Si j'ai bien compris le gouvernement dans son train de mesures annoncées en clôture du Sommet national sur les algues bleues, celui-ci est en train de nous dire. à la prochaine fois! Car, bien entendu, ce sera l'été prochain seulement qu'on pourra mesurer la véritable portée des 35 mesures proposées hier pour résoudre le problème de la prolifération des cyanobactéries, qui touche officiellement 159 lacs et cours d'eau.

Exclue de la rencontre, Greenpeace avait au préalable établi une liste minimale de sept mesures et paramètres pour juger de l'action gouvernementale issue de ce Sommet. En vertu de ces critères, Greenpeace peut aujourd'hui dire que le gouvernement du Québec a obtenu une note de passage. Le vrai test se fera lors de la mise en place de ces mesures afin d'obtenir des résultats tangibles. Le vrai test sera donc l'été prochain, lors de la prochaine période d'éclosion des algues bleues.

Agriculture et algues bleues Greenpeace note qu'environ 3/4 des 200 M$ (145 M$) annoncés par le gouvernement iront à l'agriculture. Ceci semble indiquer que le gouvernement reconnaît de facto le rôle important d'une partie de l'agriculture dans les excédents de phosphore dans l'environnement. Selon la Ministre de l'Environnement et le président de l'UPA, 10 % des parcelles de terre agricoles seraient derrière 50 % des déversements excédentaires de phosphore dans les cours d'eau et les lacs. Cependant, il reste à savoir si ces 145 M$ destinés à l'agriculture iront à la résolution des problèmes à la source ou ne seront, une fois de plus, que des subventions à des méthodes agricoles non écologiquement durables déguisées en mesures « vertes », telles que l'éthanol-maïs. Greenpeace n'a pas vu non plus de mesures concernant directement les porcheries, la densité animale à l'hectare, le lisier de porc et la monoculture de maïs. En tout temps, le défi pour le gouvernement est de faire appliquer ses propres règlements dans le domaine agricole. Espérons que les mesures annoncées à Ste-Adèle ne soient pas reportées à la Saint-Glinglin. Les 15 inspecteurs supplémentaires annoncés auront donc du pain sur la planche. ou plutôt du phosphore dans les bottes.

Municipalités et algues bleues Les municipalités ont obtenu plus de pouvoirs pour intervenir dans le domaine résidentiel et appliquer le principe du « pollueur-payeur ». Augmenter les amendes et faire en sorte qu'elles reviennent aux municipalités sont des mesures intéressantes afin de faire appliquer les règlements sur les fosses septiques. Intégrer les coûts de vidange des fosses septiques régulièrement dans le compte de taxes est une mesure intelligente, mais qui ne demeure qu'une option pour le monde municipal. Comment la mettront-ils en place d'ici l'été prochain? Comme le rappelle Louis-Gilles Francoeur dans Le Devoir du 26 septembre 2007, le taux de conformité des municipalités aux règlements du gouvernement du Québec n'a pas été toujours très élevé : « Le système actuel, basé sur des schémas et des règlements sensés contenir les dispositions de la politique provinciale, est un échec depuis 20 ans, selon les études du MDDEP. En effet, quelque 85 % des MRC n'ont pas intégré dans leurs schémas d'aménagement les anciennes règles de protection riveraine, selon une étude du ministère. » La faille principale dans le plan gouvernemental est de faire reposer beaucoup de responsabilités sur les épaules des municipalités. Certaines seront tout à fait prêtes à agir dans le bon sens. Mais que fera le gouvernement pour les autres? Le monde municipal est fort varié en terme de taille, d'expertise, de financement, etc. Beaucoup des municipalités dépendent des revenus provenant du développement des propriétés résidentielles, ce qui les met également en conflit d'intérêts potentiel entre attirer plus de résidents (pour générer plus de revenus municipaux) et réglementer rigoureusement le type de développement. Les municipalités les plus aisées avec des résidents plus conscientisés aux problèmes environnementaux vont bien s'en tirer, mais les autres? Il faut souligner que le propre d'un bassin versant est que l'eau et le phosphate voyagent. Régler le problème dans quelques municipalités proactives ne va pas nécessairement régler le problème dans l'ensemble du bassin versant. Bref, le gouvernement aurait dû être plus clair quant à l'application rigoureuse des mesures par toutes les municipalités.

Interdiction du phosphate dans les détergents : bravo ! Il faut souligner le courage du gouvernement du Québec pour interdire le phosphate dans les détergents, ce qui va résoudre entre 5 et 20 % des problèmes. Rappelons que cette industrie avait obtenu une exemption dès 1972. Cela aura donc pris 36 ans pour enfin corriger un trou dans la législation et la réglementation. Mais, vaux mieux tard que jamais! Soulignons le leadership du gouvernement de monsieur Jean Charest qui va aller de l'avant avec l'interdiction des phosphates dans les détergents même si le gouvernement fédéral ne précède pas Québec. Il est un peu surprenant que le gouvernement continue à investir dans des systèmes de retrait du phosphate des usines d'épuration des eaux usées municipales alors que la solution serait la généralisation de la prévention à la source (comme l'interdiction des phosphates dans les détergents). Est-ce qu'il existerait d'autres sources de phosphate dans les eaux usées qui transitent dans les usines de traitement des eaux? Si oui, ne devrait-on pas, comme pour les résidents des lacs, appliquer le principe du « pollueur-payeur » afin que seulement les derniers manufacturiers et utilisateurs de phosphates paient et non pas l'ensemble des contribuables ? Ce serait une manière de forcer l'internalisation des coûts aux vrais responsables ?

Connaissance et algues bleues Qui peut-être contre la vertu d'avoir plus de connaissance et d'études ? Personne, et certainement par Greenpeace. Greenpeace accueille donc favorablement les efforts annoncés dans ce domaine notamment en faisant passer de 250 à 700 le nombre de lacs du réseau sous surveillance volontaire. Cependant, il ne faudrait pas que l'attente des résultats de nouvelles études soit un prétexte pour retarder les mesures de prévention déjà bien balisées et identifiées. Le Ministère de l'Environnment (MDDEP) avait fait de très bonnes études dans le passé sur les bassins versant problématiques. Pensons notamment aux études de 2005 et celle de 2003. Il est essentiel de publier annuellement un rapport sur l'état des eaux des bassins versant afin de pouvoir juger des progrès ou des échecs des mesures gouvernementales. Généralement, le problème n'est pas forcément un manque de connaissance, mais un manque de volonté politique. Espérons que nous ne retomberons pas dans ce scénario.

Verrons-nous, durant l'été 2008, les premiers signes d'une amélioration des eaux des lacs et cours d'eau à la suite de la mise en place de certaines des 35 mesures annoncées par le gouvernement? Trop tôt pour le dire, mais le dossier des algues bleues à l'été 2008 sera un test crucial pour l'efficacité réelle des mesures que le gouvernement vient d'annoncer.