Communiqué de presse - 5 juin, 2008
En dépit de grandes ambitions en matière de lutte contre les changements climatiques inscrites dans les différents accords de gouvernement, il semble que notre pays se profile dans le peloton européen non comme un meneur, mais plutôt comme un cancre. Ainsi, dans le cadre des discussions relatives au projet de règlement européen sur les émissions de CO2 des voitures neuves, la Belgique adopte une position très en retrait. C'est du moins ce qu'il ressort des interventions de la Ministre Crievits lors d'une réunion du Conseil européen qui s'est tenue hier et au cours de laquelle la Belgique a affaibli ses revendications en matière d'objectifs à long terme au lieu de les renforcer.
Si le secteur automobile ne réduit pas ses émissions de CO2,
cela signifie que la charge retombera sur les épaules des autres
secteurs et donc que l'industrie et les ménages devront eux
consentir des réductions plus importantes encore.
Hier, lors du Conseil européen de l'Environnement, de nombreux
pays se sont à nouveau exprimés au sujet de la proposition de la
Commission européenne visant à limiter les émissions de CO2 des
voitures neuves. Cette proposition de la Commission se limitant à
l'horizon 2012, la discussion relative à la fixation d'une norme à
plus long terme - 2020 - bat son plein, les politiques climatiques
relatives aux autres secteurs fixant systématiquement des objectifs
pour cette date.
Alors que notre gouvernement soutenait jusqu'ici le principe
d'un objectif ambitieux pour 2020, il a hier opéré un revirement
inattendu. La Belgique, de même que quatre autres pays, s'oppose à
présent à un objectif de ce type, au motif qu' « une étude d'impact
préalable est nécessaire ».
Pour Pierre Courbe, chargé de mission Mobilité au sein de la
Fédération Inter-Environnement Wallonie, « attendre une étude
d'impact et reporter la fixation d'un objectif pour 2020 à, disons,
2014, c'est à ouvrir toute grande la porte aux arguments que les
constructeurs utilisent déjà aujourd'hui: nous avons besoin de plus
de temps... Et on passera ainsi à côté de l'opportunité d'obtenir
les résultats qui s'imposent en termes d'émissions de gaz à effet
de serre. Il s'agit d'une stratégie d'affaiblissement dictée par
l'industrie automobile, d'un piège dans lequel la Belgique fonce
tête baissée. »
Huit autres pays plaident d'ailleurs au Conseil de
l'environnement pour la fixation d'objectifs précis à l'horizon
2020. Cette approche est nécessaire non seulement pour maximaliser
les effets de la politique climatique automobile à cette date, mais
aussi pour fixer aux constructeurs dès aujourd'hui un cadre clair,
propice à l'innovation et aux investissements.
« Nos responsables ont perdu le Nord », réagit Joeri Thijs de
Greenpeace. « Une réglementation européenne efficace en matière
d'émissions de CO2 des voitures garantirait des baisses
considérables d'émissions du secteur transport dans notre pays. Une
telle réglementation mettrait aussi les constructeurs dans
l'obligation de construire des voitures bien plus économes. Et vu
l'évolution des prix des carburants, le manque d'ambition de notre
gouvernement dans ce dossier est doublement incompréhensible! »