Voitures de société

Page - 30 novembre, 2010

Les entreprises de notre pays mettent un peu plus d’un million de véhicules de société à la disposition de leur personnel. Un véhicule sur cinq qui parcourent nos routes est inscrit au nom d’une société (de leasing). Un tiers de ces véhicules de société fait en réalité partie de l’enveloppe salariale. C’est trois à quatre fois plus que dans le reste de l’Europe, où les véhicules de société sont surtout l’affaire des vendeurs et des techniciens, pour lesquels il s’agit en premier lieu d’un outil de travail. Il n’est pas rare qu’une carte de carburant permettant de se ravitailler fasse également partie de cette enveloppe salariale. Bien que des efforts soient fournis afin de rendre le parc automobile plus écologique, ce régime fiscal a pour effet qu’en Belgique, bon nombre de kilomètres "à éviter" sont parcourus avec un véhicule de société.

Ces kilomètres "à éviter" sont bien sûr sponsorisés par le contribuable. Il ressort d'une étude récente de la Commission européenne que la Belgique est le pays qui offre le plus de subsides indirects aux voitures de société. En 2008, ces subsides se sont élevés jusqu'à 1,2% du PNB belge, ce qui équivaut à 4,1 milliards d'euros. La Belgique se retrouve ainsi au « top ». Une chose est donc claire: la Belgique est un paradis pour les voitures de société.

Dans le même temps, le trafic est de plus en plus souvent à l’arrêt, les routes sont engorgées et les autorités régionales prévoient d’investir dans une infrastructure routière supplémentaire, avec nos impôts, dans une région qui compte déjà le réseau routier le plus dense au monde. Le plus frappant, ce sont les plans d’élargissement du ring de Bruxelles ainsi que d’Anvers qui se trouvent sur la table. L’élargissement du ring bruxellois devrait coûter, à ce que l’on dit, au minimum 1 milliard d’euros. Alors que les exemples des pays étrangers montrent qu’une infrastructure routière supplémentaire, après quelques années, se retrouve déjà saturée en raison du nouveau trafic qu’elle attire. Les véhicules de société représentent, aux heures de pointe de la matinée, environ 50% du trafic sur le ring de Bruxelles. Ceci illustre l’impact positif sur la congestion que pourrait exercer la suppression progressive des avantages fiscaux pour les véhicules de société.

En plus, nous sommes aussi confrontés à un énorme défi pour surmonter le dérèglement climatique. La limitation généralement admise de 2° pour le réchauffement climatique – l’IPCC indique même à présent que celle-ci doit être revue pour s’établir à 1,6° - ne pourra en aucun cas être réalisée avec la politique actuelle et les objectifs de réduction actuels. Le secteur du transport continue par ailleurs à poser problème dans la politique relative au climat étant donné que les émissions sans cesse croissantes du trafic réduisent à néant les efforts consentis dans d’autres secteurs. Les experts s’accordent sur le fait que la priorité numéro 1 pour rendre le secteur du transport plus écologique consiste à réduire le volume du trafic.