greenpeace team inspecting ancL'environnement est à la mode ! Pour preuve, un article dans Le Monde dans lequel l'industrie biotechnologie est prête à justifier le développement d'arbres OGM pour résoudre les changements climatiques. Le seul os à cette stratégie de marketing industriel sont les risques pour la biodiversité que posent les arbres OGM. Conclusion: il ne suffit pas de parler 'vert' pour que ce soit véritablement vert. Et si vous ne pensez qu'il n'y a pas d'arbres OGM au Québec, passez par là.

Les promoteurs des arbres OGM veulent profiter de la vogue pour les agrocarburants LE MONDE | 20.04.07 |

DURHAM (ETATS-UNIS) ENVOYÉ SPÉCIAL

En avril, un fin manteau de poussière jaune recouvre la Caroline du Nord : voitures, maisons et chaussures revêtent un habit de printemps tissé par le pollen qu'émet avec prodigalité la grande forêt de pins qui occupe le sud-est des Etats-Unis. Ce phénomène saisonnier est un sujet d'interrogation scientifique : quelles sont les caractéristiques de ce pollen et, surtout, jusqu'à va-t-il fertiliser d'autres arbres ?

La question n'est pas innocente : elle se pose alors que les pressions se font de plus en plus fortes pour lancer à grande échelle la plantation d'arbres génétiquement modifiés. "Il faut absolument savoir jusqu'où le pollen peut voyager et faire sentir ses effets, afin d'évaluer le risque de contamination des forêts naturelles par les gènes modifiés de ces éventuelles cultures", assure Claire Williams, professeur à l'université Duke, à Durham.

Un des moyens de le savoir est d'escalader une tour métallique d'environ 25 mètres de haut, dans une forêt de pins (Pinus taeda) aménagée en laboratoire par les biologistes de l'université Duke. Sur la plate-forme, située un peu au-dessus de la cime des arbres, une biologiste dispose une boite cylindrique munie d'une petite pompe pour absorber l'air ambiant et filtrer le pollen. Les heures de prélèvement sont soigneusement enregistrées. Diverses analyses suivront pour tester la viabilité du pollen et sa fécondité.

Ces opérations sont répétées des dizaines de fois pendant les quelques semaines que dure la période d'émission du pollen, et complétées par des observations en mer ou dans d'autres observatoires à travers le pays. Le but : savoir jusqu'où le pollen du pin peut aller féconder ses congénères du continent nord-américain. "Les entreprises forestières savent depuis longtemps que les pins taeda peuvent polliniser sur de longues distances, dit Claire Williams, qui coordonne le projet, mais l'étude n'en avait jamais été faite de manière systématique."

Dans la serre de son laboratoire de l'université de Caroline du Nord, à Raleigh, Vincent Chiang, sans doute le meilleur spécialiste mondial des OGM sylvicoles, se soucie peu de cette question : "Nous maîtrisons bien la biotechnologie permettant de contrôler la production de lignine dans les arbres, dit-il. On peut l'utiliser pour produire plus de papier et surtout de l'éthanol, l'agrocarburant pour les automobiles." Il a mis au point une technique, présentée dans la revue Nature Biotechnology, en août 1999, consistant à modifier le gène contrôlant la production de lignine d'un arbre puis à le réinsérer dans le tissu germinatif de l'arbre. Les cellules sont alors multipliées et peuvent produire une plantation entière.

EUCALYPTUS, PEUPLIERS ET PINS

La lignine est un composant du bois qui lui assure sa solidité, mais qui n'a pas d'utilité pour le papier ou l'éthanol, à la différence de la cellulose, à laquelle elle est mêlée. Produire des arbres avec moins de lignine, c'est abaisser le coût d'extraction de la cellulose. "J'étudie maintenant les gènes contrôlant la production de la cellulose et ceux contrôlant la croissance de l'arbre, afin d'augmenter la rapidité de celle-ci", poursuit M. Chiang. L'industrie forestière hésite pourtant à s'engager sur les arbres génétiquement modifiés. Seule ArborGen, filiale de groupes papetiers américains et néo-zélandais, située en Caroline du Sud, s'y engage fermement. L'entreprise, dirigée par une ancienne de Monsanto, Barbara Wells, cultive la discrétion. Son site Internet est peu informatif, et elle n'a pas donné suite aux demandes d'interviews du Monde. Elle développe des eucalyptus, des peupliers et des pins transgéniques. "Si les arbres croissent plus efficacement, dit Susan McCord, de l'Institute of Forest Biotechnology, une organisation visant à promouvoir les OGM sylvicoles, ils utiliseront moins d'espace, ce qui permettra de protéger les forêts naturelles." Une analyse contredite par les écologistes, qui pointent l'expansion des plantations d'arbres, notamment en Indonésie et au Brésil. "Les plantations en monoculture sont une cause majeure de la déforestation tropicale", juge Anne Petermann, du Global Justice Ecology Project.

Le processus d'autorisation des arbres transgéniques est au point mort aux Etats-Unis. Mais ArborGen vise surtout les pays du Sud, où les administrations sont moins regardantes et les oppositions moins vives. Début avril, elle a obtenu du Brésil l'autorisation d'y tester des eucalyptus génétiquement modifiés. Avec la vogue des agrocarburants et la perspective d'utiliser les forêts pour stocker du carbone, dans le cadre de la Convention sur le changement climatique, les promoteurs des arbres OGM sont confiants.

Même si les risques sont mal connus. "La forêt n'est pas une autre sorte d'agriculture, avertit Claire Williams. Un arbre vit des dizaines d'années. On ne peut pas faire quelque chose juste parce qu'on sait le faire." Hervé Kempf