Greenpeace invite les ministres Magnette, Crevits et Onkelinx à ne pas suivre l'avis favorable rendu par le Conseil de biosécurité dans le dossier des peupliers transgéniques. Selon cet avis, les risques liés à l'essai en champ sont limités, si les mesures de précaution sont respectées (1). Sans nier ces conclusions, Greenpeace souligne que l'essai ouvre la voie à la commercialisation d'arbres transgéniques. Cette perspective pose un risque considérable pour l'environnement et n'offre aucune plus value pour la société. Pour Greenpeace, les ministres en charge du dossier, et en premier lieu, le ministre du Climat et de l'Energie, Paul Magnette, doivent tenir compte de l'impact négatif à long terme de cet essai et invoquer le principe de précaution pour ne pas l'autoriser. Suivre l'avis positif du Conseil de biosécurité serait donner un bien mauvais départ au Printemps de l'Environnement.
C'est le Vlaams Instituut voor Biotechnologie (VIB) de Gand, qui
a introduit la demande d'essai en champ de peupliers génétiquement
modifiés pour produire moins de lignine et faciliter ainsi la
production d'agrocarburants, souvent présentée comme la solution
aux problèmes des changements climatiques. Le Conseil de
biosécurité ayant remis son avis, le dossier est maintenant entre
les mains des ministres Magnette et Onkelinx pour l'échelon fédéral
et la ministre Crevits pour l'échelon régional. Greenpeace les
invite à ne pas suivre l'avis qui vient d'être rendu.
En effet, l'essai en champ constitue une première étape vers une
commercialisation à grande échelle. L'introduction d'arbres
génétiquement modifiés dans l'environnement pose des risques
considérables. Les peupliers se reproduisent par voie sexuée et
végétative, un morceau de branche ou de racine suffit donc à
générer un arbre entier. En cas de commercialisation, le risque de
transfert de matériel génétique des plantations vers les espèces
sauvages apparentées serait donc réel. La lignine joue, d'autre
part, un rôle essentiel dans la rigidité du bois (2). La
transmission des caractéristiques des peupliers OGM
(essentiellement moins de lignine) pourrait entraîner un
affaiblissement des espèces naturelles.
Il semble par ailleurs que l'option 'biotechnologie' ait été
envisagée sans estimation de sa nécessité et de ses apports. « Une
alternative à la modification génétique, comme le croisement
naturel, ne semble pas avoir été étudiée. La modification génétique
prévue sur les peupliers vise à réduire la lignine. Or des articles
scientifiques démontrent qu'il existe une grande variation
naturelle de la lignine des arbres (3) , commente Natacha Adam, de
la campagne Agriculture durable de Greenpeace. » Le VIB défend
l'essai au nom de la lutte contre les changements climatiques, les
peupliers étant destinés à la production de bioéthanol. «Si nous
voulons agir pour le climat, nous devons d'abord agir sur nos modes
de consommation et réduire le nombre de kilomètres
parcourus, conclut Natacha Adam. Ne remplaçons pas un problème
environnemental par un autre. »
Greenpeace ne s'oppose pas à la recherche scientifique mais mène
campagne contre la dissémination des OGM dans l'environnement, y
compris sous forme d'essais en champ. L'essai en champ de peupliers
OGM ne débouchera pas sur un mieux pour la collectivité. Au
contraire, c'est un pas vers la commercialisation d'arbres
transgéniques qui nous éloigne d'une agriculture durable
respectueuse de l'environnement et non préjudiciable aux
changements climatiques.
Si cet essai devait être autorisé, cette signature ministérielle
constituerait un précédent, aucun essai en champ n'ayant plus été
autorisé en Belgique depuis 2002. De plus, les pays signataires de
la Convention des Nations Unies sur la biodiversité (CBD) se
réunissent à Bonn à partir du 19 mai. Les arbres transgéniques
seront à l'agenda des discussions. Le Parlement européen a voté
jeudi 24 avril dernier une résolution demandant un moratoire sur
les arbres transgéniques, y compris sur les essais en champ et la
commercialisation (4).
Autoriser l'essai gantois, peu de temps avant les ateliers du
Printemps de l'Environnement sur la consommation et la biodiversité
(12 mai), serait manquer de cohérence et reviendrait à en saper
d'emblée les fondements. Greenpeace rappelle qu'elle a, comme
d'autres associations environnementales, fait valoir ses objections
lors de la consultation publique de janvier dernier (5).
Notes: (1) Conseil consultatif de biosécurité : http://www.bio-council.be/bac_advices.html L'avis rendu porte uniquement sur l'essai en champ demandé par le VIB. Tout nouvel essai ou toute commercialisation future devant être soumise à un nouvel avis. (2)La lignine est - avec la cellulose - un des composants essentiels du bois. Elle renvoie à la structure cellulaire de l'arbre. Elle confère une meilleure solidité aux arbres et offre également une barrière de protection contre l'attaque microbienne du végétal.(3)Talukder, K., Low-lignin wood-a case-study, Nat. Biotechnol., vol.24, n°4, Pg 395-396 (2006)(4) http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P6-TA-2008- 0179+0+DOC+XML+V0//FR(5)Texte de la plainte de Greenpeace disponible sur /belgium/Global/belgium/binaries/gp_peuplier_plainte