Le 17 avril 1996, près de 2.000 paysans sans terre manifestent
pacifiquement pour le droit d'accès à la terre à Eldorado dos
Carajas, ville de taille moyenne dans l'Etat de Para au nord du
Brésil. Ils ne revendiquent que le droit de pouvoir travailler un
lopin de terre pour nourrir leurs familles. Brusquement, c'est
l'horreur : 19 personnes sont assassinées par la police militaire,
70 gravement blessées. C'est ainsi qu'Eldorado dos Carajas est
devenu un des tristes symboles de la violence dans les campagnes du
Brésil. Plus de 1.600 personnes y ont été tuées depuis 1980. Des
études récentes d'organisations sociales comme la Commission
Pastorale de la Terre (CPT) du Brésil constatent que les meurtres
motivés par des conflits fonciers ont encore augmenté
considérablement ces dernières années dans leur pays.
Ailleurs dans le monde, le nombre de conflits pour l'accès à la
terre augmente de jour en jour. Les besoins des populations se
trouvent confrontés de manière de plus en plus brutale à
l'omnipotence des marchés mondiaux. La division du travail entre
grands propriétaires terriens, héritiers des oligarchies nationales
des pays du Sud, et certaines transnationales mondiales résidant
pour la plupart dans le nord, qui contrôlent les marchés
financiers, est ici clairement établie. Les premiers cultivent
uniquement ce qui paie le plus chez les autres. Les besoins de base
des populations concernées ne sont simplement pas pris en
considération. Les prix des denrées de base s'envolent en
conséquence et l'alimentation devient inaccessible. Aujourd'hui le
riz en Equateur ou aux Philippines, le maïs au Mexique ou en Haïti
et le mil au Burkina Faso, sont devenus impayables pour les gens
qui ont moins de 2€ pour vivre par jour, paradoxalement ce sont
souvent les paysans de ces régions qui sont les plus touchés.
Pourquoi ?
Ce processus de libéralisation prôné par les grandes instances
internationales (OMC, OCDE, Banque Mondiale, FMI…) et suivi par
l'Union européenne et ensuite par nos Etats, a fait flamber les
prix des matières premières alimentaires chez les consommateurs de
50% à 200% selon les denrées et régions (54% pour le riz selon la
Banque Mondiale). Les paysans et leur bétail subissent également la
crise de plein fouet, la production des aliments pour le bétail
n'est pas épargnée, selon une étude de La FUGEA, le prix de la
luzerne sur le marché belge a augmenté de 95% et du soja OGM de
85%, et pour le soja non-OGM (contrôlé) de 92% selon des données de
septembre 2006 à avril 2008.
Cette crise était prévisible, elle n'en est donc pas une car
depuis des décennies les politiques et l'économie mondiale
favorisent la libéralisation au lieu de prôner la régulation des
marchés (gestion de l'offre et de la demande au niveau régional et
des Etats) comme nous le préconisons. Les marchés agricoles sont
volatiles et ne peuvent être « gérés » par la seule loi du marché
« globalisé ». C'est un mythe !
Pointons la culture des agrocarburants. "La fabrication de
biocarburants est aujourd'hui un crime contre l'humanité."
s'exclame Jean Ziegler, l'ex-rapporteur spécial des Nations unies
(FAO) pour le droit à l'alimentation, accuse les pays développés
d'être responsables de l'importante inflation qui touche les
denrées alimentaires. Le seuil fixé par la Commission européenne
est trop élevé par rapport à la production alimentaire et la
démographie galopante. Ces cultures détournent les productions de
leur vocation première et accaparent des terres fertiles et les
forêts équatoriales. Sur les marchés de l'économie néolibérale,
seule la satisfaction de la demande solvable importe. Alors
priorité aux réservoirs des 4X4 par rapport aux bouches !
« Nous avons vécu une pauvreté inimaginable, des horreurs et des
souffrances incroyables, le désespoir et la résistance puis le
silence. » s'exclament Chen Guidi et Wu Chuntao dans le livre
« China : A Survey of Chinese Peasants ». Dans l'arrière-pays des
mégalopoles chinoises florissantes, 900 millions de paysans et
travailleurs migrants, soit 60% de la population chinoise, vivent
dans une misère effroyable. La faim tue aujourd'hui plusieurs
milliers de morts par jour. Dans un silence presque total, dans
l'indifférence et la désinformation générale.
Agissons !
A l'occasion de la journée des Luttes paysannes, le leader
indien PV Rajagopal était en visite chez nous à Ath et Bruxelles,
il a pu visiter des fermes paysannes en Wallonie, il a constaté la
résistance du paysannat wallon face à la conjoncture et s'est
exclamé en public en faveur d'une résistance pacifique et non
violente des gens de la rue par, entre autres, la consommation de
produits paysans locaux et sains, l'arrêt de la surconsommation et
gaspillage de l'énergie (vol low cost) et des denrées alimentaires
et pour une répartition équitable des biens, l'arrêt du leurre des
agrocarburants, l'arrêt des OGM, l'application de la solidarité
entre les peuples, ainsi que pour une régulation publique des
marchés agricoles pour aider les plus faibles et les plus
démunis.
Agissons dès maintenant !
Signataires :
FUGEA,Fédération Unie de Groupements d'Eleveurs et
d'Agriculteurs, membre Via Campesina, Xavier Delwarte.
Comité Belgo Brésilien, Thomas Miessen.
FIAN Belgique. Campagne "Face it. Act now", Marie Teller.
OXFAM Solidarité, Thierry Kesteloot.
SOS Faim Belgique, Jean Jacques Grodent.
Saveurs Paysannes, Jean Pierre Deleener.
Solidarité socialiste, Gilberto Ferreira.
Entraide et Fraternité, Xavier Jadoul.
Magasins du Monde-Oxfam, Stephan Vincent.
Greenpeace Belgique, Natacha Adam et Jonas Hulsens.