Le Salon de l'Auto vole aujourd'hui brièvement la vedette au Sommet de Copenhague et c'est pour Greenpeace, l'occasion de rappeler que la voiture électrique n'est toujours pas la panacée pour le climat. Et ce, même si elle est soudainement devenue un des fers de lance de l'industrie de l'automobile et le cheval de bataille de Kris Peeters, le ministre président flamand. Pour Greenpeace, l'obligation pour l'industrie automobile de proposer rapidement aux consommateurs des voitures moins énergivores doit rester la priorité n°1.
Alors qu'il est de plus en plus établi que les agrocarburants
posent bien souvent plus de problèmes pour l'environnement qu'ils
n'apportent de solution, la lourde tâche de verdir le blason de
l'automobile repose de plus en plus sur les épaules de la voiture
électrique. Fin novembre, le gouvernement flamand a annoncé son
intention d'investir sérieusement dans la production de voitures
électriques. Les plans du gouvernement flamand s'assortissent d'une
volonté de populariser ces véhicules en Flandre (1).
Pour Greenpeace, ces plans doivent être recadrés et leur ampleur
relativisée. "La voiture électrique a indéniablement un rôle à
jouer dans une société à la recherche de plus de durabilité. Mais
de façon générale, les attentes par rapport à la voiture électrique
sont trop ambitieuses. Ces dix prochaines années, son taux de
pénétration du marché automobile restera - selon différents
indicateurs - bel et bien limité (2), commente Joeri Thijs de la
campagne Transport de Greenpeace. Or, c'est justement pendant la
décennie qui s'ouvre que nous devons, pour répondre aux experts
internationaux du GIEC, intensifier l'effort pour maîtriser à
l'échelon planétaire, nos émissions de CO2."
Par ailleurs, avant de concrétiser la sucess story de la voiture
électrique, bien des éléments doivent être maîtrisés sans quoi la
voiture électrique viendra tout bonnement gonfler les files que
tous déplorent. Le pire serait bien sûr que l'industrie automobile
mise sur la voiture électrique (3) en se détournant de l'essentiel,
à savoir la mise sur le marché de voitures toujours moins
énergivores. Mettre à la disposition des consommateurs des voitures
de plus en plus sobres doit rester une priorité au même titre que
la promotion d'une modalité douce et d'une diminution globale du
trafic.
"La voiture électrique ne doit pas servir d'alibi à nos
décideurs politiques pour tolérer un nouveau status quo de
l'industrie automobile en matière d'émissions de gaz à effet de
serre. Le secteur automobile peut encore largement contribuer à
réduire ces émissions problématiques et à éviter un réchauffement
planétaire aux conséquences catastrophiques." Le secteur des
Transports continue en effet à hypothéquer les efforts réalisés
dans d'autres secteurs d'activité. De nombreux experts répètent à
l'envi que la part de CO2 imputable aux voitures ne pourra être
réduite que si l'on agit sur le volume du trafic, càd sur le nombre
de kilomètres parcourus et le nombre de véhicules. Ce point de vue
vient d'être réaffirmé par l'Institut Wuppertal dont la réputation
n'est plus à établir. (4)
L'arrivée massive des voitures électriques sur le marché ne
manquera pas d'avoir des répercutions sur l'ensemble du secteur
énergétique. "Si ce flux n'est pas maîtrisé d'emblée, la présence
de voitures électriques risque bien de consolider ou même de
renforcer pendant plusieurs décennies le mix énergétique que nous
connaissons actuellement et qui - vu le recours actuel aux énergies
fossiles et nucléaire - manque déjà de durabilité.
C'est donc totalement à l'encontre d'une politique énergétique
respectueuse de l'environnement et du climat. De plus, cette
situation réduirait fortement le bénéfice écologique de la voiture
électrique. L'introduction de la voiture électrique doit aller de
pair avec un secteur de l'énergie de plus en plus "vert" , enchaîne
Eloi Glorieux, de la campagne Climat/Energie de Greenpeace."
Notes: 1. Déclaration de Kris Peeters lors de l'émission "De Zevende Dag" (VRT - 29 novembre 2009) et largement reprise par la presse belge.2. cf. p. 6 du document "La voiture électrique sauvera-t-elle le climat ?"3. La législation européenne en matière des émissions de CO2 des nouvelles voitures, adoptée fin 2008 n'a pas encore une portée suffisante. Suite aux pressions du lobby de l'automobile, elle présente encore bien des failles. C'est ainsi que les voitures électriques y figurent comme des véhicules présentant des taux d'émissions de zéro. Cet amalgame rend l'ensemble de la législation bien moins efficace. cf. document p. 14. Pour Greenpeace, la portée de cette législation doit être renforcée.4. "The traffic sector is faced with the challenge to first break the growth trend of the passenger miles before a sustainable reduction of the CO2-emissions can be achieved. For this reason, measures to avoid traffic, transfer to environmentally friendly means of transport and an improvement of the energy efficiency should have priority.""Energy balance. Optimum system solutions for renewable energy and energy efficiency.", Wuppertal Institute and IFEU Institute, mai 2009, résumé en anglais (p.38)http://www.wupperinst.org/uploads/tx_wiprojekt/Energy_Balance_summary.pdf