Toujours impressionnant de voir les représentants de l’industrie forestière, (celle qui rase nos forêts publiques depuis des décennies), s’offenser quand le grand public voit des images de camion qui coupe la forêt, comme si c’était rendu tabou de montrer ce que c’est que  l’exploitation forestière. Dans ce cas-ci, c’est l’Ordre des ingénieurs forestiers, des associations et des entreprises qui « pètent les plombs » contre la publicité du Jour de la Terre montrant une forêt se transformer en coupe à blanc après le passage d’une abatteuse.

Des images injustes ?

Cette publicité serait injuste envers l’industrie. Plus de 45 plaintes ont été envoyées au Jour de la Terre afin que l'association retire la publicité qui n’est en fait qu’un simple dessin animé de quelques secondes.

« Il y a une écoeurantite aiguë de se faire taper dessus, dit François-Hugues Bernier, porte-parole de l'Ordre des ingénieurs forestiers du Québec. Ça m'a beaucoup surpris, mais surtout déçu qu'en 2013 on puisse dépeindre l'industrie québécoise de cette façon. »

La raison pour laquelle l’industrie à l’épiderme si sensible quant à son image ? Et bien, la raison réside peut-être dans le fait que c’est à peu près le seul progrès tangible qu'elle ait accompli dans les dernières années : améliorer son image. Les firmes de communications, les campagnes de pubs,  les changements de logos et de noms, les politiques vertes, etc. Voilà le fruit d’un malaise profond sur la réalité du terrain.

Car que s'y passe-t-il vraiment ?

-  Au Québec, plus de 90% des coupes forestières sont encore des coupes à blanc (que l’on appelle maintenant de la CPRS (Coupe avec protection de la régénération et des sols) justement pour une question d’image…car ça reste une coupe totale);

-  on a coupé entre les années 2000 et 2010 plus de 300 000 hectares de forêt annuellement, soit 1520 terrains de football par jour;

-   88% de notre forêt publique productive a été allouée à l’industrie et de tout ce territoire, ce sont près de 90% qui ont déjà été coupés ou fragmentés;

-   à peine 5% de notre forêt est protégée;

-   l’industrie opère maintenant au nord du 51ème parallèle, en pleine forêt vierge et habitat d’espèces menacées, là où la régénération prendra des siècles.

Seuls le ralentissement économique, la baisse de possibilité forestière et la crise dans le secteur immobilier aux États-Unis semble avoir eu un réel effet sur la pression exercée sur nos forêts.

Arrêtez de prendre les gens pour des valises !

Si l’industrie investissait autant de temps et d’énergie à changer ses pratiques et à encourager la création d’aires protégées qu’elle n’en prend pour défendre son image, nous éviterions ce genre de situation embarrassante pour les représentants du monde forestier. Combien de propositions d’aires protégées faites par les citoyens, par les autochtones, par les pourvoyeurs et les amateurs de plein air et par les groupes environnementaux sont bloqués par les compagnies forestières qui ne veulent surtout pas diminuer d’un iota leur pression sur la forêt ?

Combien de recommandations par la communauté scientifique pour l’aménagement forestier durable et la sauvegarde d’espèces menacées sont complètement ignorées par l’industrie forestière ?

Le jour où l’industrie pourra réellement se regarder dans le miroir, qu’elle n’aura pas honte de dire qu’elle coupe des arbres parce qu'elle aura amélioré sa façon de faire et minimisé ses impacts plutôt que de maximiser les profits à court terme…alors là nous pourrons avancer. Car soyons clair, ce n’est pas la coupe d’arbre le problème, mais bien le « où », le « comment » et le « pourquoi « (et le « qui » plus souvent qu’autrement malheureusement) qui déterminent la durabilité des pratiques.

En attendant, il est temps que l’industrie cesse de prendre les gens pour des valises et qu’elle assume ce qu’elle est. 

Pour visionner la publicité du Jour de la Terre, c'est ici.

Marche pour la Terre.

Coupes à blanc dans les Montagnes Blanches