L’exploitation pétrolière au pôle Nord russe

Communiqué de presse - 24 août, 2012
Le matin du 24 août 2012, des militants de Greenpeace ont amorcé leur occupation de la Prirazlomnaya, une plate-forme pétrolière controversée du géant russe de l'énergie, Gazprom, dans la mer de Pechora. Cette action n’est que le sommet de l’iceberg du travail accompli par Greenpeace en Russie.

Photos sont disponibles ici, video ici.

Le changement climatique touche déjà sévèrement la région vulnérable du pôle Nord. Selon toute vraisemblance, le National Snow and Ice Data Center des Etats-Unis (NSDIC) annoncera ce week-end ou début de semaine prochaine que, depuis le début des relevés, la fonte de la banquise du pôle Nord n’a jamais été aussi importante. Et ce, à encore quelques semaines de la fin de la période de fonte. En principe, la quantité minimale de glace polaire est atteinte au cours de la deuxième ou troisième semaine de septembre.

La surface de la banquise polaire est généralement utilisée comme une indication des changements au pôle Nord car elle est plus facile à observer par satellite que le volume de glace. Le précédent « record » a été enregistré en septembre 2007 alors que la surface de la banquise avait atteint un minimum de 4,130 millions de m². Les scientifiques s’attendent à ce que cette surface passe sous les 4 millions de m² au cours des prochains jours.

Plus d’informations : http://www.greenpeace.org/belgium/Global/belgium/report/2012/Sea_Ice_Minimum_Briefing.pdf

La banquise du pôle Nord a également un impact sur le réchauffement de la planète. La glace réfléchit en effet les rayons solaires dans l'espace. Plus la glace polaire fond, plus l’océan se réchauffe et plus l’atmosphère se réchauffe lui aussi. C’est un effet domino, en d’autres termes. Il est particulièrement cynique de constater que des entreprises pétrolières, comme Shell et Gazprom, profitent de cette fonte des glaces pour forer de façon inconsidérée, dans le but d'extraire du pétrole. Ce qui accélérera d’autant plus le réchauffement climatique.

Gazprom est la plus grosse entreprise russe qui jouera un rôle décisif dans la concrétisation de l’objectif de Poutine de faire de son pays le leader mondial en matière énergétique. L’entreprise pétrolière ne cache pas qu’elle souhaite réaliser d'autres forages ailleurs en mer arctique. Par ailleurs, à compter de début 2013, Gazprom souhaite être la première entreprise à extraire, à l'échelle commerciale, du pétrole offshore dans le territoire du pôle Nord. Il donne ainsi au reste de l’industrie pétrolière le signal que l’exploitation pétrolière au-delà du cercle polaire en vaut la chandelle.

Prirazlomnaya a été constituée au départ d'une série d'autres plate-formes démantelées en mer du Nord. Elle est restée pendant des années en proie à la rouille dans un chantier naval de Moermansk. Désormais, elle extraira du pétrole toute l’année dans la mer de Pechora, couverte pratiquement deux tiers de l’année d’une épaisse banquise et où les températures chutant jusque -50°C sont monnaie courante. Le plan d’urgence en cas de marée noire ne fait mention que de « techniques classiques de  nettoyage » qui s’avèrent insuffisantes dans des conditions météorologiques aussi rudes. Il est par ailleurs désuet. Ce qui donne à toute activité sur la plate-forme un caractère illégal. En cas de marée noire, les zones naturelles à proximité risquent d’être touchées.

Pour plus d’information sur Gazprom et l’exploitation pétrolière dans le Grand Nord : http://www.greenpeace.org/international/Global/international/briefings/climate/GreenpeaceGazpromArcticBriefing.pdf

La semaine dernière, Greenpeace Russie et WWF Russie ont présenté une étude menée par des experts indépendants de l'Informatica Riska russe, qui ont développé un modèle informatique des conséquences d’une marée noire provenant de la Prirazlomnaya, la même plate-forme pétrolière que celle que les militants occupent actuellement. Ils en ont conclu qu’une superficie de 140.000 kilomètres carrés en haute mer et 3.000 kilomètres de littoral courent le risque d'être englués par une marée noire. Les ambassades de Norvège et des États-Unis ont déjà témoigné de l’intérêt pour cette étude.

Voir également : http://www.greenpeace.org/international/en/news/Blogs/makingwaves/gazprom-expired-arctic-oil-spill-response-plan/blog/41747/

Les activités de Gazprom dans le Grand Nord russe sont étroitement liées à l’industrialisation permanente de ce territoire et aux dangers écologiques, sociaux et économiques qui y sont associés. Chaque année, 5 millions de tonnes de pétrole brut s’échappent des gisements de pétrole russes, soit sept fois plus que la quantité de pétrole qui s’est déversée dans le Golfe du Mexique à la suite de la catastrophe de Deepwater Horizon. Et chaque année, au moins 500.000 tonnes de ce pétrole brut s’écoulent dans l’océan arctique, acheminées par les rivières.

Greenpeace a visité à plusieurs reprises la République des Komis, une entité de la Fédération de Russie, en vue de documenter la situation. Les images et les photos témoignent des méthodes destructrices de l’industrie pétrolière russe qui commence aujourd’hui à trépigner à l’idée de forages dans l’océan arctique. Par ailleurs, nous avons également pris une série de clichés d'autochtones qui subissent au quotidien les conséquences de la pollution pétrolière.

Davantage d’informations : http://www.greenpeace.org/belgium/fr/que-faisons-nous/Petrole/Arctique/glace-noire/

Mi-août, Greenpeace a également organisé, en collaboration avec le Comité Red Petsjora et les Izvatas, une conférence dans la ville russe d’Usinsk afin d’examiner l’impact de l’exploitation pétrolière dans le territoire du pôle Nord sur les communautés autochtones. Après quelques témoignages provenant du Groenland et du delta du Niger, le groupe de 30 représentants a signé, à l'issue de cette conférence, une déclaration commune dans laquelle ils s’opposent à l’exploitation pétrolière offshore sur le territoire du pôle Nord et exigent que le gouvernement les consulte avant d’accorder la moindre autorisation de forage sur ses territoires traditionnels.

Voir également le blog du militant Jon Burgwald : http://www.greenpeace.org/international/en/news/Blogs/makingwaves/gazprom-expired-arctic-oil-spill-response-plan/blog/41784/

Le 21 juin, Greenpeace a lancé une campagne internationale à grande échelle pour sauver le pôle Nord. Concrètement, Greenpeace souhaite que les no man’s lands actuels au pôle Nord deviennent une réserve mondiale, une zone de no-go pour les entreprises pétrolières et les flottes de pêche industrielle. C’est la raison pour laquelle nous recherchons le soutien public pour une résolution de l’ONU.

Entre-temps, la pétition a déjà récolté pratiquement un million et demi de signatures. La liste des signataires sera déposée ultérieurement, en geste symbolique, dans une boîte indestructible sur le fond marin du pôle Nord géographique.

Nous réalisons que, ce faisant, nous nous mettons en travers du chemin des pays et des entreprises les plus puissants au monde. Mais nous comptons sur la force d’une mobilisation de grande ampleur. Il y a trente ans, nous avons lancé une campagne similaire pour protéger le pôle Sud. Personne ne pensait que nous réussirions mais nous sommes bel et bien parvenus à constituer une réserve autour du pôle Sud.

Toutes les informations sur la campagne et la pétition sont disponibles sur : www.savethearctic.org/fr

Personne de contact:
Arnaud Collignon responsable energie, Greenpeace Belgique
0477.70.04.56

Sur simple demande, nous pouvons vous faire parvenir les coordonnées de nos collègues russes.