Les dés semblent jetés quant au sort réservé à la loi de sortie
du nucléaire dans la déclaration gouvernementale attendue le 13
octobre prochain. Une prolongation de la durée de vie des centrales
nucléaires de 10 ans est bel et bien à l'ordre du jour pour les
trois plus anciens réacteurs belges qui auraient - selon cette loi
- dû cesser leurs activités en 2015.
Problèmes d'approvisionnement montés
de toutes pièces
Ministre fédéral de l'Energie, Paul Magnette s'est récemment
exprimé à l'encontre de cette disposition légale. Pour justifier ce
revirement, il se retranche derrière l'étude GEMIX et évoque des
problèmes d'approvisionnement l'autorisant à renoncer à la loi de
sortie du nucléaire. L'analyse qu'il fait de l'étude est uniquement
politique alors que la fermeture des trois premiers réacteurs en
2015 est envisageable comme l'atteste clairement les chiffres
avancés dans l'étude GEMIX.
« Cette étude contient une liste des projets énergétiques
alternatifs qui ont déjà obtenus le feu vert et qui - selon la Creg
- ont toutes les chances d'aboutir. La capacité de remplacement qui
résulte de l'ensemble de ces projets (qui renvoient aux énergies
renouvelables, à la cogénération ou à des turbines gaz vapeur de
nouvelle génération) pourrait compenser largement la perte dxes
trois plus anciens réacteurs belges », commente Jan Vande Putte,
spécialiste Energie de Greenpeace. (1)
Absence de politique d'efficacité
énergétique
Il est à remarquer que les chiffres pourtant issus de l'étude
GEMIX ne débouchent pas sur ce type de conclusion parce que l'étude
tient compte d'une augmentation de la consommation en énergie
anormalement élevée. Le scénario évoqué est déjà dépassé depuis
deux ans, suite à la seule crise financière. L'étude ne tient aucun
compte de mesures d'efficacité énergétique qui à court terme
permettraient d'une manière très simple et sans perte de confort de
diminuer notre demande en énergie. Le potentiel de l'efficacité
énergétique est pourtant détaillé dans l'étude.
Un des experts à la base de l'étude GEMIX dont la réputation
internationale n'est plus à établir, le professeur Wolfgang
Eichammer se distancie également des conclusions politiques de
l'exercice mené à la demande de Paul Magnette. (2) Il souligne en
outre la faisabilité d'une sortie du nucléaire en Belgique, dès
2015. Un phase out du nucléaire serait à la portée de notre
gouvernement si des mesures intelligentes d'efficacité énergétique
étaient mises en œuvre sans attendre. Pourquoi le gouvernement
fédéral ne développe-t-il pas une politique ambitieuse d'efficacité
énergétique ?
Troc énergétique et coup de grâce aux
renouvelables
Le gouvernement espère puiser annuellement quelque centaines de
millions d'euros dans les caisses de Suez/Electrabel. En se
retranchant derrière des soi-disants problèmes d'approvisionnement,
Paul Magnette pourrait compromettre sur le long terme la sécurité
de cet approvisionnement.
« En accordant du bois de rallonge au nucléaire, le gouvernement
prend le risque de mettre notre approvisionnement à long terme en
péril. Des projets énergétiques plus durables risquent en effet
d'être abandonnés suite au parti pris fédéral pour une prolongation
du nucléaire », poursuit Jan Vande Putte.
Renforcement du quasi monopole
d'Electrabel
Pour Greenpeace, il est essentiel que le gouvernement fasse le
pari de l'avenir plutôt que s'enliser dans le passé. Si Herman Van
Rompuy poursuit dans cette voie, c'est en fin de compte le
consommateur qui paierait l'addition. L'option énergétique
envisagée ne contribuera pas à diminuer nos factures d'électricité.
Bien au contraire, la prolongation du nucléaire fait obstacle aux
investissements dans le secteur des énergies renouvelables. La
position dominante d'Electrabel sur le marché belge s'en trouve
renforcée. C'est d'ailleurs ce monopole de fait qui a par le passé
contribué à plumer les consommateurs en leur proposant une
électricité au prix fort.
« Qui peut croire que la confirmation du monopole d'Electrabel
se soldera par une diminution des prix de l'électricité ? » conclut
Jan Vande Putte.
Notes: 1) Etude GEMIX - annexe 4, p. 69 à 822) Etude GEMIX - annexe 2, p. 61