En sous-estimant systématiquement les coûts du nucléaire et en
posant de nombreuses hypothèses pour le moins discutables, la
Commission D'Haeseleer arrive à la conclusion que la décision
actuelle de sortie de la Belgique du nucléaire (actée par une loi
de 2003) doit être reconsidérée afin de limiter la hausse des coûts
de production de l'électricité.
Les scénarios permettant d'aboutir à cette conclusion
apparaissent toutefois totalement déconnectés de la réalité.
Ainsi, en partant du principe d'un prolongement de la durée de
vie des centrales, la Commission reporte après 2030 (l'horizon de
l'étude) l'un des principaux coût de la filière nucléaire, à savoir
le démantèlement des réacteurs.
De même, la Commission estime curieusement qu'aucun
investissement supplémentaire ne devra être réalisé pour
l'entretien des réacteurs actuels. Une telle hypothèse est non
seulement irréaliste pour des réacteurs qui devraient être
exploités soixante ans alors que leur durée de vie initialement
prévue était de trois décennies, mais elle est de plus inquiétante
sur le plan de la sécurité.
Enfin, si la Commission tient compte de l'augmentation des prix
des combustibles fossiles, elle « oublie » de considérer
l'évolution des prix de l'uranium. L'OCDE estime pourtant qu'un
doublement du prix de ce combustible induit une augmentation du
coût de production d'électricité nucléaire de 10%. Or, on les prix
de l'uranium ont été multipliés par huit en six ans...
Par ailleurs, la Commission D'Haeseleer envisage la construction
d'un nouveau réacteur et en évalue le coût à 3 milliards d'Euros.
Cette estimation apparaît pour le moins optimiste si l'on sait
qu'un projet similaire développé actuellement en Finlande, et
confronté à d'ailleurs confronté à de nombreux problèmes, devrait
se solder par une facture de 5,2 milliards... (Il est à noter au
passage que la Commission se montre nettement moins optimiste
lorsqu'il s'agit des coûts de production d'électricité renouvelable
qu'elle surévalue systématique, conduisant ainsi à une
sous-estimation de leur potentiel de développement.)
On peut en outre s'interroger sur l'emplacement de cette
nouvelle centrale, compte tenu des besoins en eau et des distances
de sécurité impliqués par une telle installation.
La Commission motive son option pro-nucléaire par le fait que le
contexte a fortement évolué depuis la loi de sortie du nucléaire de
2003, particulièrement en ce qui concerne la hausse des prix
pétroliers et la prise de conscience croissante en matière de
changements climatiques. Rien n'est moins vrai (1).
Il est d'autre part étonnant de constater que la Commission
reste muette au sujet des nouveaux investissements récemment
réalisés en Belgique dans les installations de production
d'électricité non- nucléaire.
De nombreux projets ont en effet été mis en œuvre ou sont
aujourd'hui en construction. En 2010, soit cinq ans avant la date
prévue pour la fermeture des trois premiers réacteurs, la
production d'électricité de ces nouvelles installations permettra
de compenser ces premières mises à l'arrêt. Et les fermetures
suivantes n'interviendront pas avant 2022, soit dans un laps de
temps suffisant pour mettre en place les politiques énergétiques
nécessaires. Du point de vue de la sécurité d'approvisionnement,
revenir sur la décision de sortie du nucléaire ne se justifie donc
pas non plus.
Pour les associations environnementales, un débat sur l'avenir
de l'approvisionnement énergétique de la Belgique est absolument
indispensable. Il doit être mené sur base d'informations et
d'arguments rationnels. Force est de constater que le rapport de la
Commission D'Haeseleer, visiblement partiale et n'ayant laissé
qu'une liberté de travail restreinte au Bureau fédéral du Plan, ne
répond pas à cette condition essentielle.
Ce constat est d'ailleurs conforté à la lecture des conclusions
d'autres études en la matière, comme par exemple celle commandée
par le Ministre fédéral de l' Environnement Bruno Tobback au Bureau
fédéral du Plan et récemment rendue publique ou encore le scénario
énergétique réalisé par le centre allemand d'Aérospatiale à la
demande de Greenpeace.