Communiqué de presse - 5 mai, 2008
Intitulé « False Hope », le nouveau rapport de Greenpeace démontre à quel point la technologie CCS (NDLR: carbone capture storage) constitue une fausse piste contre les changements climatiques. Evoquant dangers, gaspillage énergétique et surcoût liés à cette technologie immature, le rapport conclut à l'absurdité d'y investir des fonds publics. Greenpeace s'inquiète de l'existence de projets CCS en Belgique, visant à assurer une seconde vie aux très polluantes centrales à charbon. La Belgique se lancera-t-elle à fonds perdus dans le développement d'une technologie qui n'offre aucune solution face à l'urgence climatique ou se tournera-t-elle prioritairement vers les solutions énergétiques durables?
Le captage et le stockage du carbone vise à réduire l'impact de
la combustion des énergies fossiles en captant le CO2 rejeté avant
de l'enfouir dans le sol. Cette technologie, qui n'a pas encore
fait ses preuves, est régulièrement présentée comme une solution
aux changements climatiques par de nombreux producteurs
d'électricité. Ils y font référence pour justifier la construction
de nouvelles centrales au charbon sans avoir la certitude que
l'enfouissement du CO2 soit un jour opérationnel. La technologie
du CCS ne devrait pas faire ses preuves avant 2030 et beaucoup
d'incertitudes demeurent quant à sa mise en pratique et à son coût.
Cela signifie que si elle devait un jour prouver son efficacité, ce
serait beaucoup trop tard pour lutter contre les changements
climatiques. Les experts du climat s'accordent pour dire que les
émissions planétaires de GES doivent atteindre un pic d'ici 2015
avant de diminuer d'au moins 50% d'ici 2050. Il faut donc agir
rapidement. Investir dans le captage et le stockage du carbone
risque de se révéler contre-productif et préjudiciable à toutes les
initiatives visant à développer l'efficacité énergétique et les
énergies renouvelables, remèdes indispensables aux changements
climatiques.
Différents projets de nouvelles centrales au charbon dites
'prêtes pour le captage' sont à l'étude en Belgique. Ainsi, en
novembre 2007 le géant allemand E.ON annonçait les plans de
construction d'une centrale au charbon de 1100MW en région
anversoise, devant couvrir 8% de la production énergétique belge.
Un tel projet, estimé à 1,5 milliard d'euros, aggraverait un peu
plus encore les émissions belges en gaz à effet de serre (GES), les
centrales au charbon étant les plus grandes émettrices de CO2 .
« Il est particulièrement malsain de tenter de faire passer des
techniques incertaines pour des solutions. Il ne s'agit que de
manoeuvres dilatoires pour maintenir en vie la filière du charbon.
Nous espérons que la Belgique fera preuve de discernement et
qu'elle s'engagera dans la voie d'une réduction des émissions de
gaz à effet de serre (GES) en tournant définitivement le dos à ce
combustible d'un autre âge et en refusant catégoriquement toute
construction de nouvelle centrale au charbon, même avec le CCS
comme alibi, commente Fawaz Al Bitar de la campagne Climat/Energie
de Greenpeace.»
Les gouvernements subissent une pression considérable pour
investir dans le CCS et la Commission européenne, cible permanente
des lobbies de l'énergie, vient de publier une proposition de
Directive bâclée sur le stockage géologique du CO2, véhiculant le
faux espoir des centrales 'prêtes pour le captage'. Plus de
100 organisations non-gouvernementales se sont associées à
Greenpeace pour demander que le CCS ne serve pas d'excuse à la
construction de nouvelles centrales au charbon.
Le scénario pour une [R]évolution énergétique planétaire
préconisé par Greenpeace démontre qu'un recours accru à
l'efficacité énergétique et un développement réel des énergies
renouvelables permettraient de diminuer de moitié les émissions de
C02 d'ici 2050 et donc de répondre aux prescriptions des
scientifiques. Le potentiel mondial des énergies renouvelables est
suffisant pour répondre six fois aux besoins planétaires en
énergie.
Notes: Le rapport False Hope détaille les nombreuses failles liées au CCS, qui est encore loin de pouvoir être intégré dans le processus de production d'électricité. Les besoins en énergie accrus du CCS impliquent tellement de pertes énergétiques qu'il faudrait une usine supplémentaire pour quatre usines équipées de systèmes CCS. Le CCS impose par ailleurs, un surcoût considérable qui ne manquera pas de se répercuter sur le prix de l'électricité. Les hausses prévisibles pourraient être de 21 à 91%. Le stockage de CO2 dans le sous-sol n'est enfin pas sans danger. Les risques de fuite, même limités à 1%, pourraient tout simplement annuler les bénéfices engrangés pour le climat. La question de la responsabilité industrielle face aux atteintes environnementales se poserait également.