Communiqué de presse - 10 avril, 2008
Greenpeace a organisé, ce jeudi matin, en plein Paris, un cortège de grosses bagnoles et a distribué des invitations au « mariage » attendu entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. L'organisation de défense de l'environnement exprimait ainsi son inquiétude quant au rapprochement franco-allemand qui risquerait de court-circuiter le processus démocratique européen et de conduire à un affaiblissement considérable de la réglementation EU sur le CO2 des voitures. Il est essentiel qu'Yves Leterme, au même titre que d'autres chefs d'état européens, s'oppose au marchandage franco-allemand. La Belgique doit choisir le camp des nations désireuses d'apporter une solution aux changements climatiques par le biais d'une législation européenne réellement contraignante. Les Belges sont invités à le pousser à agir en ce sens en consultant le site web de Greenpeace.
L'Europe devrait adopter d'ici la fin de l'année une
réglementation visant à limiter les émissions de CO2 des voitures
neuves (160 g de CO2/km en moyenne aujourd'hui). Au cours des
derniers mois, la France s'est positionnée en faveur de fortes
pénalités, du critère de l'emprise au sol contre celui du poids et
d'un objectif à 2020. L'Allemagne adoptant une position
diamétralement opposée. A présent, la France s'apprête à prendre la
présidence européenne (second semestre 2008) et chercher à
s'attirer les faveurs de l'Allemagne. Une modification de sa
position est à craindre. Car elle a bien des raisons de vouloir
s'attirer les faveurs de l'Allemagne : pour réussir sa présidence
de l'UE (second semestre 2008) et obtenir son feu vert à la mise en
place d'un partenariat entre les pays du pourtour méditerranéen
"Le 9 juin, Angela Merkel est attendue à Blaesheim, en Alsace,
pour un sommet bilatéral. C'est là que pourrait s'officialiser
cette union des poids lourds contre le climat, piloté par les
constructeurs allemands", conclut Joeri Thijs de la campagne
Transport de Greenpeace. "Si cet accord se concrétise et est
entériné par le processus européen, les grandes familles
d'actionnaires de l'industrie automobile vont être à la fête, et ce
sont les citoyens et la planète qui vont trinquer !"
Pour lutter efficacement contre les changements climatiques,
l'Union européenne doit décider d'objectifs ambitieux de réduction
des émissions de gaz à effet de serre dans un secteur où elles
augmentent rapidement, celui des transports (+ 26 % depuis 1990). À
elles seules, les voitures particulières sont responsables de 12 %
des rejets européens. Les constructeurs automobiles européens
s'étaient certes engagés de manière volontaire à réduire les
émissions de CO2 de leurs véhicules.
"Mais l'objectif qu'ils s'étaient fixés est aujourd'hui loin
d'être atteint, mais ils luttent en plus férocement contre toute
réglementation ambitieuse. Dans cette bataille, Angela Merkel est
leur principal porte-drapeau."
Pour être à la hauteur du défi climatique et pouvoir atteindre
les objectifs de réductions européens, la réglementation EU doit
comprendre :
- une obligation de limiter la moyenne des émissions des
nouvelles voitures à 120 g de CO2/km d'ici à 2012 et à 80 g de
CO2/km d'ici à 2020;
- une répartition de l'effort entre les constructeurs fondée sur
le critère de l'emprise au sol (surface entre les 4 roues d'un
véhicule), et non du poids (critère qui n'inverserait pas la
tendance existante de voitures toujours plus lourdes et
polluantes);
- à partir 2012, un système de pénalités dissuasif -sans délai -
pour les constructeurs doit être mis en place (150 € pour chaque
gramme de CO2 supplémentaire, pour chaque véhicule vendu),
condition sine qua non du respect de la réglementation et non pas
le paiement d'amendes abordables.
Le cap d'une législation forte doit impérativement être
maintenu, y compris par la Belgique. Elle semble aujourd'hui entre
autres favorable à un objectif de limitation des émissions moyennes
de CO2, à l'horizon 2020. Céder à la pression du tandem
franco-allemand serait préjudiciable au climat mais aussi au
processus démocratique européen.