Prolonger la durée de vie des centrales nucléaires (pour
certains réacteurs, plus de dix ans en plus des trente années
initialement prévues) augmente le paramètre « risques ». Electrabel
bénéficie cependant d'une couverture minimale 1) pour ses centrales
de Tihange et de Doel: moins d'un millième du risque est assuré.
2).
« En imposant à Electrabel une couverture réaliste pour les
risques que ses centrales représentent pour la population belge, le
débat sur la sortie du nucléaire s'oriente différemment, commente
Jan Vande Putte de la campagne Climat/énergie. Le nucléaire n'est
pas assurable et en sortir le plus rapidement possible est l'option
la plus raisonnable. Parallèlement, les Belges sont demandeurs
d'une évolution vers les renouvelables. 3) »
Cartographie du risque
Greenpeace a fait appel à l'Institut météorologique de
l'Université de Vienne pour estimer l'ampleur de la contamination
radioactive (césium-137) qui suivrait un accident nucléaire à
Tihange ou à Doel. 4) La dispersion du nuage potentiel y est
simulée ainsi que l'impact de celui (exprimé suivant une gamme de
couleurs). Il ressort de cette simulation que :
-selon la direction des vents, la dispersion se ferait à
l'intérieur et hors des frontières belges;
-en Europe, des zones d'une superficie équivalente à la Belgique
pourraient être déclarées inhabitables pour plusieurs décennies
(couleur 'rose' utilisée sur les cartes);
-les Pays-Bas et l'Allemagne sont particulièrement concernés par
cette dispersion. La dispersion s'observerait jusqu'en Hongrie;
-en Belgique, les villes de Liège et de Namur seront
particulièrement exposées en cas d'accident grave à Tihange, mais
Bruxelles et Anvers pourraient aussi être déclarées inhabitables;
outre Anvers, un accident grave à Doel pourrait se solder par
l'évacuation de Gand, Namur, Liège et Bruxelles.
Pour informer la population de cette situation, des bénévoles de
Greenpeace ont distribué 80.000 lettres rédigées sous une forme
ludique et visant à dénoncer la nonchalance d'Electrabel en matière
d'assurance.
Responsabilité industrielle
d'Electrabel
En se basant sur des estimations réalisées dans d'autres pays
(e.a. France et Allemagne), on peut déduire qu'avec la densité et
le taux d'industrialisation de la Belgique, l'impact économique du
risque nucléaire est énorme. Il est également acquis que si le coût
d'une couverture tenant compte de ce facteur économique était
intégré au prix de l'électricité, le nucléaire ne serait
financièrement plus concurrentiel. En Belgique, la responsabilité
de l'exploitant a été historiquement limitée 5), ce qui équivaut à
une subsidiation indirecte du nucléaire et renvoie à un marché de
l'électricité régulé et incompatible avec un marché libéralisé.
Pour amender cette situation, Greenpeace a interrogé divers
juristes et défini une
proposition de texte de loi qui devrait permettre de répondre
aux déséquilibres dénoncés en matière de responsabilité
industrielle via un système de « taxe sur les risques nucléaires »
destinée à alimenter le fonds Kyoto. Ce fonds pourrait servir à
investir dans les renouvelables et l'efficacité énergétique.
Sortie du nucléaire
Le récent sondage réalisé pour Greenpeace par Ipsos démontre que
les Belges sont prêts à plébisciter les énergies renouvelables. Le
gestionnaire du réseau Elia a, par ailleurs, recensé « des
prévisions d'évolution des capacités de production » qui permettent
d'envisager sérieusement la première phase de la sortie du
nucléaire 6). Ce qui vient confirmer les estimations réalisées ces
dernières années par Greenpeace dans différents scénarios
énergétiques. La publication des cartes de contamination au
césium-137 et la proposition de « taxe sur les risques nucléaires »
doivent inciter nos décideurs politiques à sortir du flou sciemment
entretenu autour de la sortie du nucléaire. Le risque est trop
important pour s'en tirer avec un « sorry, on n'y a pas pensé
»...
www.no-nukes-no-sorry.be
Ce site donne
accès aux cartes de dispersion radioactive pour Doel 1 et Tihange
1, deux des réacteurs qui doivent être légalement fermés en 2015.
La loi sur la sortie du nucléaire prévoit la sortie des réacteurs
restants en 2025.
Notes aux rédactions
1) En Allemagne, les producteurs d'électricité ont par exemple
constitué une réserve commune de 2,5 milliards d'euros.
2) La simulation du nuage radioactif permet d'estimer que les
coûts suite à un accident nucléaire sévère pourraient excéder de
plus de 1000 fois le plafond fixé à 300 millions d'euros.
3) Sondage
Ipsos/Greenpeace
4) Institute of Meteorology (BOKU-Met), University of Natural
Resources and Applied Life Sciences Vienna. Cette étude a été menée
par l'Université de Vienne, sur base de données météorologiques
réelles et en s'appuyant sur un modèle atmosphérique permettant une
analyse à longue distance. Pour cette étude, il a été tenu compte
d'éléments spécifiques aux réacteurs de Doel 1, Doel 4 et Tihange 1
(puissance et qualité du combustible). Les 270 cartes produites
renvoient à l'année 1995, jugée représentative de la situation
habituelle des vents en Europe.
5) Loi du 15 juillet 1985 qui limite la responsabilité du
producteur à 300 millions d'€
6) Phase 1 de la sortie du nucléaire 2015 : Doel 1, Doel 2,
Tihange1:
http://www.elia.be