Le prix des denrées alimentaires monte en flèche. Depuis un an, les prix à l’exportation des principales céréales ont augmenté d’environ 70 %. Pour les populations les plus vulnérables dans le monde, toute augmentation importante des prix des denrées alimentaires a un impact presque immédiat sur leur capacité à se nourrir.

Souvent, dans le désespoir des estomacs vides, les peuples affamés se révoltent. On l’a vu lors des émeutes de la faim en 2008 lorsque les prix des denrées alimentaires de base avaient rapidement grimpé. Même la révolution française de 1789 a commencé par une crise alimentaire. La révolution récente en Égypte, et maintenant ailleurs, est un des indicateurs de ce phénomène.

Ce qui est le plus inquiétant est la combinaison de facteurs dans la crise alimentaire actuelle. En fait, il existe trois spirales de facteurs qui, mises ensemble, pourraient nous diriger vers l’abîme.

Spirale 1: crises écologiques

Les impacts des changements climatiques, notamment la plus grande fréquence des événements météorologiques extrêmes, commencent à avoir des conséquences négatives sur les productions agricoles dans le monde. Par exemple, en 2010 en Russie et en Ukraine, la sécheresse et les incendies ont forcé ces pays à suspendre leurs exportations de blé affectant ainsi 50 % de la demande mondiale.

L’accélération du déclin de la biodiversité dans le monde (sous la pression démographique, mais aussi d’un modèle de croissance économique non durable) affaiblit les capacités des écosystèmes à absorber les chocs des événements météorologiques extrêmes à répétition.

Malgré un début de virage vers des énergies renouvelables et plus propres, les énergies fossiles continuent leur expansion, alimentée par une montée inévitable du prix du pétrole à moyen et long termes. C’est pour cela qu’il faut un accord international significatif sur la lutte aux changements climatiques.

La promotion de fausses solutions comme les biocarburants (fait à partir de maïs en Amérique du Nord ou avec de l’huile de palmier dans le Sud-Est asiatique), mais aussi la biomasse (incinération à grande échelle de forêt pour produire de la chaleur ou de l’électricité), a contribué à la flambée de prix des denrées alimentaires et à l’augmentation des pressions sur la biodiversité et les terres agricoles disponibles.

Spirale 2: crises agricoles

Selon le bulletin de la FAO de mars 2011, l’indice des prix a atteint 236 points en février 2011 (indice 100 en 2002) et la FAO ne voit pas de lumière au bout du tunnel. La FAO s’attend même: « à une chute brutale des stocks céréaliers mondiaux du fait de la diminution des quantités de blé et de céréales secondaires ».

Comme le pétrole est devenu un élément important en agriculture (engrais et pesticides de synthèse, machines agricoles, etc.) et plus généralement dans l’ensemble du système alimentaire (transport, réfrigération, transformation, distribution, etc.), on ne peut que prévoir une augmentation des prix des denrées alimentaires.

Depuis les dernières décennies, les subventions massives à l’agriculture industrielle, grande consommatrice de pétrole dans les pays du Nord (Europe, États-Unis, Canada), ont eu l’effet pervers de maintenir les prix mondiaux des denrées agricoles à un niveau plus bas que les coûts de production dans beaucoup de pays du Sud (dumping des surplus alimentaires subventionnés des pays du Nord vers le Sud), minant ainsi la survie de centaines de millions de petits paysans dans les pays du Sud. Maintenant qu’il y a pénurie et augmentation des prix des denrées alimentaires, les petits paysans du Sud qui ont été négligés, voire carrément dépossédés de leurs terres, ne peuvent pas répondre à la demande.

Spirale 3: spéculation financière

En marge d’une réunion des ministres des Finances du G20, en février dernier à Paris, le président de la Banque mondiale Robert Zoellick, a confirmé que l’augmentation de prix des denrées « constitue un risque pour la stabilité politique de nombreux pays ».

Selon le quotidien Le Monde, l'une des raisons de cette flambée des prix est le « système économique et financier désormais dominé par l’intrication qui fait communiquer entre elles les variables des fondamentaux: cours des changes, marchés du pétrole et des matières premières, filières de production industrielle et agricole. » En clair, la globalisation des marchés financiers a eu un effet pervers négatif sur les prix de denrées alimentaires alors qu’à l’origine les marchés à terme pouvaient diminuer les risques dans le contexte d’une production agricole peu élastique, mais fortement encadrée comme un système de gestion de l’offre.

Espoir au bord de l’abîme

La combinaison des trois spirales pourrait bien nous entraîner dans un abîme dont on ne connaît pas le fond. Cependant, on connait les solutions d’espoir pour sortir de ces trois spirales infernales :
•    Sortir des énergies fossiles au plus vite et ainsi limiter les impacts des changements climatiques
•    Protéger la biodiversité mondiale qui nous reste (océans, forêts, terres humides, etc.)
•    Revoir complètement le modèle économique actuel de croissance illimitée et éviter le mirage de l’hyperconsommation. Ceci implique aussi des mesures de réduction des pires inégalités dans le monde.
•    Adopter des politiques pour une agriculture écologique, de moins en moins dépendante du pétrole et des intrants chimiques
•    Contrôler les marchés financiers mondiaux.

Toutes ces alternatives sont possibles. C’est à nous de forcer le changement. Il n’y a pas de fatalisme.