Deuxième anniversaire de la catastrophe de Fukushima

Communiqué de presse - 7 mars, 2013
Les constructeurs se remplissent les poches, les victimes continuent à payer…

Des militants de Greenpeace ont apposé ce matin un autocollant géant sur les fenêtres de General Electric (GE), marqué du slogan « Fukushima : Your business, Our Risk ». Le consortium américain a livré les réacteurs de la centrale accidentée et joué un rôle dans la catastrophes sans être tenu responsable civilement et sans avoir aucune indemnité à payer. En Belgique aussi, en cas d’accident nucléaire, le secteur bénéfice d’un régime de responsabilité civile favorable qui  reporterait le coût d’un accident nucléaire sur les citoyens.

Pour la population impliquée dans la catastrophe du 11 mars 2011, le cauchemar n’est pas terminé. Or, un régime de responsabilité civile favorable épargne toujours des fabricants qui - comme GE - ont livré des composants importants. Dans le même ordre d'idée, les concepteurs des centrales sont également épargnés.

Le coût financier de Fukushima est estimé à quelque 186 milliards d’euros. Deux ans après le drame, les "évacués" attendent toujours des indemnités correctes tandis que Tepco, l'opérateur de la centrale - qui ne bénéficiait pas de suffisamment de fonds propres pour payer les indemnités - a été nationalisé pour éviter la faillite...

"C’est  en quelque sorte la population qui paie pour le mal dont elle a souffert", commente depuis le lieu de l’action Eloi Glorieux. "Nous sommes ici pour déplorer cette absurdité."


Régime de responsabilité civile à revoir

Actuellement, seul l’opérateur est tenu responsable des conséquences d’un accident nucléaire. Or, il s’agit d’une responsabilité partagée entre différents prestataires de service notamment les concepteurs ou les fabricants des réacteurs nucléaires ou des systèmes de refroidissement... Les réacteurs livrés à Fukushima par GE présentaient des défauts de conception qui ont accéléré les événements lors de la catastrophe. Malgré cela, GE n’est pas tenu responsable du drame.

En accord avec des traités internationaux, la couverture imposée aux opérateurs est limitée et sans commune mesure avec le coût réel d’une catastrophe nucléaire. Quant au coût environnemental, il est soit sous-estimé soit nié.


Risque financier limité pour GDF-Suez/Electrabel

En cas de catastrophe en Belgique, la contribution de l'électricien français s'élève  à 1,2 milliard d’euros. Ce montant correspond à un petit  0,6%  de l’estimation provisoire du coût de la catastrophe de Fukushima.

"Les prestataires de service et fournisseurs de Doel et Tihange sont eux aussi totalement exclus du régime de responsabilité civile. Il est impératif de modifier ce système", poursuit Eloi Glorieux.

L’implication illimitée de l’opérateur nucléaire et de ses principaux fournisseurs permettrait de disposer d’une réserve financière plus importante pour mieux indemniser les victimes. Cette nouvelle donne devrait à son tour modifier le comportement de l’industrie.
"Est-elle prête à assumer financièrement les conséquences d’une technologie qui a démontré ses limites ?  Imposer à l’industrie d’assumer financièrement la totalité des dommages encourus modifierait sensiblement le prix du KWh-nucléaire. Ce qui permettrait en outre de rééquilibrer la concurrence entre les énergies nucléaire  et renouvelables", conclut Eloi Glorieux.


Exit Tihange 2 et Doel 3

Le gouvernement belge doit prendre rapidement ses responsabilités et la sécurité des citoyens belges doit prévaloir sur les intérêts de l’industrie nucléaire. Les réacteurs fissurés de Tihange 2 et Doel 3 doivent être fermés définitivement et la durée de vie de Tihange 1 ne peut pas être prolongée. Les exploitants et les fournisseurs du secteur nucléaire doivent être tenus responsables des conséquences d’une catastrophe nucléaire et ce, de manière illimitée.

L’action menée ce matin à Bruxelles s’inscrit dans le cadre d’une journée internationale d’action et d’hommage aux victimes.