Rachel Lee, victime coréenne de l’amiante, venue faire appel au gouvernement du Québec en décembre 2010, est décédée.
Rachel Lee, victime coréenne de l’amiante, venue au Québec en décembre 2010 pour supplier que le Québec arrête d’exporter l’amiante, est décédée hier. Autour du monde, les victimes de l’amiante et le mouvement syndical international lui rendent hommage pour son courage et son altruisme. Ci-dessous, la copie d'une lettre envoyée au ministre Clément Gignac pour demander qu’il honore l’appel que Rachel Lee lui a personnellement adressé.
Toutes nos condoléances les plus profondes à la famille de Rachel Lee.
+++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
le 22 décembre 2011
Monsieur Clément Gignac, ministre des Ressources naturelles et de la Faune
Assemblée nationale, Québec
Monsieur le Ministre,
Le 9 décembre 2010, vous avez rencontré Madame Rachel Lee à l’Assemblée nationale. Madame Lee souffrait d’un cancer causé par l’amiante (le mésothéliome). Elle faisait partie de la délégation Solidarité Asie-Québec. Elle est venue au Québec pour demander que votre gouvernement ne finance pas la relance de la mine Jeffrey et cesse d’exporter l’amiante.
Nous voulons vous informer que Madame Lee est décédée hier du mésothéliome. Ci-dessous sont deux photos prises quand elle était au Québec en décembre dernier et une photo prise hier alors qu'elle était en train de mourir. Son jeune fils est à côté d’elle.
Pendant qu’elle était au Québec, elle prenait des médicaments puissants contre les douleurs atroces qu’elle éprouvait. Malgré ses souffrances personnelles, elle est venue au Québec en plein hiver, motivée par le courage et par l’altruisme, souhaitant empêcher que d’autres ne deviennent pas, comme elle et sa famille, victimes de l’amiante. Il est difficile d'oublier et d'excuser que pendant son séjour au Québec, Madame Lee fut attaquée par Jacques Dunnigan, PhD, du lobby amiante qui l'a accusée de tricherie et de ne pas vraiment souffrir du mésothéliome. Cette attaque mensongère a causé beaucoup de peine à Madame Lee.
Je crois que vous serez d’accord pour reconnaître que cette attaque démontre une insensibilité et une cruauté extrêmes, qui déshonorent le Québec.
Madame Lee n’a jamais travaillé dans une usine utilisant l’amiante, n'ayant qu’habité un appartement voisin d’une grande usine coréenne de fabrication de produits d’amiante chrysotile-ciment. D’autres résidents du même immeuble ont aussi péri ou sont malades du mésothéliome. La plus grande partie de l’amiante importé en Corée provenait du Québec.
Quand madame Lee a parlé à une conférence de presse à l’Assemblée nationale en décembre dernier, elle n’a pas pu s’empêcher de pleurer en parlant des ses deux enfants qui allaient devenir orphelins et de son mari, qui deviendrait un veuf. C’est ce qui est survenu aujourd’hui.
Monsieur le ministre, vous avez rencontré et vous avez écouté l’appel de madame Lee que votre gouvernement ne finance pas la relance de la mine Jeffrey et ne crée pas d’autres victimes de l’amiante en Asie. Elle vous a posé la question: “Est-ce que nos morts ne sont pas assez nombreux?”



Nous vous demandons, à vous, au nouveau ministre du Développement économique, Sam Hamad, et au Premier Ministre Charest, de restaurer l’honneur du Québec, d’entendre la supplique de Rachel Lee et de toutes les victimes de l’amiante autour du monde et de ne pas financer la mine Jeffrey. Comme cela, le destin tragique de Rachel Lee aura servi à quelque chose.
Nous attendons votre réponse avec espoir.
DR FERNAND TURCOTTE, MD, Professeur émérite au département de médecine sociale et préventive, Faculté de Médecine, Université Laval *
KATHLEEN RUFF, coordonnatrice, Délégation Solidarité Asie-Québec; auteure, Quand le Canada exporte le mal: La Vente de l’amiante dans les pays en développement
ÉRIC DARIER, Ph.D., Directeur de Greenpeace au Québec *
MICHELINE BEAUDRY, Ph.D., professeure retraitée de nutrition publique, Université Laval *
NOTE: Nous, les signataires, avons eu le grand privilège de connaître Rachel Lee quand elle est venue au Québec en décembre 2010
* Institutions nommées pour raisons d’identification seulement