Envisager la prolongation de la durée de vie des centrales
nucléaires pour colmater les brèches du budget fédéral ne ferait
que renforcer le quasi monopole de fait dont bénéficie Electrabel
malgré la libéralisation du marché de l'électricité. Le
renforcement implicite de ce quasi monopole porterait préjudice à
la concurrence entre les producteurs d'électricité. Ce qui devrait
être le cas dans un marché libéralisé. Toute perspective de
réajustement des prix vole ainsi en éclat.
Discriminer les producteurs, nier un
incroyable potentiel propre et renouvelable
« Quant aux producteurs d'électricité renouvelables, ils
continueront à être discriminés. Ils n'ont jamais bénéficié des
avantages octroyés à Electrabel lors de la construction de ses
centrales nucléaires. Comment peut-on dans ces conditions proposer
aux consommateurs belges une électricité dont la production
n'engendre pas des tonnes de déchets hautement radioactifs ?
commente Marc-Oliver Herman, directeur des campagnes de
Greenpeace.»
La discrimination qui frappe les producteurs d'énergies
renouvelables n'est pas le seul élément qui plaide pour ne pas
sacrifier la loi de sortie du nucléaire sur l'autel budgétaire. «
C'est aujourd'hui qu'il faut prendre pleinement la mesure de
l'incompatibilité du nucléaire avec des modèles énergétiques plus
cohérents avec un marché libéralisé et l'urgence climatique.
L'éolien offshore a un tel potentiel en Europe, poursuit Jan Vande
Putte, que si l'on ne ferme pas les centrales nucléaires comme
prévu, ce sera la congestion sur le réseau ! »
La Belgique bénéficie d'une position particulièrement favorable
à l'essor de l'éolien offshore. L'interconnexion à un réseau
d'électricité en mer du Nord - ce qui entre parfaitement dans les
plans européens - nous assurera un potentiel gigantesque et
particulièrement fiable pour les entreprises. Si les décideurs
politiques prennent les bonnes options, l''éolien pourra poursuive
sur la lancée de ces 10 dernières années. Cette énergie pourra, en
2030, pourra largement compenser la fermeture des réacteurs
nucléaires. Si ces derniers ne sont pas fermés bien avant cette
échéance, leur production fera barrage.
Mettre l'approvisionnement en danger
alors que la capacité de remplacement est déjà sur les rails
En cautionnant la prolongation de la durée de vie des centrales
nucléaires, Herman Van Rompuy et son gouvernement acceptent de
remettre aux calendes grecques la préparation effective de la
sortie du nucléaire. Faire tourner pendant 50 ans des centrales
initialement prévues pour fonctionner 30 ans augmente de manière
inacceptable le risque inhérent au nucléaire et fragilise
inutilement la régularité de notre approvisionnement.
« Si, pour des raisons techniques, conclut Jan Vande Putte, il
fallait fermer un réacteur comme Tihange 1 (légalement hors service
en 2015), la Belgique serait soudainement privée de près de 10% de
son approvisionnement et contrainte de rechercher des solutions de
secours. Ce risque vaut également pour Doel 1 et Doel 2.»
Or, de nombreux documents - dont une liste publiée par le
gestionnaire du réseau (ELIA) - attestent de la capacité de
remplacement actuellement sur les rails en Belgique et qui dépasse
la capacité des trois réacteurs qui arriveront en bout de course en
2015. Pourquoi dès lors encore en repousser la fermeture de Tihange
1, Doel 1 et Doel 2 ?
La volonté du gouvernement de récupérer auprès d'Electrabel, les
sommes colossales dues suite à l'amortissement anticipé de ses
centrales garde sa pertinence mais ne doit pas tourner au
marchandage.
« Tout indique qu'Electrabel, aujourd'hui dans le giron de Suez
ne verra dans le paiement d'une rente nucléaire qu'un moyen
confortable de continuer à produire de l'électricité dans des
centrales amorties de longue date. Alors que cette rente découle
d'une situation historique liée à l'amortissement anticipé des
centrales, commente Jan Vande Putte, de la campagne Climat/Energie
de Greenpeace.... »
Greenpeace s'est récemment penchée - avec un bureau d'avocat
spécialisé - sur l'étude de pistes concrètes pour récupérer les
bénéfices illégitimes d'Electrabel et les affecter à l'essor des
renouvelables tout en respectant la loi de sortie du nucléaire.
L'existence de cette proposition a été rappelée au gouvernement
fédéral dans un argumentaire adressé entre autres au Premier
ministre et au ministre fédéral de l'Energie.