Problèmes

Page - 12 décembre, 2011
Est-ce raisonnable d’ouvrir l’Arctique à l’exploration pétrolière pour étancher notre soif de pétrole ? Ce toit du monde, déjà victime des changements climatiques, va-t-il devoir supporter les compagnies pétrolières qui déjà se pressent aux portillons ? Les conséquences d'une catastrophe pétrolière dans cette région encore intacte seront bien plus graves que celles dans le Golfe du Mexique.

Plus loin, plus profond, plus nuisible

Pour éviter de mettre en péril notre approvisionnement en combustibles, l'exploitation pétrolière se fait de manière de plus en plus nocive pour l'environnement. Pour satisfaire la demande croissante de pétrole dont les réserves s'épuisent progressivement, les compagnies pétrolières vont de plus en plus loin pour rechercher cet « or noir » : forages coûteux en eaux profondes ou en Arctique, dans des conditions climatiques souvent extrêmes. Des compagnies pétrolières comme Shell et Cairn Energy ont déjà entamé la course vers le pétrole au pôle Nord, tandis que d'autres compagnies sont dans les starting-blocks.

Un cercle vicieux

Plutôt que de considérer la fonte des glaces arctiques comme un signal de l’urgence de combattre les
changements climatiques, les dirigeants des compagnies pétrolières y voient  une extraordinaire occasion pour enfin accéder à tout cet or noir enfoui dans les profondeurs. Inutile de rappeler que si un
jour le pétrole y est véritablement exploité à grande échelle, sa combustion libérera des gaz à effet de serre qui, à leur tour, aggraveront le réchauffement et la fonte des glaces au pôle Nord. La région n’en
sera que plus facilement exploitable… Un cercle vicieux.

Fuite de pétrole

Les compagnies pétrolières ne sont pas armées pour faire face à une fuite de pétrole. Le pôle Nord est recouvert de glaces une bonne parie de l'année. Tout doit donc se jouer en quelques mois, environ de mai à octobre. Tout, c’est-à-dire les opérations de forage mais aussi, celles de nettoyage si une marée noire devait se produire.

Températures glaciales, conditions climatiques extrêmes et éloignement géographique constituent de sérieux obstacles aux interventions de dépollution. Car une fois que la glace se sera reformée, comment
faire pour que les secours accèdent aux zones sinistrées ? Les bateaux « récupérateurs » sont simplement inefficaces si la présence de glace les empêche d’atteindre les nappes d’hydrocarbure. Et une fois la glace reformée, comment construire un puits de secours devant servir à faciliter les opérations de fermeture du puits principal et à diminuer l’ampleur des fuites ? Or, sans puits de secours, un écoulement pourrait durer jusqu’à deux ans avant d’être stoppé ! De façon générale, il faut bien plus de temps au pétrole pour être dissous dans des eaux froides proches de l’état glacé que dans des eaux plus tempérées où règne une forte activité bactériologique.

Réaction en chaîne

De plus, la présence de nappes d’hydrocarbure dans les eaux arctiques serait synonyme d’empoisonnement pour un écosystème marin unique au monde. Nous l’avons vu, l’Arctique abrite une
vie animale abondante. Une vie qui elle aussi risque d’en faire les frais. Le pétrole restant plus longtemps présent dans l’environnement marin, il risque de contaminer les organismes. Une marée noire dans l’océan arctique déclencherait une série de réactions en chaîne incontrôlables. Les espèces vivant sur la terre ferme, telles que les ours polaires, dépendent fortement des espèces côtières pour leur alimentation. Or, celles-ci, en consommant des proies ayant été exposées aux hydrocarbures, assimileraient à leur tour un volume important de substances toxiques. C’est ainsi que « l’empreinte » d’une marée noire pourrait s’étendre jusqu’à l’intérieur des terres.

Ce n’est pas tout : les oiseaux de mer sont eux aussi particulièrement vulnérables, le pétrole pouvant détériorer les propriétés thermiques de leurs plumages. Les ressources halieutiques risquent d’être elles aussi condamnées, ce qui représentera un coup dur pour les activités de pêche dont 80% se déroulent dans trois régions convoitées par les compagnies pétrolières : le Groenland, la mer de Norvège et la mer de Barents. Enfin, les conséquences d’une marée noire pourraient être encore plus importantes au cours des mois estivaux, du fait des migrations saisonnières de certaines espèces telles que les baleinesbleues ou les saumons, et de la période de reproduction des oiseaux migratoires faisant étape en Arctique

Le risque de catastrophe pétrolière est réel

Cairn Energy, et les compagnies qui suivront dans la foulée, ont-elles conscience des risques qu’elles
prennent et qu’elles font courir à d’autres ? Cairn Energy a elle-même avoué que l’Arctique pose des défis extrêmes, et que la logistique y est complexe. Et qu’adviendra-t-il lorsque les compagnies pétrolières seront plus nombreuses ? D’après les estimations de l’agence américaine Minerals Management Service, les blocs de concession situés dans l’océan arctique ou à proximité de l’Alaska ont une chance sur cinq d’être à l’origine d’une marée noire importante au cours de leur durée d’exploitation.