Chronique d’un désastre annoncé... il est temps d’assumer une sortie planifiée du nucléaire

Communiqué de presse - 9 août, 2012
Bruxelles, le 9 août 2012 : le problème qui affecte la cuve du réacteur de Doel 3 n’est pas uniquement éminemment regrettable, il était aussi éminemment prévisible. La Belgique doit se diriger résolument vers la sortie phasée et définitive du nucléaire plutôt que d’attendre qu’elle nous soit imposée par des défaillances techniques.


Greaenpeace a publié en 2010 un rapport intitulé « Roulette russe »  où la situation qui se présente actuellement à Doel  (Anvers) était évoquée *1.  Ce rapport a été diffusé auprès de toutes les personnes concernées en Belgique. Face à ce désastre annoncé, la majorité de nos responsables politiques ont préféré adopter une politique de l’autruche.

« Nous avons perdu assez de temps, argumente Eloi Glorieux, de la campagne Nucléaire de Greenpeace, la sécurité doit être placée au cœur des préoccupations de nos décideurs. Depuis des années, la Belgique pinaille autour de réputés problèmes d’approvisionnement et c’est aujourd’hui la réalité qui se rappelle à nous. Le problème qui se pose au réacteur de Doel 3 survient endéans la durée de vie prévue par ses concepteurs *2. Qu’en sera-t-il si nous ne respectons pas cette donnée initiale ? »

La fragilité de nos centrales nucléaires a par ailleurs été soulignée en mai dernier par deux experts indépendants, dans le cadre de l’exercice de stress tests imposé après la catastrophe de Fukushima par l’Union européenne. La conclusion alarmiste de ces spécialistes semble malheureusement devoir être confirmée.

 

Sécurité nationale

« En Belgique, les centrales nucléaires sont implantées dans des zones particulièrement denses (Anvers, Huy/Liège). Parier sur la résistance de matériaux soumis à un bombardement atomique constant pendant des décennies est suicidaire ! Electrabel doit cesser de faire passer ses intérêts commerciaux avant ceux de la population et  garantir notre sécurité nationale, comme le lui demande d’ailleurs l’agence de contrôle nucléaire, conclut Eloi Glorieux.»

Pour Greenpeace, il est indéniable qu’une sortie du nucléaire planifiée et définitive est possible. L’arrêt des réacteurs Doel 3 et Tihange 2 ne devrait pas poser dans un premier temps de problème d’approvisionnement. Cette fermeture n’exclut pas la fermeture en 2015 des réacteurs Doel 1 et Doel 2 comme le prévoit la loi. La transition énergétique doit être considérée comme une mission prioritaire de notre gouvernement.

 

Sortie planifiée plutôt que chaos imposé

Malheureusement, il ne peut plus être question d’évacuer la question de la sécurité comme cela a été le cas jusqu’à présent. En conséquence, Greenpeace demande :

-  une inspection des cuves de tous les réacteurs belges et la prise des mesures qui s’imposent en cas de fissures;

- une implémentation accélérée des mesures permettant de répondre aux problèmes de sécurité identifiés lors des stress tests ;

- une amélioration sérieuse des plans d’urgence nucléaires (e.a. meilleure prise en compte du problème d’évacuation de villes comme Anvers, Huy, Liège, Namur.) *4 ;

- la mise en place d’un régime de responsabilité illimitée applicable aux opérateurs de centrales nucléaires mais aussi aux constructeurs de réacteurs et à tous les acteurs du secteurs nucléaires, y compris ceux qui le finance *5.

Les failles de l’énergie nucléaire sont plus flagrantes que jamais mais l’exemple du Japon et de l’Allemagne doit nous inciter à nous diriger vers une sortie définitive et planifiée du nucléaire. La meilleure recette pour tomber dans des problèmes d’approvisionnement serait d’attendre qu’une défaillance technique nous impose la fermeture de nos réacteurs.

 

Plus d’info :

Eloi Glorieux responsable de la campagne Nucléaire

0475/98.20.93

Elysabeth Loos service de presse

0496/161.589

 

Notes aux rédactions :

*1 Lien vers le rapport "Roulette russe" - page 7 et 8  : http://www.greenpeace.org/belgium/fr/presse/rapports/roulette-russe/

*2 Durée de vie (à la conception) de 30 ans pour les réacteurs Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 et durée    de  vie de 40 ans pour les réacteurs Doel 3, Doel 4, Tihange 2, Tihange 3.

*3 A savoir la fermeture immédiate de Doel 1, 2 et Tihange 1 ainsi que l’arrêt des quatre autres réacteurs jusqu’à l’identification - et la résolution – des problèmes techniques découverts. Lien vers le rapport des experts indépendants :
http://www.greenpeace.org/belgium/Global/belgium/report/2012/Analyse_experts_independant_synth%C3%A8se_Greenpeace.pdf

*4 L’accident de Fukushima a démontré les failles d’une évacuation conçue en fonction de cercles concentriques

*5 Le régime actuel reporte le risque nucléaire sur l’ensemble de la société.