Texte tiré du journal Le Nouveliste de Trois-Rivières:

Les Atikamekws bloquent à compter de ce matin plusieurs chemins forestiers de même que le chemin de fer du Canadien National (CN) en Haute-Mauricie. Les trois conseils de bande de Wemotaci, d'Opitciwan et de Manawan protestent contre l'exploitation des ressources naturelles de leur territoire ancestral par les entreprises forestières. Les Atikamekws entendent perturber les opérations forestières et de transport de la ressource vers les usines de transformation.

«Nous visons surtout les opérations forestières de Kruger», affirmait hier en entrevue le chef du conseil de bande d'Opitciwan, Christian Awashish.

Les chefs autochtones assurent toutefois que la circulation des villégiateurs, des touristes et des résidents de la forêt ne sera jamais entravée. Les Atikamekws vont bloquer les chemins forestiers afin de paralyser les opérations forestières. De plus, les trains de marchandises qui empruntent le chemin de fer du CN seront bloqués. «Nous bloquons juste les trains qui amènent les ressources naturelles de notre territoire», explique le chef du conseil de bande de Wemotaci, David Boivin.

Ce vaste blocus qui s'installe ce matin ne sera levé que lorsque les gouvernements fédéral et provincial accepteront de négocier avec les représentants de cette Première nation. Les Atikamekws veulent une entente inspirée de la Paix des Braves qui encadre l'exploitation des ressources naturelles sur le territoire des Cris et ainsi développer les trois communautés en situation d'extrême pauvreté. Le territoire revendiqué par les Atikamekws, nommé Nitaskinan, est d'une superficie de 62 000 km2, soit plus de deux fois la superficie de la Ville de La Tuque.

Entreprises il y a plus de trente ans, les négociations entre la nation atikamekw et les gouvernements n'avancent pas. «Depuis trois ans, nous sommes complètement bloqués. Le gouvernement fédéral n'a plus de négociateur. C'est assez! Trente-trois ans de négociations, c'est inacceptable», précise le chef Awashish. «Pendant ce temps, le quotidien sur nos communautés n'est pas mieux. Les gens vivent encore dans la pauvreté et nous manquons de maisons pour tout le monde.»

«Ma communauté subit depuis plus de 100 ans des préjudices sociaux sur son territoire sans aucune compensation ni dédommagement», explique le chef Awashish, rappelant que sa communauté a subi une première inondation en 1920 et une deuxième dans les années 1940 lors de la création du réservoir Gouin, ce qui a forcé le déplacement à deux reprises du village. «Nos territoires ont fait l'objet d'acquisition par des intérêts privés. Aucun bénéfice à ce jour pour les Atikamekws. Ça suffit!», ajoute Christian Awashish.

Le chef David Boivin précise aussi que les Atikamekws tentent de rallier les autres Premières nations du Québec. «D'autres conseils de bande pourraient se joindre à nous», dit-il.

Il y a quelques semaines, le conseil de bande d'Opitciwan demandait à Québec qu'une partie d'un Contrat d'approvisionnement et d'aménagement forestier (CAAF) de Kruger leur soit octroyée.

Rappelons que le plan de consolidation régional des opérations de Kruger prévoit le transfert des 268 500 m3 attribués à la scierie de Gérard Crête et fils de Saint-Séverin-de-Proulxville vers les scieries des Industries Parent ainsi que de Saint-Roch-de-Mékinac. Évoquant des droits ancestraux et des raisons économiques, le conseil de bande d'Opitciwan demande que Québec lui accorde 74 000 m3 de ces volumes attribués à Kruger. Ces demandes sont restées lettre morte.

«Le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Clément Gignac, n'a jamais considéré nos demandes», précise le chef Awashish. «C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase et qui nous pousse à bloquer les chemins forestiers. Nous ne sommes pas considérés.»

Le conseil de bande d'Opitciwan prétend que ce refus de discuter de ces demandes l'a poussé à passer à l'action. «Nous passons à une autre étape. On monte la pression d'un cran», soutient le chef Christian Awashish. «C'est un geste de désespoir.»