L'exploitation forestière en Afrique a besoin d'être réformée.
Après des années de tergiversations, la Belgique a fini par
répartir le premier effort à accomplir dans le cadre du Protocole
de Kyoto entre les différentes régions du pays. Pour rappel, cette
répartition ne concerne qu'un premier train d'objectifs à court
terme, que l'on sait insuffisants pour faire efficacement face aux
changements climatiques (1). Compte tenu de sa situation
spécifique, Bruxelles a obtenu une aide du gouvernement fédéral et
s'est vue octroyer l'autorisation d'accroître ses émissions de gaz
à effet de serre de 3,475% par rapport à l'année de référence
(1990). Malgré ce traitement pour le moins favorable, Bruxelles
semble réticente à l'idée d'initier sur son territoire les réformes
qui lui permettront pourtant de créer de nombreux emplois et
d'assurer à ses citoyens un avenir durable, et préfère s'engager
sur la piste des 'puits de carbone' via l'achat de terrains à
reboiser au Congo (2).
Bien que l'option 'puits de carbone' figure dans le paquet
Kyoto, elle est contre-productive sur le long terme. Tant que les
efforts sont portés à l'étranger, aucune mesure structurelle n'est
prise en interne. « Bruxelles a tout à gagner en cherchant
aujourd'hui des solutions qu'elle devra de toute façon trouver et
qui assureront à ses citoyens un meilleur confort de vie, commente
Anne-France Rihoux d'Inter-Environnement Bruxelles. Tout reste à
faire en terme de mobilité. La création de sites propres et une
meilleure gestion du stationnement, notamment, peuvent déboucher
sur une diminution des gaz à effet de serre émis par Bruxelles.
»
« Ménages et entreprises doivent être encouragés à économiser
l'énergie. Si Bruxelles ne le fait pas pour Kyoto, elle devra de
toute façon le faire pour satisfaire aux exigences européennes,
regrette Peter Mortier du Bral, notamment lorsqu'un certificat de
performance énergétique sera requis pour chaque bâtiment. »
« Investir dans les puits de carbone, c'est investir à fonds
perdus. Tout indique en effet qu'à terme, le CO2 ne restera pas
indéfiniment captif dans ces forêts construites artificiellement,
conclut Jean-François Fauconnier de Greenpeace. D'un point de vue
climatique, on n'aura rien gagné et, pour Bruxelles, plus on attend
et plus lourde sera la facture à payer.»
L'option 'puits de carbone' envisagée par le ministre Gosuin
sous la forme de l'achat de terrains à reboiser au Congo pose
d'autres problèmes. Beaucoup d'experts s'accordent pour condamner
ce type de recours parce qu'ils débouchent, à moyen ou long terme,
sur un appauvrissement de la biodiversité dans les pays non
industrialisés, L'option envisagée par Bruxelles est d'autant plus
sujette à caution que l'opérateur pressenti ne recule pas devant
quelques irrégularités…
Le secteur du bois en République démocratique du Congo est
actuellement en pleine restructuration. En mai 2002, un moratoire
sur toute nouvelle concession a été décidé par le gouvernement en
place, afin de lui permettre d'assainir le secteur et de remettre
en vigueur un système de taxation. Or, la Sodefor, partenaire
pressenti par la Région bruxelloise pour la gestion technique de
ses puits de carbone, a négocié avec ce gouvernement un contrat de
gré à gré qui lui permet de continuer à échapper à cette taxation
et ouvre la porte à des jeux de concurrence déloyale. Il est en
effet à craindre que de nombreuses sociétés forestières passent un
contrat avec la Sodefor plutôt qu'un contrat légal (soumis à
taxation) avec les autorités du Congo. « En s'associant avec cette
compagnie forestière implantée de longue date au Congo, la Région
bruxelloise donnerait un signal déplorable à l'ensemble du secteur
: rien n'a changé, nous en sommes toujours à l'heure des
privilèges, et pas à celle d'une réforme nécessaire des pratiques
forestières ! conclut Filip Verbelen de la campagne forêts de
Greenpeace»
Tant Greenpeace qu'Inter-Environnement Bruxelles et le Bral
demandent au prochain gouvernement bruxellois issu des élections du
13 juin de renoncer au projet 'puits de carbone' au Congo et de
développer une réelle politique énergétique et de mobilité en
Région de Bruxelles-Capitale.
Notes aux rédactions :
(1) - 7,5% à l'horizon 2008-2012 par rapport à 1990 pour la
Belgique. Une réduction de 80% dans les pays industrialisés à
l'horizon 2050 est nécessaire pour empêcher des changements
climatiques dangereux. De nombreux documents et rapports concernant
la problématique des changements climatiques sont disponibles sur
le le site Greenpeace
(2) Nioki, province du Bandundu, superficie : 100.000 hectares,
terrains situés à proximité de la concession de l'entreprise
portugaise Sodefor, qui dispose aujourd'hui - malgré le moratoire
sur les concessions forestières - d'une concession de 6 millions
d'hectares.