Pomme de terre OGM : Greenpeace dénonce les incohérences du dossier

Communiqué de presse - 15 février, 2008
Greenpeace appelle Sabine Laruelle, ministre de l'Agriculture, à ne pas autoriser l'emploi d'une pomme de terre modifiée génétiquement lors du prochain Conseil européen de l'Agriculture. L’UE doit se rendre à l’évidence scientifique, respecter ses propres réglementations et protéger les consommateurs européens en interdisant l’utilisation de la pomme de terre génétiquement modifiée et potentiellement nocive développée par l'entreprise chimique allemande BASF. C'est ce qu'a expliqué Greenpeace avant le vote crucial du Conseil européen de l’Agriculture, prévu ce lundi 18 février.

Cette pomme de terre comporte un gène marqueur de résistance auxantibiotiques (ARMG)(1), appelé nptII, qui aurait dû être interdit enapplication de la législation européenne depuis 2004(2). Pourtant, etmalgré un certain nombre de problèmes légaux, l'Agence européenne pourla sécurité des aliments (EFSA) a donné un avis positif pour la pommede terre BASF, ouvrant ainsi la voie au vote de lundi.

A l'heure où une controverse scientifique fait rage quant aux dangersde cet organisme génétiquement modifié (OGM), Greenpeace appelle laBelgique et l'Europe à opter pour le principe de précaution et à votercontre l'autorisation de la pomme de terre BASF.

"La demande est entachée de trop d'incohérences pour que le Conseill'approuve. L'avis de l'EFSA, sur lequel la proposition de laCommission est basée, contredit les opinions scientifiques d'autresinstitutions internationales et un avis antérieur de l'Agenceeuropéenne elle-même. Voilà pourquoi accepter la proposition de laCommission violerait la législation européenne," explique Natacha Adam,en charge du dossier à Greenpeace.

L'OMS et l'Agence européenne pour l'évaluation des médicaments (EMEA)ont contredit la décision de l'EFSA et jugé que les famillesd'antibiotiques affectées par le gène de la pomme de terre (kanamycineet néomycine) sont "critiquement importantes"(3) pour l'usagevétérinaire et humain et "ne peuvent pas être classées comme si ellesne revêtaient qu'une importance thérapeutique nulle ou mineure".(4)L'EFSA a reconnu que la pomme de terre BASF ARMG implique unerésistance à des antibiotiques d'importance critique, mais n'a pasmodifié sa position pour autant. Pourtant, en 2004, l'EFSA déclaraitdans un avis que les produits contenant des gènes marqueurs affectantdes antibiotiques "hautement importants" ne devraient pas êtrecommercialisés.(5)

Une opinion légale, commanditée par Greenpeace et rédigée par le ténordu barreau anglais Paul Lasok (6), explique les incohérences légales dela classification et de l'éventuelle autorisation de la pomme de terreBASF. "Comment imaginer qu'on puisse autoriser en 2008 un OGM contenantun gène marqueur qui aurait dû être interdit à partir du 31 décembre2004?" demande Paul Lasok.

Greenpeace demande au Conseil de prendre en considération les avisscientifiques de l'OMS et de l'EMEA, et de reconnaître les problèmeslégaux qui rendent impossible l'autorisation de la pomme de terre OGMBASF. "L'information sur laquelle la Commission a basé sa propositionau Conseil est incohérente, ce qui illustre bien les lacunes immensesdu système d'autorisation UE. La vérité, c'est que la pomme de terreBASF n'a pas fait l'objet d'une évaluation complète des risques, commel'exige la législation européenne. L'EFSA n'a pas étudié les effets dela pomme de terre sur la biodiversité et les informations concernantses effets sur la santé et l'environnement font défaut," ajoute NatachaAdam.

BASF aurait pu aisément extraire l'ARMG avant de passer à laproduction, mais l'entreprise ne l'a pas fait pour gagner du temps etde l'argent. "L'utilisation de cette technologie génétique obsolète estirresponsable. Aucune personne sensée ne peut prendre le risqued'augmenter la résistance aux antibiotiques des humains et des animauxet de mettre ainsi en péril les traitements de très nombreusesmaladies," affirme Natacha Adam.

- Un briefing média Greenpeace, avec la chronologie des décisionsconcernant la pomme de terre BASF GM peut être téléchargé sur :/belgium/Global/belgium/binaries/gmopotato

- Le briefing légal rédigé par le ténor du barreau anglais Paul LasokCR, concernant les incohérences légales de l'autorisation de la pommede terre OGM BASF peut être téléchargé sur :/belgium/Global/belgium/binaries/gmopatoto-lasok

Notes: (1) Les gènes résistants aux antibiotiques sont issus d’une technologie biotechnologique obsolète, conçue pour confirmer la modification génétique.(2) Directive 2001/18/CE sur la libération délibérée dans l'environnement des organismes génétiquement modifiés , Article 4(2) (http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2001:106:0001:0038:EN:PDF)(3) Organisation Mondiale de la Santé, Critically Important Antibacterial Agents for Human Medicine for Risk Management Strategies of Non-Human Use. Rapport d’une consultation du groupe de travail OMS, 15-18 février 2005, Camberra, Australie (http://www.who.int/foodborne_disease/resistance/amr_feb2005.pdf).(4) EMEA - Committee for medicinal products for veterinary use and Committee for medicinal products for human use, Presence of the antibiotic resistance marker gene nptII in GM plants for food and feed uses. EMEA/CVMP/56937/2007. 22 février 2007 (http://www.emea.europa.eu/pdfs/human/opiniongen/5693707en.pdf).(5) Opinion of the Scientific Panel on Genetically Modified Organisms on the use of antibiotic resistance genes as marker genes in genetically modified plants. Opinion adoptée le 2 avril 2004 (http://www.efsa.europa.eu/EFSA/Scientific_Opinion/opinion_gmo_05_en1,2.pdf).(6) Avocat de l’année - The Lawyer Awards 2006.