécanisée, cette culture est peu pourvoyeuse d'emplois agricoles.
Salaires et conditions de travail dans les exploitations agricoles
laissent à désirer. Plusieurs cas d'esclavagisme ont été dénoncés
par les autorités brésiliennes. La conversion de l'Amazonie
brésilienne en terres agricoles ne manquera pas d'avoir des
répercussions sur le mode de vie spécifique des peuples
autochtones. En Amérique latine, le développement de cette culture
en partie destinée à l'exportation vers l'Europe risque également
de se traduire par une perte d'autonomie alimentaire. L'exemple de
l'Argentine - qui cultive depuis 1996 du soja OGM destiné à
l'exportation- est à ce titre éloquent. Pour nourrir les animaux
d'élevage en Belgique, on estime qu'en moyenne 500.000 hectares de
soja ont été mobilisés chaque année dans le monde, depuis 1990. Ce,
principalement au Brésil et en Argentine. Cette superficie
correspond à 15% du territoire belge.
Documents disponibles sur www.greenpeace.be
Notes: 1) Action sur le quai d'Euro-Silo qui a été fondée (1969) entre autres par Cargill,une multinationale qui utilise ces infrastructures portuaires pour la commercialisation du soja en Belgique.2) Eating up the Amazon – April 2006, rapport disponible en anglais sur le sitewww.greenpeace.be. Une publication de Greenpeace International – Pays Bas.3) Culture intensive de Soja en Amérique latine: impacts sur l'environnement et le tissu social, mars 2006. Une publication de Greenpeace Belgique disponible sur le site www.greenpeace.be4) Le Mato Grosso est un des états du sud de l'Amazonie brésilienne. D'un point de vue géographique, il est composé de 46% de forêt tropicale et de 49% d'une savanne typique de la région, nommée Cerrado. C'est un état phare pour la culture industrielle de soja. Cet état présente par ailleurs des taux records de déforestation.