Foire aux questions

Quel rôle jouent les forêts dans la protection du climat ? Quelles sont les menaces qui pèsent sur les forêts tropicales ? Quelle est l'action de Greenpeace en faveur des forêts ? En tant que consommateur, est-ce que je peux éviter de consommer des produits provenant de la destruction forestière ?

Aperçu des questions les plus fréquemment posées et réponses.

GENERAL  
  • Pourquoi Greenpeace mène-t-elle campagne pour la défense des forêts ?

    Toute les deux secondes, des pans entiers de forêts disparaissent de la surface du globe, en particulier en Amazonie, dans le bassin du Congo et en Asie du Sud-Est. Cette déforestation a des conséquences planétaires : l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre, la disparition d'écosystèmes forestiers, la destruction du cadre de vie de centaines de millions de personnes.

  • Pourquoi les campagnes de Greenpeace sont-elles centrées sur les grands massifs forestiers tropicaux, et non par exemple sur les forêts en Belgique ?

    Avec leur superficie, les grands massifs forestiers de l'Amazonie, du Bassin du Congo et d'Indonésie sont des zones essentielles pour la préservation du climat, de la biodiversité et des hommes qui en dépendent. Préserver ces forêts, c'est agir positivement dans ces domaines à un niveau global.

    Nos bureaux dans les grands pays forestiers hors de la zone tropicale, comme la Russie, le Canada et le nord de l'Europe (Finlande et Suède), déploient eux aussi des campagnes au niveau national. Ceci ne veut bien sûr pas dire que Greenpeace n'accorde pas d'importance à la protection et à la bonne gestion des forêts en Belgique, mais puisque Greenpeace peut agir au niveau mondial, nous nous focalisons sur celles dont la destruction présente une menace urgente.

  • De quelle manière Greenpeace est-elle présente dans les pays possédant de vastes zones forestières ?

    Greenpeace est présente dans les trois principales zones forestières tropicales du monde : en Amazonie avec un bureau à Brasilia et Manaus, au Congo avec un bureau à Kinshasa et en Indonésie avec un bureau à Jakarta. Nous menons aussi activement campagne au Canada et en Russie, pour la préservation des forêts de ces pays.

    Au Congo, Greenpeace n'a ouvert un bureau qu'en 2008 (Kinshasa) mais nous étudions l'abattage industriel d'arbres dans la région depuis plus de dix ans. Outre la RDC, Greenpeace a déjà travaillé intensivement, par exemple, autour de l'abattage illégal au Cameroun, au Gabon et au Congo-Brazzaville.

    Greenpeace effectue des études sur le terrain et analyse les liens avec le commerce international. Nous faisons du travail de campagne et du lobby politique mais nous entretenons aussi des contacts étroits avec d'autres organisations de défense de l'environnement et communautés locales.

  • Pourquoi les forêts anciennes peuvent-elles être comparées à des « bibliothèques de gènes » ?

    Les forêts anciennes occupent encore environ un quart de la surface du globe. La moitié des espèces terrestres de notre globe vivent dans les forêts tropicales. La déforestation les condamne à mort.

    On estime que le rythme actuel de disparition des espèces est mille fois supérieur à son niveau naturel. A terme, cette éradication du vivant menace l'humanité même. Deux tiers des 3.000 plantes ayant des effets actifs en pharmacologie viennent des forêts tropicales.

    Si les forêts congolaises disparaissent, des espèces comme le bonobo, l'éléphant des forêts et l'okapi seront menacées d'extinction. En Indonésie, le déboisement menace l'existence de l'orang-outan et du tigre de Sumatra.

  • Les forêts tropicales jouent-elles un rôle clé pour la régulation de la pluviosité ?

    Ces forêts régulent le débit des rivières et le régime pluvial, parfois à l’échelle continentale. C'est le cas pour l'Amazonie par exemple qui est aussi un très grand bassin hydrographique. Cela ne veut pas dire que les forêts sont à l'abri de périodes de sécheresse. L'Amazonie a connu récemment des périodes plus sèches. L'Amazone, le plus grand fleuve au monde, a atteint un niveau historiquement bas en 2005 et plus récemment en 2010. À leur tour, ces sécheresses ont engendré des feux de forêt à grande échelle.

  • Quel rôle joue la forêt pour le climat ?

    La protection des dernières forêts tropicales est un élément crucial dans la lutte contre les changements climatiques. La destruction de ces massifs forestiers accélère le réchauffement planétaire en libérant d'importantes quantités de gaz à effet de serre (GES) qui, sans cela, resteraient stockées par les arbres et le sol. Les forêts tropicales constituent en effet de gigantesques réservoirs de carbone. Ce dernier est libéré dans l'atmosphère suite à des coupes forestières, des incendies ou le drainage de tourbières. La déforestation dans les massifs de forêts tropicales représente entre 12 et 20% des émissions de GES planétaires, ce qui est supérieur aux émissions planétaires du secteur des transports. La destruction des forêts en Indonésie et au Brésil fait de ces pays respectivement les troisième et quatrième émetteurs de gaz à effet de serre au monde, après la Chine et les Etats-Unis.

  • Des hommes vivent dans les forêts. Sont-ils nombreux ? Quelle est l'importance de la forêt pour eux ?

    Les Nations unies estiment qu'1,6 milliard de personnes dans le monde dépendent des forêts pour leur subsistance. De nombreux peuples vivent dans les forêts depuis des siècles et sans les détruire. Ils y trouvent du bois pour faire du feu, de la nourriture, des médicaments, un logement et des produits. C'est le cas dans des forêts tropicales comme celles de la RDC. Dans ce pays, on estime qu'environ 40 millions de personnes ( 2/3 de la population totale) dépendent d'une manière directe ou indirecte de la forêt. La forêt n'est pas uniquement un supermarché et une pharmacie pour des populations entières, c'est un lieu sacré. C'est une des raisons pour laquelle la destruction des forêts mène souvent à d'importants conflits sociaux.

  • Quelles sont les menaces qui pèsent sur ces forêts ?

    Les menaces qui pèsent sur les forêts tropicales sont multiples et souvent étroitement liées l'une à l'autre. Diverses industries extractives ont jeté leur dévolu sur ces vastes massifs forestiers. Parmi les plus destructrices, il convient de citer l'agriculture industrielle. C'est notamment le cas en Amazonie avec le boom sur une denrée comme le soja. Plus encore que le commerce du bois ou la culture du soja, c'est désormais le développement sans précédent des terres consacrées à l'élevage qui menace l'Amazonie. L'élevage bovin est aujourd'hui responsable à 80% de la destruction de la forêt amazonienne. Le Brésil possède en effet le plus grand cheptel commercial du monde. Il est le premier exportateur mondial de bœuf et de cuir, et veut doubler sa part sur le marché international d'ici à 2018. En Indonésie, des pans entiers de forêts sont sacrifiés pour satisfaire nos besoins en huile de palme et de papier. En RDC, c'est l'industrie forestière qui ouvre les dernières grandes forêts intactes du continent à d'autres moteurs de la déforestation. L'industrie de l'huile de palme a récemment aussi découvert les vastes superficies de l'Afrique et commence à s'installer dans des pays comme le Gabon, le Liberia et le Cameroun.

  • A quel rythme cette déforestation s'opère-t-elle ?

    La forêt recule sous le poids de l'activité économique : 13 millions d'hectares sont abattus chaque année selon la FAO. Les forêts tropicales qui sont sacrifiées en Amazonie, dans le bassin du Congo, en Asie du Sud-Est. Toutes les deux secondes, une superficie de la taille d'un terrain de football y disparaît. Au bout d'un an, cela équivaut à quatre fois la taille de la Belgique.

  • Greenpeace parle de « Zéro déforestation » à l'horizon 2020 ? Cet objectif est-il réaliste ?

    La réalité est très complexe et dépend de la situation propre à chaque pays. Greenpeace mène campagne pour atteindre cet objectif dans l'Amazonie brésilienne ainsi que dans les tourbières et les forêts naturelles en Indonésie. Suite à des campagnes publiques de Greenpeace, des moratoires sur le soja et l'élevage de bétail ont été instaurés par les industries respectives. Ces dernières années, le gouvernement brésilien a pris plusieurs mesures pour fortement réduire la déforestation en Amazonie, bien que la qualité de cette politique soit actuellement discutable (des images satellites de 2010-2011 montrent que le déboisement de la forêt amazonienne s'accélère à nouveau). Par ailleurs, la pression pour adapter la législation sur les forêts augmente pour satisfaire les desiderata du lobby agricole.

    En Indonésie, Greenpeace a longtemps exhorté le gouvernement à introduire un moratoire pour la transformation des forêts et des tourbières en plantations. En mai 2011, le gouvernement indonésien a enfin promulgué un moratoire mais la protection proposée reste nettement insuffisante : jusqu'à 40 millions d'hectares de forêts menacent encore de disparaître.

    Au Congo, pays qui ne connaît pas encore une destruction de ses forêts à une échelle comparable, notre objectif est de protéger les forêts possédant la plus grande valeur environnementale. C'est pourquoi, Greenpeace mène une campagne dans le bassin du Congo pour préserver en premier lieu les zones boisées les plus vastes et les plus précieuses sur le plan écologique.

  • Quelle est l'action de Greenpeace en faveur des forêts ?

    La préservation des forêts tropicales est une priorité absolue pour Greenpeace. Au niveau mondial, Greenpeace milite pour que la question de la déforestation occupe une place centrale à l'agenda politique international et que des décisions soient prises pour protéger les forêts et lutter ainsi contre les changements climatiques. Au niveau européen, la mise en pratique d'une loi sur le commerce du bois est en cours. Greenpeace souhaite que cette législation mette un terme au commerce du bois « illégal ». Parallèlement, Greenpeace tente d'éviter que les politiques bio-énergie de l'Union européenne contribuent à la déforestation.

    Enfin, Greenpeace se bat pour que les forêts ne soient plus sacrifiées aux intérêts marchands : plantations d'huile de palme, industrie du bois, biomasse, élevage bovin… Nous agissons souvent en faisant pression sur des multinationales dont nous attendons qu'elles modifient leur politique d'achat afin que leurs chaînes de produits ne soient pas liées à la déforestation. Notre campagne KitKat en 2010 en est un exemple.

    La forêt est quotidiennement détruite au nom de logiques financières à court terme. C'est la raison pour laquelle nous demandons aux différents secteurs impliqués de changer leurs pratiques destructrices et de développer des pratiques respectueuses de l'environnement, de la biodiversité et des droits des populations locales.

  • Greenpeace est-elle opposée à toute forme de déforestation ? N'est-ce pas un point de vue dangereux pour les populations locales ?

    D'abord, il est important d'expliquer ce qu'est la déforestation : c'est le rasage complet d'une forêt ou la conversion d'une forêt en plantations. C'est pourquoi Greenpeace consacre beaucoup d'attention dans ses campagnes à des activités qui, pratiquées à grande échelle, se soldent par la disparition totale des forêts.

    Toutefois, les activités comme l'abattage commercial d'arbres, qui n'engendre pas directement un déboisement total mais qui enclenche un processus de dégradation progressive de grandes zones forestières compactes, méritent également l'attention de Greenpeace. Cet abattage d'arbres, aussi sélectif qu'il soit, est souvent le premier pas vers un déboisement complet. C'est pourquoi nous voulons donner la priorité à la préservation des forêts précieuses qui sont encore largement intactes. Par rapport aux communautés locales, il est important qu'elles puissent trouver des modèles alternatifs de développement qui leur permettent de ne pas dépendre des industries destructrices.

  • Greenpeace est-elle en contact avec les populations locales ?

    Dans bien des cas, ce sont les populations et les organisations locales qui mettent sur pied des campagnes pour protéger la forêt et dénoncer des pratiques illégales et l'exploitation à outrance. Que ce soit en Amazonie, au Congo ou en Indonésie, nous travaillons en étroite collaboration avec ce type d'organisations. Récemment, nous avons même organisé un « camp des défenseurs de la forêt » en Indonésie, avec les communautés locales. Dans la forêt amazonienne, nous avons collaboré avec les communautés locales sur un projet visant à passer soigneusement en revue les forêts et leurs menaces. Au Congo, nous sommes en contact avec les organisations locales de protection de l'environnement. Dans les régions congolaises où a lieu l'abattage d'arbres, nous organisons des ateliers sur l'avenir des forêts. Dans ce cadre, nous recherchons activement des solutions alternatives moins dévastatrices pour la forêt que l'abattage commercial.

  • Pourquoi appelle-t-on les forêts les « poumons verts de la planète » ?

    Les forêts tropicales constituent de gigantesques réservoirs de carbone. Ce dernier est libéré dans l'atmosphère suite à des coupes forestières ou des incendies. Les arbres, le sol et les organismes vivants dans les forêts stockent ainsi près de 300 milliards de tonnes de carbone – soit environ 40 fois la quantité annuelle des émissions de CO2 dues aux énergies fossiles. La déforestation sape considérablement le potentiel d’absorption de CO2 des forêts, et constitue l’un des principaux contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre (GES) au niveau mondial. Lutter contre la déforestation, c'est donc lutter pour le climat. La déforestation dans les massifs de forêts tropicales représente entre 12 et 20% des émissions de GES planétaires, ce qui est supérieur aux émissions planétaires du secteur des transports. La destruction des forêts en Indonésie et au Brésil fait de ces pays respectivement les troisième et quatrième émetteurs de gaz à effet de serre au monde, après la Chine et les Etats-Unis. La destruction des tourbières dans la province indonésienne de Riau émet autant de CO2 dans l'atmosphère que toutes les centrales électriques dans le monde entier fonctionnant aux énergies fossiles pendant cinq ans.

  • Comment la lutte contre la déforestationest-elle associée aux négociations internationales en matière de climat ?

    Un mécanisme spécifique est en cours d au sein des Nations unies dans le cadre des négociations internationales sur le climat. Depuis le Sommet de Bali en décembre 2007, cette piste est suivie avec intérêt, surtout après l'accord conclu à Cancun en décembre 2010. Ce mécanisme est désigné par l'acronyme REDD ('Reduction of Emissions from deforestation and Degradation') et porte donc sur les réductions d'émissions obtenues via la lutte contre la dégradation forestière et la déforestation.

    Pour Greenpeace, ce programme devrait permettre de gagner du terrain dans la lutte contre le réchauffement planétaire. Mais il ne faut pas oublier qu'un bon accord REDD doit remplir cet objectif climatique mais aussi contribuer à la protection de la biodiversité et bénéficier aux populations locales et aux peuples autochtones. A contrario, un mauvais accord REDD aurait pour effet d'encourager les groupes industriels à exploiter les forêts tout en prétendant les protéger et en excluant les communautés vivant de la forêt de discussions qui les concernent directement. Une chose à ne pas faire serait par exemple de transformer des zones forestières présentant une riche biodiversité et un intérêt culturel pour des populations locales en plantations uniformes sous prétexte que le climat ne s'en porte pas plus mal. C'est le rôle que Greenpeace s'est donné dans le suivi de ce dossier : éviter qu'un « mieux » ne puisse se révéler à terme contre-productif.

  • Comment va-t-on garantir la solidarité entre les pays industriels et les pays forestiers ?

    Il ne serait en effet pas juste que les pays industrialisés – historiquement responsables des changements climatiques – imposent aux pays forestiers de maintenir leurs forêts sur pied sans compensation et sans faire des efforts pour réduire leurs propres émissions.

    La proposition 'Forêts pour le climat' de Greenpeace envisage un mécanisme par lequel les pays industrialisés interviennent financièrement dans la protection des forêts du Sud sans porter atteinte aux droits des autochtones. 'Forêts pour le climat' se base sur le principe du pollueur payeur et de l'accord conclu lors des négociations sur le climat de Bali, en 2007 : les pays industrialisés doivent venir en aide aux pays en développement par le financement de mesures sur le climat. En d'autres termes : plus un pays industrialisé pollue, plus il doit alimenter le fonds pour la protection des forêts.

    La proposition de Greenpeace n'autorise pas les pays industrialisés à augmenter leurs propres émissions de GES en échange d'une diminution des émissions des pays en voie de développement. Ceci constitue une différence essentielle entre 'Forêts pour le climat' et d'autres modèles qui renvoient aux mécanismes de compensation applicables sur les marchés internationaux du CO2.

    Les pays en voie de développement dotés de forêts tropicales et qui veulent entrer dans les mécanismes REDD doivent s'engager à protéger leurs forêts en suivant les principes de la 'responsabilité partagée mais différentielle' définie par la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

    Suite à cet engagement, ils obtiennent, à l'échelon national, l'accès au financement pour le renforcement et la diminution des émissions de GES imputables à la déforestation. Les pays qui peuvent prouver qu'ils ont réduit leurs émissions de GES peuvent réclamer une compensation, en raison de l'aide apportée à la lutte internationale contre les changements climatiques. Il s'agit d'un encouragement pour les pays en voie de développement à protéger leurs forêts.

  • Où en est-on actuellement avec le financement de REDD ?

    C'est surtout depuis la fin du Sommet de Copenhague en 2009 que plusieurs mécanismes financiers sont en cours d'implémentation dans les différents pays forestiers. La Banque Mondiale et le programme REDD des Nations Unies sont actifs dans un grand nombre de pays, mais il existe aussi des fonds régionaux, comme le Congo Basin Forest Fund. Les pays industrialisés, qui se sont engagés à Copenhague à soutenir les pays en développement dans une phase de préparation à un futur mécanisme REDD, libèrent aussi des financements. La Norvège notamment investit beaucoup de moyens, entre autres en Indonésie. La Belgique a, à ce jour, livré quelques contributions modestes à certaines initiatives multilatérales et européennes et se focalise surtout sur la RDC. Cependant, tous les pays industrialisés doivent encore faire un effort considérable pour achever le financement. Outre les moyens classiques de collaboration pour le développement qui doivent venir s'ajouter au financement déjà octroyé, nous demandons que ces pays appliquent des mécanismes de financement innovants, comme par exemple la perception d'une taxe CO2.

  • Les principaux pays forestiers sont des pays soit émergents soit en voie de développement. Est-ce légitime de vouloir y supprimer une source de revenus ?

    Les pays comme le Brésil, le Congo et l'Indonésie doivent choisir eux-mêmes leur modèle de développement. Cependant, la préservation des forêts tropicales revêt une importance mondiale pour des millions de personnes, pour la diversité biologique et pour le climat. La communauté internationale a donc la responsabilité d'assister les pays les plus riches en termes de forêts dans leurs efforts pour préserver celles-ci.

    Nous pouvons donc essayer de convaincre ces pays qu'ils doivent choisir un développement durable et ne pas tomber dans le même piège que les pays occidentaux, qui ont anéanti la majeure partie de leurs forêts. Greenpeace encourage les pays en croissance à mettre en place un plan de développement «vert », dans le cadre duquel ils choisiront, entre autres, une protection aussi efficace que possible de leurs forêts les plus précieuses. Bien entendu, des moyens devront être mis à disposition par les pays industrialisés.

    Souvent, les communautés locales demandent elles-mêmes des alternatives à l'exploitation industrielle des forêts car une gestion durable peut représenter un pas de géant dans la lutte contre la pauvreté.

  • Dans certains pays forestiers, les structures étatiques ne sont pas toujours solides. Corruption et déforestation ne vont-elles pas de pair ?

    Dans de nombreux pays forestiers, la corruption et la mauvaise administration contribuent à la déforestation. Par exemple, des fonctionnaires corrompus peuvent fermer les yeux lorsqu'une grande entreprise abat du bois illégalement et ne pas imposer d'amende. Souvent, des pots de vin sont payés pour obtenir des permis d'abattage d'arbres ou des permis d'installation de plantations d'huile de palme, dans des zones où la loi l'interdit.

    La reconnaissance et l'analyse de la corruption et de la mauvaise administration sont donc essentielles pour empêcher que des moyens financiers dégagés pour aider des pays dans leur lutte contre la déforestation restent entre les mains de ministres ou de fonctionnaires. L'argent doit aller intégralement aux programmes qui bénéficient à la population et qui luttent contre le déboisement.

  • Est-il légitime de nous mêler de la situation dans ces pays ?

    La lutte contre la déforestation est cruciale pour la préservation de la biodiversité, la lutte contre les changements climatiques et pour les centaines de millions de personnes qui dépendent de ces forêts. Bien qu'il est vrai que Greenpeace est une organisation internationale, nos bureaux nationaux et régionaux opèrent dans les différents pays possédant de vastes zones forestières. Ils font partie de la société civile locale et travaillent en étroite collaboration avec les organisations locales.

  • Certains pays adoptent des moratoires sur les nouvelles coupes forestières, est-ce efficace ?

    Il est possible de suspendre provisoirement l'octroi de nouvelles concessions dans les forêts tropicales. Ce type de « moratoires » a été annoncé dans plusieurs pays forestiers. C'est un bon moyen de gagner du temps, afin que des règles claires puissent être établies et qu'une politique cohérente soit développée, non seulement par le gouvernement et les entreprises mais aussi pour la lutte contre la déforestation et le développement de sources de revenus alternatives pour la population.

    Les expériences des différents pays sont plutôt variées en ce qui concerne le respect de ces moratoires. Au Brésil, les marchands de soja ont eux-mêmes établi un moratoire sur la vente de soja provenant des zones déboisées d'Amazonie etest assez bien respecté tandis qu' au Congo, le moratoire sur l'octroi de nouveaux permis d'abattage d'arbres a été enfreint dès le début de sa mise en oeuvre. En Indonésie, un moratoire attendu de longue date a finalement vu le jour en mai 2011 mais son contenu est absolument insuffisant. Jusqu'à 40 millions d'hectares de forêts menacent encore de disparaître dans ce pays.

    Pour qu'un moratoire soit efficace et effectif, une bonne administration, une capacité de contrôle suffisante et la lutte contre la corruption sont des éléments cruciaux.

  • Que veut-on dire quand on parle de bois illégal ?

    Il s'agit de bois coupé, transformé, transporté ou commercialisé en violation des lois nationales ou internationales. Cette violation peut intervenir à différentes étapes de la chaîne de production et de vente du bois :

    - l'obtention de concessions forestières par des moyens illégaux (notamment la corruption)
    - la coupe d'essences protégées ou dans des zones protégées, la coupe hors taille, la surcoupe et la coupe en-dehors des zones prévues
    - le non-paiement de taxes, notamment aux autorités ou communautés locales
    - l'utilisation de documents frauduleux pour commercialiser le bois
    - et la déclaration frauduleuse aux douanes de la marchandise exportée.

    Selon des estimations, ce bois illégal représente 20 à 40% du bois importé en Europe.

  • Quel est le poids de l'UE dans la déforestation planétaire ?

    Il est difficile de donner un chiffre précis. Bon nombre de produits (bois, soja, huile de palme, minerais…) ayant un lien avec la déforestation sont importés dans l'UE. C'est exactement la raison pour laquelle Greenpeace et d'autres ONG ont demandé à la Commission européenne de mesurer le 'forest footprint' de l'UE. C'est une étude en cours et dont on espère le suivi par des mesures politiques à tous les niveaux et pas seulement au niveau des importations de bois illégal.

    Le scénario de l'Union européenne sur les énergies renouvelables par exemple, devra encore être revu à la hausse si les politiques bio-énergie des Etats-membres ne tiennent pas compte de leurs impact négatifs, directs ou indirects, sur les forêts.

  • L'UE dispose-t-elle de bons 'outils légaux' pour lutter contre le bois illégal ?

    En 2010, après plus de 7 ans de campagnes menées par des ONG, l'UE a finalement adopté un règlement qui interdit l'introduction de bois illégal sur le marché européen. Il inclut un système de diligence raisonnable. Les importateurs de bois devront développer un système de traçabilité pour pouvoir prouver l'origine du bois et vérifier que les produits ligneux qu'ils importent sont obtenus de façon légale. Les transgresseurs seront obligés de payer des amendes proportionnelles aux dommages environnementaux qu'ils ont causés. La législation devrait être implémentée vers mars 2013.

    En outre, l'Union européenne négocie avec d'importants pays producteurs de bois comme la Malaisie, le Cameroun, le Ghana et le Congo-Brazzaville pour lancer un partenariat sur une base volontaire et collaborer sur le terrain dans la lutte contre l'abattage illégal d'arbres. Cependant, il est encore trop tôt pour évaluer dans quelle mesure ces accords parviendront à brider l'abattage illégal d'arbres.

  • En tant que consommateur, est-ce que je peux éviter de consommer des produits provenant de la destruction forestière ?

    En tant que consommateur, vous êtes quotidiennement en contact avec des produits pouvant provenir de la déforestation. Il s'agit non seulement de l'utilisation de bois et de papier mais aussi, par exemple, d'huile de palme et de viande. En général, en tant que consommateur, vous pouvez réduire votre consommation de viande et de papier, utiliser le plus possible du papier recyclé. Par rapport au bois, il vaut mieux utiliser du bois avec un label FSC. Enfin, Greenpeace a bien évidemment aussi besoin de votre soutien pour faire pression sur les entreprises et les politiques pour changer leurs pratiques.

  • Que faut-il penser du label FSC ?

    Forest Stewardship Council (FSC) est une ONG dont le siège se trouve en Allemagne. L'organisation a été créée en 1993 à l'initiative d'organisations de protection de l'environnement de 25 pays pour stimuler l'exploitation responsable des forêts tropicales. La norme FSC pour une exploitation responsable des forêts tient compte des intérêts sociaux, environnementaux et économiques.

    Greenpeace conseille aux consommateurs d'acheter des produits portant le label FSC car ils devraient provenir d'exploitations forestières qui satisfont des critères écologiques et sociaux stricts. Par rapport aux autres systèmes de certification, le logo FSC offre les possibilités et les garanties les plus nombreuses pour vérifier ces critères.

    Toutefois, le système de certification FSC est loin d'être parfait. Le nombre d'entreprises certifiées FSC et le nombre de produits portant le logo FSC ont augmenté de manière extrêmement rapide ces dernières années, ce qui ne bénéficie pas toujours à l'intégrité du système. Dans un nombre de cas croissant, le label FSC est accordé à des produits et des exploitations qui ne satisfont pas aux critères sociaux et écologiques stricts que FSC prétend vérifier.

    Pour le moment, Greenpeace reste membre de FSC pour signaler activement les points faibles du système. Nous espérons que FSC pourra améliorer son fonctionnement et préserver son intégrité, voire la rétablir dans certains cas. Si des entreprises ont obtenu à tort le label FSC, il existe un système de plainte. Greenpeace l'utilise régulièrement.

INDONÉSIE  
  • Quel est l'état actuel des forêts d'Indonésie ?

    L'Indonésie connaît le rythme de déforestation le plus élevé au monde : 2% du couvert forestier y disparaît chaque année. Les 50 dernières années, presque 74 millions d'ha de forêts ont disparu. C'est une superficie qui équivaut à deux fois l'Allemagne. L' UNEP (Programme des Nations unies pour l'Environnement – PNUE) estime que vers 2022, 98% de la forêt aura disparu si aucune mesure urgente n'est prise. L'industrie de l'huile de palme et du papier comptent toutes deux étendre leur production dans les tourbières et les forêts anciennes.

  • Quelle est l'importance stratégique des forêts indonésiennes en termes de biodiversité ?

    Les forêts ainsi que les tourbières de l'Indonésie constituent l'habitat de plusieurs espèces menacées comme l'orang-outan et le tigre de Sumatra. Plus de mesures doivent être prises pour sauver leur habitat. C'est leur survie qui est aujourd'hui en jeu.

  • Quelle est leur importance stratégique en termes de lutte contre le réchauffement planétaire ?

    Les tourbières de Sumatra jouent un rôle essentiel dans l'atténuation des changements climatiques. Le défrichement et le drainage des tourbières sont les raisons principales pour lesquelles l'Indonésie est le troisième pays émetteur de GES (gaz à effet de serre) au monde. Quand une tourbière dessèche et oxyde, elle se dégrade et émet des GES pendant une période qui peut durer jusqu'à 150 ans. Chaque année, environ 1,8 milliard de tonnes de GES sont libérés suite à la dégradation des forêts et des incendies forestières sur les tourbières. Ceci équivaut à 4% des émissions mondiales de GES, qui proviennent dans ce cas de moins de 0,1% de la superficie de la terre.

  • Combien d'êtres humains sont-ils concernés par les forêts d'Indonésie?

    On estime qu'entre 60 et 90 millions d'indonésiens dépendent de la forêt pour leur survie. La destruction des forêts pour le bois, la pâte à papier et l'huile de palme engendrent beaucoup de conflits avec les peuples autochtones et les communautés locales. En théorie, les peuples autochtones en Indonésie ont le droit de contrôler tout ce qui se passe sur leurs terres. En pratique, leurs droits sont souvent violés par le gouvernement et par l'industrie pour pouvoir convertir ces zones en plantations.

    A Sumatra, les communautés autochtones de Teluk Meranti et Talang Mamak, et les Orang Rimba vivent des ressources naturelles que la forêt leur donne. Celle-ci est progressivement détruite par l'expansion des plantations de pâte à papier, pour l'essentiel dans les provinces de Riau et Jambi.

  • Quelle est l'importance des tourbières de l'Indonésie ?

    Bien qu'elles couvrent seulement 3% de la superficie terrestre du globe, les tourbières constituent des stocks de carbone critiques et sont dès lors cruciales dans la lutte contre le réchauffement planétaire. Elles stockent entre 1/5 et 1/3 du carbone total de la biosphère terrestre, y inclus tous les types de sols et de végétation. Il y a environ 22,5 millions d'ha de tourbières en Indonésie. 40% se trouvent sur l'île de Sumatra. Certaines ont une profondeur de 15m et comptent parmi les plus profondes au monde. La destruction de ces tourbières est la raison principale pour laquelle l'Indonésie est responsable d'environ un quart des émissions dues à la déforestation.

  • Les tigres de Sumatra sont-ils à ce point en danger ?

    La 'Red List of Endangered Species', publiée par l'UICN (IUCN en anglais) classifie le tigre de Sumatra comme 'critically endangered'. C'est à dire en danger critique d'extinction. Des estimations récentes indiquent qu'il ne reste qu'entre 400 à 500 spécimens sauvages. Dans la province de Riau (Sumatra), qui a le taux de déforestation le plus élevé, le nombre de tigres a diminué de 70% ces dernières 25 années. Le tigre de Sumatra perd presque 6% de son habitat forestier par an, à cause de l'expansion des plantations de palmiers à l'huile et d'acacia. Si cette perte n'est pas stoppée, le tigre de Sumatra pourrait disparaître complètement, comme ses frères indonésiens, les tigres de Java et de Bali.

  • Les orangs-outans sont-ils à ce point en danger ?

    La 'Red List of Endangered Species' classifie l'ourang-outan de Bornéo comme 'endangered' et l'ourang-outan de Sumatra comme 'critically endangered'. Des estimations récentes indiquent qu'il reste entre 45 000 et 69 000 d'ourang-outans sauvages au Bornéo et pas plus de 7 300 à Sumatra.

  • Quels sont les principaux moteurs de la déforestation en Indonésie ?

    Le gouvernement indonésien a identifié la production d'huile de palme et de pâte à papier comme deux des principaux moteurs de la déforestation. En combinaison avec l'industrie du bois et l'extraction de charbon, ces industries n'ont pas seulement un impact dévastateur sur les forêts mais intensifient aussi les émissions de GES.

  • Quel est le poids de l'industrie de l'huile de palme dans la destruction des forêts indonésiennes ?

    Au total, il y a environ 6 millions d'ha de plantations d'huile de palme en Indonésie. Le gouvernement indonésien a des plans d'expansion de 4 millions d'ha vers 2015 ; les autorités provinciales parlent même de 20 millions d'ha.

    C'est la raison pour laquelle Greenpeace demande au gouvernement indonésien d'instaurer un moratoire sur l'expansion de cette industrie, de développer une meilleure gestion de l'allocation des terres pour que les plantations s'opèrent sur des sols déjà dégradés et de favoriser l'augmentation de la production des plantations existantes plutôt qu'allouer davantage de nouvelles concessions.

  • Quelles sont les entreprises directement à la base de la déforestation en Indonésie ?

    Il s'agit surtout d'entreprises indonésiennes dans les secteurs de l'huile de palme et de la production de la pâte à papier. La plus grande d'entre elles, Sinar Mas, est un conglomérat qui ne contrôle pas seulement des opérations dans ces deux secteurs, mais qui est aussi impliqué dans la foresterie industrielle, entre autre au service de ces 'pulp mills', des usines de pâte à papier. Ce groupe s'intéresse aussi sérieusement à l'exploitation du charbon.

  • Quelle est l'attitude du gouvernement indonésien face à la déforestation ?

    Le président indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono, a clairement exprimé sa volonté d'engager son pays dans la lutte contre la déforestation. A l'entame du sommet pour le climat de Copenhague de 2009, il avait fait savoir que son pays pourrait, d'ici 2020, réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 26%. Cette réduction pourrait même atteindre 41% à condition de bénéficier de suffisamment d'appui international.

    Suite à ces engagements, la Norvège a libéré 1 milliard de dollars pour soutenir l'Indonésie. Malheureusement, les négociations sur les modalités et les conditions entre les deux pays n'avancent que très lentement. Et elles continuent à avancer trop lentement même si l'Indonésie a, en mai 2011, annoncé le moratoire voulu par la Norvège. En juin 2011, il n'est toujours pas clair si les Norvégiens débourseront la somme promise. L' Indonésie ne semble toujours pas prête à mettre en pratique les mesures nécessaires pour arrêter réellement la déforestation: le moratoire tolère la conversion de presque 40 millions d'hectares en plantations.

  • Certains pays forestiers manquent de bonne gouvernance et on y déplore beaucoup de corruption, ce qui complique la protection des forêts, est-ce le cas pour l'Indonésie ?

    Malheureusement, la corruption est assez généralisée en Indonésie, tant au niveau local qu'au niveau national, ce qui complique la protection des forêts. La corruption sert souvent les intérêts des industries et leur permet des pratiques illégales. Le manque de capacité de gouvernance laisse également la porte ouverte à la corruption.

  • Greenpeace a-t-elle un bureau sur place ?

    Le bureau de Greenpeace Indonésie à Jakarta fait partie de notre bureau régional Greenpeace Southeast Asia. En Indonésie, Greenpeace se focalise entre autres sur la campagne forêts, bien que, avec les autres bureaux de la région en Thailande et aux Philippines, elle s'occupe aussi d' autres grandes campagnes comme l'énergie renouvelable, le nucléaire et l'agriculture durable. Greenpeace Indonésie vient de célébrer son 5ième anniversaire en 2010, alors que Greenpeace Southeast Asia fêtait déjà ses dix ans.

  • Quelles sont les principales victoires de Greenpeace dans cette région du monde ?

    Notre victoire la plus connue en Indonésie est l'engagement en 2011 de Golden Agri Ressources (GAR), la branche « huile de palme » de Sinar Mas à ne plus détruire les forêts et les tourbières, après que Greenpeace ait convaincu Nestlé et d'autres importateurs importants d'huile de palme d'exiger plus de durabilité de la part de leurs fournisseurs. Après la perte de plusieurs contrats importants, GAR a décidé de finalement prendre ses responsabilités. Reste à voir comment le géant de l'huile de palme mettra son engagement en pratique et si les autres grands producteurs d'huile de palme suivront cette démarche.

    Notre campagne a aussi encouragé le président indonésien à annoncer le développement d'un moratoire sur la conversion des tourbières et des forêts de haute valeur de conservation. Ce moratoire tant attendu a vu le jour en 2011, mais sa teneur laisse à désirer. Quelque 40 millions d'hectares de forêts risquent de passer à la trappe.

  • Quelles sont les principales activités de Sinar Mas ?

    L'empire de Sinar Mas, contrôlé par la famille indonésienne Widjaja, représente l'un des plus grands conglomérats qui s'engage dans la destruction des forêts et des tourbières indonésiennes. Ce groupe a aussi un intérêt important dans l'exploitation de charbon. Golden Agri Resources (GAR), la branche huile de palme du groupe, est le plus grand producteur d'huile de palme en Indonésie, responsable pour 10% de la production d'huile de palme du pays. Asia Pulp and Paper (APP) est le plus grand producteur de pâte à papier en Indonésie et le troisième plus grand au monde, et continue de s'agrandir avec des acquisitions en Europe, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie et en Chine, où APP possède déjà la plus grande usine de pâte à papier du monde. Sinar Mas Forestry, fournisseur exclusif d'APP, contrôlait, fin 2007, au moins 2,4 millions d'ha de concessions pour des conversions en plantations d'acacias pour la production de pâte à papier. Depuis qu' APP a commencé ses opérations dans les années 1980, on estime que l'entreprise a déjà converti plus d'un million d'ha de forêts tropicales en pâte à papier dans les provinces de Riau et Jambi seulement. C'est une superficie aussi grande qu'un tiers de la Belgique.

  • Quelle est l'importance du marché européen pour le papier et l'huile de palme d'Indonésie ?

    La part d''APP sur le marché européen continue à croître. Surtout en Grande-Bretagne et en Espagne, APP a crée des nouveaux réseaux de vente. En France, APP a repris une série d'usines à papier. En d'autres termes, il est clair qu' APP veut conquérir le marché européen.

    Pour ce qui est de l'huile de palme, l'Europe est l'un des plus gros utilisateurs, avec 13% de la consommation mondiale. Et cette part ne fera que croître si l'huile de palme continue à être utilisée pour la production d'agrocarburants. L'entreprise finlandaise Neste Oil a pour sa part l'intention d'augmenter sa production et sa part de marché, avec entre autres une usine de fabrication à Rotterdam. Nos actions contre cette entreprise peuvent être consultées sur le site de Greenpeace Nordique/Finlande.

  • Quel est le poids d' APP au niveau mondial ?

    APP est le troisième producteur de pâte à papier et papier au monde et le cinquième producteur de papier de toilette. L'entreprise a l'ambition de devenir encore plus grande et a une politique d'acquisitions dans le monde entier. En Chine, elle se présente comme le plus grand producteur de pâte à papier, papier et 'tissues' (mouchoirs etc).

    Il est bon de savoir aussi que la dette d' APP est importante. Le gouvernement indonésien a sauvé l'entreprise suite à la crise financière des années 1990 mais APP doit encore s'acquitter d'une dette de plus de 5 milliards de dollars, qu'elle doit avoir remboursé d'ici 2024.

  • Les forêts sacrifiées en Indonésie entrent-elles directement dans la fabrication de la pâte à papier ?

    Oui, APP a, à plusieurs reprises, affirmé qu'elle n'aurait plus besoin des forêts anciennes pour alimenter ses usines à papier. Pourtant, comme le montre un document confidentiel datant de 2007, obtenu par Greenpeace, le groupe Sinar Mas semble continuer à implémenter des plans pour acquérir de nouvelles concessions en forêt naturelle. En 2010, notre recherche sur le terrain a encore montré que Sinar Mas avait obtenu des concessions dans deux habitats clés du tigre de Sumatra, région qui abrite aussi des tourbières importantes sur l'île indonésienne de Sumatra.

  • Y-a-t-il un risque de consommer sans le savoir du papier ou des mouchoirs provenant des forêts indonésiennes ?

    Même si la présence de produits papier destiné aux bureaux provenant d' APP est marginale sur le marché belge, elle existe et certains copy shops en proposent. En revanche, il est plus difficile de savoir si les emballages en carton des différents produits alimentaires ou autres, proviennent de la déforestation en Indonésie, et si votre papier-toilette, vos mouchoirs etc contiennent des fibres de forêts naturelles indonésiennes. La meilleure garantie pour ne pas utiliser du papier provenant de la déforestation en Indonésie est d'utiliser du papier recyclé.

  • Existe-t-il des alternatives disponibles ? Un label fiable pour m'aider à ne pas consommer du papier destructeur de forêts tropicales ?

    Le mieux, c'est bien-sûr de réduire votre consommation de papier, et si vous en utilisez, d'utiliser du papier recyclé.

    Le label FSC certifie aussi du papier provenant de forêts gérées de manière durable au niveau environnemental et social mais même le système de certification de FSC n'est pas parfait. En tant que membre du FSC, Greenpeace conteste activement les faiblesses du système et fait pression pour que le FSC améliore son fonctionnement et maintienne son intégrité. Greenpeace mène campagne contre la conversion des forêts en plantations industrielles. Ces dernières ne sont composées que d'une ou deux espèces d'arbres, ce qui est bien différent de l'énorme trésor de biodiversité que l'on trouve dans une forêt.

  • Une situation similaire existe-t-elle dans d'autres régions du monde ?

    Il y a d'autres forêts anciennes en Europe du Nord, en Russie et au Canada par exemple, qui sont également détruites pour la production de papier, ainsi que des plantations industrielles qui ne bénéficient ni à l'environnement, ni à la biodiversité, ni aux communautés locales dans des pays comme le Brésil, l'Espagne et le Portugal. Mais les moteurs et les conditions de la déforestation les plus importants sont différents dans chaque pays. Il existe très peu de pays qui abritent de vastes tourbières comme en Indonésie.

  • Des forêts tropicales sont-elles réellement détruites pour faire place à des plantations de palmiers à huile ?

    Oui. En Indonésie, on coupe le plus souvent d'abord les arbres les plus valables, puis on construit un réseau de canaux pour pouvoir enlever les grumes et drainer les tourbières. C'est ainsi que les terres sont préparées pour les plantations d'huile de palme ou des plantations d'acacia pour la pâte à papier. Ce qui reste de la forêt est coupé, ce qui dessèche encore plus les tourbières. Même si le drainage de tourbières supérieures à trois mètres est interdit par la législation indonésienne, celle-ci n'est souvent pas respectée. Régulièrement, les forêts sont brûlées, même si la loi l'interdit, ce qui cause d'énormes émissions de GES.

    Aujourd'hui, à cause de la demande mondiale croissante pour l'huile de palme, entre autre pour la production d'agrocarburants, les dernières forêts tropicales africaines commencent elles-aussi à être victimes de l'industrie de l'huile de palme.

  • En tant que consommateur, est-ce que je dispose d'un moyen pour déterminer si je contribue ou non à la destruction forestière via l'huile de palme ?

    Il est difficile d'y répondre car bon nombre de produits alimentaires, d'entretien ou de cosmétiques contiennent de l'huile de palme mais l'information n'est pas toujours mentionnée en tant que telle sur les étiquettes.

    Greenpeace n'est pas contre la production ou l'utilisation d'huile de palme si celle-ci ne contribue pas à la déforestation. Cela veut dire que d'autres huiles végétales, comme le soja, sont aussi souvent liées à la déforestation parce qu'il est meilleur marché de continuer a détruire les forêts que d'augmenter les récoltes dans les plantations existantes. C'est exactement la raison pour laquelle Greenpeace demande des moratoires pour arrêter temporairement la destruction et donner l'opportunité aux industries de croître d'une manière durable.

    Même substituer l'huile de palme par des huiles végétales produites en Europe ne garantit pas que le problème de la déforestation soit résolu. Si, théoriquement, un secteur substitue l'huile de palme par l'huile de colza par exemple, il y aura moins de colza disponible pour d'autres secteurs, qui seront donc forcés de remplacer l'huile de colza par... l'huile de palme. La seule manière de s'assurer que l'huile de palme cesse d'être un moteur de déforestation, c'est que les producteurs arrêtent de s'étendre dans ces régions.

  • Les critères RSPO (Round Table on Sustainable Palm Oil) définis pour rendre la production d'huile de palme plus durable sont-ils suffisants ?

    Plusieurs entreprises utilisent le RSPO, une façon de se donner une image 'verte' bien que leurs producteurs continuent à détruire des forêts et des tourbières. Les standards de l'RSPO n'offrent pas suffisamment de garanties pour éviter la déforestation. De plus, ces standards sont souvent violés par les producteurs d'huile de palme. Pour que la RSPO fasse la différence, il faut qu'il renforce ses standards et assure leur implémentation. Cliquez ici pour en savoir plus sur la façon dont United Plantations a bafoué les normes RSPO en Malaisie.

  • Quelle est la position de Greenpeace par rapport aux agrocarburants ?

    Théoriquement, les agrocarburants pourraient jouer un rôle limité dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur Transport à condition qu'il y ait des critères stricts, mais leur rôle a été exagéré. Sans critères forts, les agrocarburants peuvent être néfastes pour le climat. Ils peuvent également avoir un impact important sur les prix alimentaires. Pour réduire les émissions du secteur Transport, il est indispensable de rendre nos véhicules moins énergivores (qui consomment moins et utilisent des carburants moins polluants)' et de commencer la transition vers un système de transport sobre en énergie et en carbone.

    Greenpeace demande le retrait des subventions ou 'tax exemptions' des politiques gouvernementales, pour l'utilisation d'huile de palme dans la production de biomasse ou agrocarburants. Les critères de durabilité formulés par nos gouvernements doivent être assez forts pour assurer que tout produit provenant de la déforestation directe ou indirecte soit exclu.

  • L' Indonésie peut-elle accéder aux fonds réunis dans le cadre des négociations climatiques REDD (réductions de C02 via la lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts) ?

    Il est prévu de créer un mécanisme spécial pour la protection des forêts dans le cadre des négociations sur le climat des Nations unies. Lors du Sommet de Bali en décembre 2007, les premières démarches ont été entreprises et en décembre 2010, un accord a été conclu dans ce sens à Cancun. Le mécanisme, connu sous le nom de REDD (Reduced Emissions from Degradation and Deforestation) vise à freiner les émissions de gaz à effet de serre en luttant contre la dégradation des forêts et la déforestation.

    Tous les pays en développement boisés peuvent volontairement accéder au futur mécanisme REDD prévu dans l'accord de Cancun. Depuis Copenhague (2009), des fonds ont été mis à disposition des pays en développement, même si ces fonds sont encore largement insuffisants pour véritablement protéger les forêts.

    L' Indonésie reçoit des contributions financières importantes de la Banque Mondiale, du fonds NU-REDD et de plusieurs bailleurs de fonds individuels. La Norvège envisage même de lui accorder une somme d'un milliard de dollars à condition qu'elle s'engage à ne plus convertir ses forêts en plantations et ce, en instaurant un moratoire de deux ans. La question est aujourd'hui de savoir si le moratoire de mai 2011, qui comporte de nombreux manquements, sera suffisant pour les Norvégiens.

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