La projection du film muet Un cauchemar pour le climat ? marque
le début d'une veille contre le charbon que Greenpeace entend tenir
jusqu'au Conseil des ministres de la Région flamande de vendredi
matin. Une bonne trentaine de militants s'installeront pour la nuit
aux abords du cabinet Peeters. Cette action s'inscrit dans le cadre
d'une série d'interpellations lancées ces dernières semaines à Kris
Peeters sur le poids du charbon dans notre production énergétique
et ce, dans la perspective des accords internationaux sur le climat
de Copenhague 1).
« Il est grand temps que la Flandre se réveille. A moins de deux
semaines des négociations de Copenhague, c'est le réflexe 'climat'
qui devrait prévaloir, souligne Eloi Glorieux, de la campagne
Climat/Energie de Greenpeace. »
Pour Greenpeace, ces discussions internationales ne seront à la
hauteur du défi climatique que si elles débouchent sur un
engagement des pays industrialisés de réduire leurs émissions de
gaz à effet de serre de 40%, d'ici 2020. Seule cette exigence
permet de répondre concrètement aux avertissements lancés par les
scientifiques du groupes d'experts internationaux pour le climat
mandatés par les Nations unies (GIEC). Dans cette perspective,
autoriser la construction d'une nouvelle centrale au charbon à
Anvers est d'autant plus absurde qu'elle ne s'assortit d'aucune
garantie de fermeture de centrales au charbon plus anciennes.
«S'il voit le jour, le projet anversois d'E.ON produirait 8% des
émissions actuellement déplorées en Flandre. Autant parler d'une
usine à CO2, ponctue le spécialiste Energie de Greenpeace. C'est
aujourd'hui qu'il faut investir dans des technologies propres et
renouvelables Après des demandes répétées, la Flandre ne nous a
toujours pas communiqué son choix. »
En filigrane de la problématique de la centrale au charbon
anversoise, c'est le poids de la Flandre dans la détermination de
la position belge à Copenhague qui est posé. Ne pas s'opposer aux
plans anversois d'E.ON revient à refuser ouvertement d'entrer dans
la période de transition énergétique que le réchauffement
planétaire impose.
« Autoriser aujourd'hui la construction d'une nouvelle centrale
au charbon, c'est accepter de produire du CO2 pendant les 40
prochaines années. Certains diront que le CO2 issu de la combustion
du charbon pourra bientôt être capturé et stocké mais cette
technologie - généralement appelée CCS - n'est pas encore
opérationnelle et ne le sera sans doute pas avant une trentaine
d'années. La centrale envisagée à Anvers est loin de présenter un
rendement optimal. D'importantes pertes d'énergie sont liées à
cette technologie, une aberration par les temps qui courent.»
La place du charbon dans le monde reste considérable puisque
l'ensemble des centrales au charbon émettent annuellement quelque
11 milliards de tonnes de CO2, ce qui représente 41% des émissions
totales imputables aux énergies fossiles 2). En 2003, le charbon
représentait encore 11,2% de l'énergie produite en Belgique 3).
Cette énergie d'un autre âge nécessite bien évidemment
d'importantes quantités de charbon pour fonctionner. La Belgique
consomme encore annuellement 2.650.00 tonnes de charbon, provenant
essentiellement de Pologne. Dans un souci de cohérence avec
l'urgence climatique, Greenpeace s'oppose à la construction de
nouvelles centrales au charbon partout dans le monde.
Projet de centrale au charbon à Anvers :
Localisation : terrain Bayer-Lanxess, port d'Anvers
Promoteur : E.ON qui projette la construction de cinq autres
centrales au charbon en Europe
Capacité envisagée : 1.100 MW
Consommation en charbon : entre 333 et 370 tonnes par heure, un
espace de stockage de 8 hectares est prévu
Date envisagée pour son entrée en activité : 2014-2015
Coût : 1,5 milliard d'euros
Coût pour l'environnement : 6,3 millions de tonnes de CO2 (la
Flandre émet actuellement 74 millions de tonnes), plus de 600.000
tonnes de déchets divers (cendres etc) à transporter.
Etat du dossier : le port d'Anvers s'est récemment prononcé
contre le projet d'E.ON en raison des nuisances pour
l'environnement.
Notes: 1) compte-rendu et photos sur http://www.greenpeace.be2) CO2 Emissions from Fuel Combustion", OESO/IEA, 20083) Beleidsnota Energie en Natuurlijke Rijkdommen 2004-2009 van Vlaams minister Kris Peeters