La fausse bonne idée des agrocarburants

Page - 20 avril, 2010
Les agrocarburants sont des carburants produits à partir de matières organiques, à la différence des carburants fossiles (dérivés du pétrole par exemple). On parle parfois de biocarburants, le préfixe « bio » faisant référence à la biomasse. Greenpeace préfère le terme d'agrocarburants qui souligne bien qu'il s'agit de carburants issus de la production agricole. Tout le problème est là.

La déforestation dans les pays en développement met en péril la biodiversité des zones forestières et le cadre de vie des populations qui y résident.

Les agrocarburants ont pu apparaître comme une solution face aux dérèglements climatiques. Remplacer les carburants fossiles, fortement émetteurs de gaz à effet de serre (GES), par ces nouveaux carburants, supposés renouvelables, a semblé être une bonne idée. Mais en réalité, cela ne fait que déplacer le problème. Pour produire plus d'agrocarburants, il faut augmenter la superficie des terres agricoles. Cela se traduit par la destruction de zones forestières, elle-même génératrice de gaz à effet de serre. Les émissions de GES dues au secteur des transports peuvent bien baisser: celles dues à la déforestation augmentent! Il n'y a pas réduction des émissions de GES, mais transfert (et parfois hausse) de ces émissions.

Les pays en développement

Ce transfert se fait aux dépends des pays en développement. Les émissions de GES ne sont plus le fait des véhicules dans les pays industrialisés, mais des zones forestières transformées en terres arables dans les pays en développement. Les pays riches se dédouanent ainsi des efforts qu'ils ont à fournir en termes de réduction de leurs émissions de GES sur le dos des pays pauvres qui voient leurs émissions augmenter!

En outre, la déforestation dans les pays en développement met en péril la biodiversité des zones forestières et le cadre de vie des populations qui y résident. Elle rapporte bien plus aux industries agro-alimentaires qu'aux pays qui voient leurs forêts partir en fumée. L'exemple de la culture de palmiers à huile en Indonésie en est l'exemple le plus spectaculaire. Les terres voisines de Papouasie-Nouvelle-Guinée pourraient suivre.

Enfin, l'augmentation des cultures destinées à la production des agrocarburants fait grimper les prix des produits alimentaires et diminuer les réserves alimentaires mondiales.

Pas de solution

Les agrocarburants ne sont pas donc une solution face aux dérèglements climatiques. Ils créent de nouveaux problèmes sans régler les précédents. Pourtant, l'Union européenne veut qu'ils constituent 10% de ses carburants d'ici 2020. La Chine mise sur 15% à la même date, tandis qu'en Inde, 20% du diesel proviendra des agrocarburants d'ici 2012. Greenpeace dénonce ces objectifs et demande aux gouvernements de les abandonner. Le recours aux agrocarburants est une fausse bonne idée, dangereuse pour la planète.

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