Cette semaine, je pars pour Doha, où 17 000 participants sont attendus pour la dix-huitième  Conférence des parties (COP 18) sur les changements climatiques des Nations Unies. L’atmosphère est survolté et la délégation de Greenpeace est vivement prête à transmettre au gouvernement des messages sans équivoque l’enjoignant à prendre conscience du fait que les changements climatiques sont déjà en cours et qu’il faut de toute urgence prendre des mesures pour éviter un réchauffement planétaire catastrophique. Même la Banque mondiale et les plus gros investisseurs financiers au monde exigent des actions plus musclées dans ce dossier.

Ces négociations sont importantes. Les changements climatiques ne sont plus une vague menace qui plane sur l’avenir. Ils sont bel et bien amorcés. À la fin d’une année marquée par les effets dévastateurs de ces changements sur des foyers et des familles du monde entier, le besoin de passer urgemment à l’action est devenu très évident.

Cette année, nous avons été témoins de tempêtes, de sécheresses et d’inondations des plus violentes, lesquelles ont fait de nombreuses victimes, entre autres aux États-Unis, en Chine, en Inde, ainsi que dans les pays d’Afrique et d’Europe. Ces événements doivent être vus comme un signal d’alarme et il y a lieu de se demander si les gouvernements protégeront leur population ou le lobby des combustibles fossiles.

Le Protocol de Kyoto figure parmi les nombreux enjeux qui feront l’objet de discussions à Doha. Il s’agit de la seule entente internationale ayant force obligatoire en matière d’émissions de gaz à effets de serre et la première période d’engagement se termine à la fin de cette année.

Les demandes de Greenpeace

Greenpeace demande que les parties présentes à Doha s’entendent sur une seconde période d’engagement  et que celle-ci ne mette pas en réserve les droits d’émissions excédentaires – ou les allocations « d’air chaud » (hot air) – qui permettent aux gouvernements de s’extirper de l’obligation d’agir concrètement dans le dossier des changements climatiques par la voie d’ententes commerciales. On estime à 13 milliards de tonnes de CO2 la quantité d’"air chaud" résiduel, un chiffre qui est 2,5 fois supérieur à celui des émissions annuelles de l’Europe.

Le problème s’amplifie. Au cours des cinq dernières années, les émissions causées par une utilisation croissante du charbon comptent pour les deux-tiers de la hausse des émissions mondiales de CO2 et entraînent une augmentation sans précédent des gaz à effets de serre. Dans les dernières semaines, la Banque mondiale, l’Agence internationale de l'énergie et le Programme des Nations unies pour l'environnement ont tous émis des avertissements sur les conséquences qu’entraînent des changements climatiques non freinés. L’alarme est sonnée.

L’économie mondiale de l’énergie est non seulement sur une mauvaise voie mais elle fonce à toute allure dans un cul de sac. À Doha, les gouvernements doivent :

  • établir une entente qui assure la continuation du Protocole de Kyoto et éliminer les failles qui permettent aux pays de polluer sans entraves pendant de nombreuses années;
  • renforcer les objectifs de réductions d’émissions de GES qui sont largement insuffisants et réaffirmer à nouveau l’urgence dans le cadre des négociations;
  • mettre le cap sur une entente mondiale juridiquement contraignante en 2015;
  • dégager des fonds immédiats et futurs pour aider les pays en développement à prendre un virage économique axé sur les énergies propres et à s’adapter aux impacts des changements climatiques déjà incontournables.
  • établir un cadre de travail qui prévoit des fonds pour la protection des forêts, l’établissement de cibles quant aux efforts pour en stopper la destruction et des mesures pour sauvegarder la biodiversité et protéger les droits des peuples autochtones.

Le rôle du Canada 

Lors des cinq dernières années, le Canada est le paix qui a raflé le plus de « Prix Fossile du jour ». Remis par le Réseau Action Climat international, ce "prix-citron" est remis au pays ayant le plus nuie aux négociations internationales.

Voici quelques faits sur l’absence totale de leadership du Canada en matière de changements climatiques :

  • Seul pays a avoir affaibli son objectif de réduction de ses émissions de GES à Copenhague en 2009.
  • Seul pays qui s'est retiré du Protocole de Kyoto avant la fin de la première période d'engagement (2012).
  • Les émissions de GES du Canada en 2010 étaient de 692 mégatonnes (Mt) (Co2 eq.), 17% (102 Mt) au-dessus des émissions de 1990 de 589 Mt. En comparaison, l'objectif de Kyoto visait une réduction de 6% en moyenne sous les niveaux de 1990 au cours de la période 2008-2012.
  • L’objectif de réduction de GES du Canada pour 2020 (soit 3% au-dessus du niveau de 1990) est l'un des pires (voire le pire) parmi les pays industrialisés. Cette cible se situe bien en deçà des recommandations des scientifiques pour les pays industrialisés (-25% à -40% en dessous du niveau de 1990 en 2020) si nous voulons éviter un changement climatique catastrophique.
  • Le Canada n'a pas de plan pour atteindre sa cible extrêmement faible pour 2020.
  • Le Canada n'a toujours pas de réglementation pour les émissions de GES provenant du secteur pétrolier et gazier qui est le 2e secteur qui émet le plus de GES au pays.
  • L’exploitation des sables bitumineux devrait quadrupler dans les années à venir.

Les récents événements météorologiques extrêmes aux États-Unis comme Sandy doivent réveiller le gouvernement Harper. En tant que pays industrialisé et grand contributeur des changements climatiques, il est du devoir du Canada d’entamer la lutte de front.

Cet engagement passe forcément par le versement rapide du 200 millions de dollars qu'il lui reste à verser pour honorer ses engagements financiers (2010-2012) envers les pays en développement. Ces derniers ont un besoin criant de cet argent  pour s’adapter aux changements climatiques et réduire leurs émissions. Enfin le Canada, doit annoncer de nouveaux soutiens financiers pour aider ces pays dès 2013 et au-delà.


Lors des négociations climatiques de Durban l'année dernière, les gouvernements ont convenu de signer un accord mondial juridiquement contraignant en 2015, ainsi que de réduire les émissions d'ici l'entrée en vigueur de cet accord en 2020. À Doha, ils doivent montrer un réel progrès vers l'accord 2015 et faire preuve d’encore plus d'ambition pour 2020.

Patrick Bonin est responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace Canada. Il sera à Doha du 30 novembre jusqu'au 7 décembre afin d’analyser et commenter les négociations. Suivez ses commentaires et réactions sur Twitter à @patbonin.


Télécharger le document Les demandes de Greenpeace à Doha – COP 18 (français à venir).