L'Europe se laisse à nouveau mener par le bout du nez par le lobby automobile

Le compromis concernant les règles UE pour les émissions de CO2 des voitures est une coquille vide

Communiqué de presse - 1 décembre, 2008
Après des mois de palabres, l'UE a conclu hier soir un accord extrêmement laxiste sur les émissions de CO2 des voitures neuves. L'Europe cède ainsi à la pression énorme exercée par le lobby automobile pour reporter et affaiblir les objectifs de réduction et pour réduire fortement les amendes en cas de non-respect des règles.

"Pendant tout ce temps, l'industrie automobile a conduit les négociations et nos politiciens européens ont dû se contenter de rester sur le siège passager", explique Joeri Thijs de Greenpeace. "Cette réglementation est devenue une coquille vide : le secteur automobile ne contribuera que peu, voire pas du tout, à la lutte contre le changement climatique. D'autres secteurs devront en supporter les conséquences. Et le consommateur devra attendre encore des années des voitures vraiment économes."

Les autorités européennes et le Parlement européen ont accepté hier soir un accord dicté par la branche industrielle qu'elles sont supposées réguler. L'objectif proposé (et déjà affaibli) de 130g CO2/km est une nouvelle fois reporté de trois ans jusqu'en 2015, et à cause de toute une série d'issues de secours et des amendes peu élevées, cet objectif ne sera probablement même pas réalisé. (1) "On peut même affirmer que cette réglementation n'est rien de plus qu'une poursuite de l'accord volontaire inopérant que l'Europe a conclu avec l'industrie automobile en 1998. (2) Et ce alors que le changement climatique est notoirement devenu plus grave qu'il y a dix ans et que les prix des carburants ont flambé cette année."

Même à long terme, la réglementation n'apporte pas grand chose. L'accord final a fixé un second objectif de réduction de 95g CO2/km pour 2020, mais le texte qui devait rendre cet objectif contraignant a été supprimé de l'accord au tout dernier moment. Il ne reste plus qu'un chiffre indicatif qui devrait être la cible à son tour du lobby automobile durant la prochaine décennie.

"Des pays comme l'Allemagne et l'Italie ont tordu le cou à cette réglementation en défendant les intérêts à courte vue de leurs fabricants automobiles nationaux.

Voilà qui ne constitue pas un bon signe pour l'avenir du rôle de l'Europe dans la lutte internationale contre le changement climatique. Le président français Sarkozy, qui préside actuellement l'UE, voulait aller à Poznan avec un mandat climatique fort pour les négociations climatiques internationales. Mais cette concession faite à l'industrie automobile met totalement en doute les véritables ambitions climatiques de l'Europe", conclut Joeri Thijs.

Notes: 1) Pour une analyse complète du compromis concernant la législation relative aux émissions de CO2 des voitures, consultez http://www.greenpeace.eu2) Pour échapper à une réglementation en matière de CO2 à la fin des années 90, les constructeurs automobiles européens ont signé en 1998 un accord volontaire avec la Commission européenne pour ramener la flotte moyenne de nouvelles voitures à 140g CO2/km pour 2008. Les constructeurs japonais et coréens ont promis d'atteindre le même niveau pour 2009.Mais en 2007, les émissions moyennes des voitures sur le marché européen atteignaient toujours 157g CO2/km. Avec la proposition actuelle, les 140g CO2/km seront atteints, avec un peu de chance, vers 2018, ce qui représente à nouveau un report de 10 ans.