Bruxelles, le 17 décembre 2004: le sang des trois ministres régionaux de l'Environnement, Mme Huytebroeck et Messieurs Lutgen et Peeters, contient des substances chimiques préoccupantes pour la santé, similaires à celles précédemment retrouvées dans l'analyse des poussières domestiques belges (1). Ces molécules étant par ailleurs régulièrement détectées dans des biens de consommation courante, cette étude apporte une preuve supplémentaire de l'ampleur du problème: nous avons perdu le contrôle des quelque 100.000 substances chimiques actuellement sur le marché (2). Greenpeace attend, dès lors, des ministres belges de l'Environnement qu'ils oeuvrent au renforcement du processus législatif REACH (3), notamment au sein du Conseil des ministres européens de l'Environnement. REACH figurera lundi 20 décembre 2004 à l'agenda du Conseil des ministres européens de l'Environnement où la Belgique sera représentée par Evelyne Huytebroeck. Pour Greenpeace, cette réforme doit promouvoir l'utilisation de molécules alternatives plus sûres, protéger l'Europe de produits d'importation non contrôlés tout en renforçant la transparence du secteur chimique.
Le ministre Huytebroeck participe à l'analyse scientifique de Greenpeace
C'est le 29 septembre dernier que Greenpeace a procédé au
prélèvement de quatre échantillons de sang. Les prélèvements ont
été effectués auprès des trois ministres régionaux de
l'Environnement et de Wendel Trio, directeur des campagnes de
Greenpeace Belgique. Quatre groupes de substances chimiques ont été
recherchés par le laboratoire TNO (Pays-Bas) (4). Un choix guidé
par l'importance de l'impact négatif de ces substances sur la santé
et leur présence dans nos poussières domestiques et nos biens de
consommation.
"De 7 à 14 substances chimiques dangereuses par échantillon ont
été détectées dans le sang analysé à des concentrations comparables
à celles trouvées dans un panel plus large (5), commente le Dr
Fawaz Al Bitar, responsable de la campagne 'Substances toxiques'
pour Greenpeace Belgique. La contamination déjà établie pour nos
habitations atteint donc nos organismes. Au vu des propriétés des
molécules analysées, nous pouvons craindre d'être confrontés à de
sérieux problèmes de santé publique. Ces molécules étant
bioaccumulables et peu dégradables, leur concentration dans le sang
devrait augmenter avec le temps."
Présent lors de la présentation à la presse des résultats, le
professeur Nik van Larebeke de l'Université de Gand (6) n'a pas
manqué d'évoquer la nécessité pour nos sociétés de mettre en place
une "hygiène physico-chimie" afin de mieux contrôler notre
exposition aux substances chimiques et agents physqiues
potentiellement nuisibles à la santé.
"Une meilleure connaissance des propriétés toxiques des
substances chimiques présentes dans les produits de consommation ou
entrant dans leur processus de fabrication est nécessaire pour
mieux protéger notre santé, conclut ce spécialiste de la prévention
du cancer."
REACH, le processus législatif en cours à l'échelon européen
constitue une occasion unique de répondre à cette
préoccupation.
"Les ministres belges de l'Environnement ont pu prendre
personnellement conscience de l'ampleur du problème, poursuit Fawaz
Al Bitar. Nous espérons qu'ils mettront tout en œuvre pour que la
Belgique adopte une position ferme en ce qui concerne certaines
dispositions de REACH. Sans quoi ce texte de loi ne sera jamais
efficace."
REACH au Conseil des ministres européen de l'Environnement
Lundi 20 décembre 2004, les ministres européens de
l'Environement se pencheront sur l'analyse "coûts/bénéfices" de la
mise en oeuvre de REACH. Une loi favorisant le recours à des
molécules alternatives plus sûres devrait nous permet de
capitaliser les bénéfices de la réforme législative.
"Tout ce qui sera aujourd'hui mis en oeuvre pour enrayer le
développement de la contamination chimique que nous dénonçons, se
traduira par de considérables économies en soins de santé,
argumente Fawaz Al Bitar."
Il est également essentiel d'étendre la portée de REACH aux
produits importés afin de nous prémunir des substances chimiques
dangereuses provenant des pays non-européens. Ce qui devrait éviter
la délocalisation des entreprises chimiques installées sur le
territoire de l'Union européenne. Greenpeace estime par ailleurs
que, lors du futur enregistrement des substances chimiques, la
priorité doit être accordée aux substances les plus utilisées et à
celles dont la toxicité est particulièrement préoccupante.
Cliquez
ici pour consulter le rapport.
Notes: 1) Analyse des poussières domestiques en Belgique: rapport complet disponible à l'adresse: http://www.greenpeace.org/belgium_fr/multimedia/download/1/572219/0/HazChemBel.pdfLe résumé en français de ce rapport est accessible via l'adresse: http://www.greenpeace.org/multimedia/download/1/572222/0/R%E9sHazChemBelgium.pdf2) L'Union européenne constitue le plus important marché mondial de substances chimiques: environ 100.000 substances chimiques y sont commercialisées. Or, nous ne savons presque rien des dangers qu'elles risquent d'engendrer. Nous ignorons souvent quelle sera leur durée de vie réelle dans l'environnement. Leur toxicité et leurs effets sur la santé humaine sont encore largement inconnus. Plus de 90 % des molécules couramment utilisées ont été commercialisées avant 1981, à une époque où la réglementation européenne n'exigeait pas de données sur la nocivité des produits chimiques pour la santé et l'environnement. Nous vivons donc toujours dans l'ignorance de leurs impacts potentiels.3) Processus législatif en cours au sein de l'Union européenne, REACH : enRegistrement, Evaluation, Autorisation des substances CHimiques.4) Les groupes recherchés sont: les retardateurs de flamme bromés, les phtatalates, les organoétains, les alkylphénols, ces groupes sont dangereux entre autres pour les systèmes hormonaux, immunitaires et nerveux, pour le développement et la reproduction.5) Etude réalisée par Greenpeace Pays-Bas à partir de 91 échantillons sanguins. http://www.greenpeace.nl/reports/chemical-footprints-in-bloodLe professeur Nik van Larebeke est le directeur du "het Studiecentrum Carcinogenese en Primaire Preventie van Kanker » de l'Université de Gand et président du groupe de travail « santé et environnement » du Conseil flamand pour la Santé ainsi que membre du Conseil d'administration du « Vlaamse Instelling voor Wetenschappelijk en Technologische Aspectenonderzoek » et porte-parole du « Steunpunt Milieu en Gezondheid » du gouvernement flamand.