Le commerce de bois illégal désormais punissable

L’impunité et la corruption dans le secteur du bois congolais ont dorénavant des implications pour les commerçants européens

Poster un commentaire
Communiqué de presse - 4 mars, 2013
Bruxelles, le 4 mars 2013 – Depuis ce 3 mars, il est interdit de commercialiser du bois illégal au sein de l’UE, donc aussi en Belgique. Les entreprises doivent désormais prouver la légalité du bois qu’elles commercialisent, une mission quasi impossible pour le bois provenant du Congo (RDC).

De nouvelles études de terrain menées par Greenpeace révèlent que de nombreuses compagnies forestières, y compris des multinationales, y violent la loi souvent de façon routinière, et en toute impunité.


Grumes suspectes à Anvers

Voici quelques semaines, des grumes suspectes originaires du Congo ont d’ailleurs été découvertes dans le port d’Anvers (photos disponibles). Greenpeace s’inquiète de la bonne application de la loi et invite fermement les autorités à prendre les mesures qui s'imposent pour éliminer "les pommes pourries" du marché.

Le Règlement sur le Bois de l'Union Européenne (RBUE) doit permettre de combattre l’abattage illégal, aux quatre coins du monde. A ce jour, jusqu’à 30% du commerce mondial du bois est illégal. [1] Pour y remédier, on se tournait surtout vers les pays producteurs de bois. Mais dorénavant, le marché européen prendra lui aussi ses responsabilités en bannissant le bois illégal. Les États-Unis et l’Australie ont déjà pris des initiatives dans ce sens bien avant nous.

Depuis 13 ans déjà, Greenpeace mène campagne contre le bois illégal et pour une législation forte. Il y a un vrai besoin dans ce sens : l’abattage illégal reste un très gros problème dans de nombreuses parties du monde. Selon Interpol, la perte au niveau des recettes fiscales s’élèverait, au niveau mondial, à 10 milliards de dollars par an.

 

Congo

De nouvelles recherches de Greenpeace montrent qu’en République Démocratique du Congo, pays abritant une partie de la deuxième plus grande forêt tropicale au monde, de nombreuses compagnies forestières pratiquent l’abattage illégal à grande échelle. Le rapport "Coupez ! - L’exploitation forestière illégale en République démocratique du Congo (RDC) – un mauvais scénario" montre comment des compagnies forestières violent la loi de façon souvent routinière, et en toute impunité. Jonas Hulsens de la campagne fôrets de Greenpeace: « Les permis sont souvent faussés, les compagnies forestières violent la loi et les autorités congolaises n’ont pour ainsi dire pas les moyens pour contrôler ces entreprises. »

Toujours selon Greenpeace, il sera à partir d’aujourd’hui très difficile – voire impossible - pour les commerçants européens en bois d’encore proposer du bois prélevé au Congo. Hulsens : «Selon la nouvelle loi RBUE, les commerçants doivent rendre l’ensemble de leur chaîne « bois » transparente et réduire au maximum tout risque d’importer du bois illégal. Mais au Congo, il n’y a aucune certitude quant au fait que le bois soit légal. Cela est dû à la corruption, à l’impunité, à l’absence de contrôle et enfin, à l’absence d’un système indépendant permettant de vérifier la légalité.»


Belgique

La Belgique fait partie, au niveau de l’Europe, des cinq plus gros importateurs de bois congolais. Récemment d’ailleurs, Greenpeace a trouvé des grumes suspectes dans le port d’Anvers. Jonas Hulsens : «En raison des coupes illégales, le Congo doit faire face à d’importantes pertes au niveau des recettes fiscales et est donc en quelque sorte spolié. Pour les Congolais qui dépendent de la  forêt et pour la biodiversité, il est essentiel de mettre un terme à l’abattage illégal.»


Assainir le secteur bois

La question est de savoir si cette nouvelle loi en Europe permettra effectivement de fermer la porte au bois illégal. La balle est maintenant dans le camp des états membres, dont la Belgique. Jonas Hulsens : «Le commerce du bois est un business valant des millions d’euros. Une amende de quelques milliers d’euros ne permettra pas de stopper les importations de bois illégal. D’autant plus que la probabilité d’être « pris » est minime. En l’absence d’une bonne application de la loi et d’amendes sévères, les commerçants risquent de ne pas changer leurs pratiques. Le gouvernement doit d’urgence mettre en place les moyens et les contrôles qui s’imposent pour assainir le secteur bois.»

Photos et vidéo disponibles pour illustrer la problématique du bois au Congo


Note:
[1] Nellemann, C., INTERPOL Environmental Crime Programme (eds). 2012. Green Carbon, Black Trade: Illegal Logging, Tax Fraud and Laundering in the Worlds Tropical Forests. A Rapid Response Assessment. United Nations Environment Programme, GRIDArendal.


Aucun commentaire Ajouter un commentaire

Poster un commentaire 

Pour poster un commentaire, vous devez être inscrit(e).