Communiqué de presse - 19 janvier, 2009
Le gouvernement a publié les résultats finaux de la révision de la légalité des titres forestiers, lancée à l'initiative de la Banque mondiale en 2005. Il apparaît ainsi que 65 permis, couvrant presque 10 millions d'hectares, pourront être convertis en concessions à long terme, et ce en contradiction avec l'avis du groupe technique de travail du gouvernement, qui avait recommandé une réduction à 4,4 millions d'hectares en juillet 2008. [1] L'annonce d'aujourd'hui fait suite à une série de recours de la part de certaines compagnies forestières dont les contrats risquaient l'annulation: 19 des 87 recours ont abouti.
« Il est encourageant que le gouvernement n'ait pas entièrement
cédé à la pression de l'industrie forestière. L'annulation
effective des titres forestiers qui n'ont pas été approuvés doit
maintenant être mise en oeuvre. Nous espérons que le gouvernement
s'engage résolument à protéger nos forêts et à mettre en œuvre un
plan de zonage participatif du territoire national, qui intègre
véritablement les préoccupations du peuple congolais », commente
René Ngongo, conseiller politique pour Greenpeace Afrique.
La fin du processus de révision de la légalité des titres ouvre
la voie à la recherche d'alternatives à l'exploitation forestière
industrielle. Toutefois, le gouvernement devra rester ferme et ne
pas céder aux manœuvres dilatoires de l'industrie forestière, qui
prend prétexte de la crise financière internationale actuelle pour
tenter d'échapper au paiement des taxes en RDC et anéantir ainsi
tous les efforts consentis pour l'assainissement du secteur
forestier. [2]
Greenpeace souligne cependant l'importance des défis qui restent
à relever, particulièrement en ce qui concerne la faible
gouvernance et le manque de contrôle du secteur forestier en RDC. «
Comment le gouvernement compte-t-il faire appliquer ces
annulations? Comment va-t-il contrôler les titres qui viennent
d'être légalisés? » poursuit René Ngongo.
Le processus de révision de la légalité des titres a fait
l'objet de nombreuses critiques et l'Observateur Indépendant,
mandaté par le gouvernement à la demande de la Banque Mondiale, a
établi que des critères légaux aussi fondamentaux que celui du
respect des limites des titres n'ont pas été vérifiés [3]. Le
moratoire décrété en 2002 sur les nouveaux titres forestiers a été
massivement violé et le nouveau Code forestier mis en place la même
année n'est toujours pas appliqué. Des compagnies forestières
internationales comme le groupe suisse Danzer ou le groupe
Nordsüdtimber, domicilié au Liechtenstein, ont obtenu la validation
in fine de centaines de milliers d'hectares de forêts au prétexte
d'une réorganisation et d'une relocalisation d'anciens titres
forestiers [4].
Greenpeace demande au gouvernement congolais le maintien du
moratoire sur l'attribution de nouveaux titres forestiers tant
qu'un plan de zonage participatif du territoire national et une
gouvernance forestière satisfaisante n'auront pas été mis en
place.
Les communautés forestières sont en colère parce que des arbres
magnifiques sont extraits de leurs forêts et parce que l'industrie
ne laisse que destruction derrière elle. Les Africains paieront le
plus lourd tribut aux changements climatiques. Le gouvernement doit
sauvegarder les forêts du Congo, non seulement pour leur rôle dans
la stabilisation du climat, mais avant tout dans l'intérêt des
Congolais qui en dépendent, et qui souffrent de leur pillage
continu.
Notes: [1] « Listes des titres forestiers ayant reçu des avis techniques favorables ou défavorables après vérification des requêtes de conversion par le Groupe Technique de Travail », Ministère de l'Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme, 5 août 2008[2] « Conférence du Monsieur le Ministre Endundo a l'indication du Rotary club de Kinshasa sur le thématique de l'environnement et de la gestion du patrimoine forestier de la Republique Démocratique du Congo au Cercle Francais à Kinshasa le 9 Janvier 2009 »[3] WRI/Agreco, « Rapport de l'Observateur Indépendant sur les travaux de la Commission Interministérielle de la Conversion des Anciens Titres Forestiers », 20 octobre 2008. Avec l'aide financière de la Banque mondiale, le gouvernement a mandaté le World Resources Institute (WRI) et le cabinet belge Agreco pour servir d'observateur indépendant du processus de révision de la légalité. http://www.rdcconversiontitresforestiers.org [4] Voir aussi « Etude Sectorielle – Exploitation Forestière en République Démocratique du Congo », octobre 2008 http://www.greenpeace.org/raw/content/international/press/reports/DRC-logging-sector-briefing-french.pdf