(Image: Capture d'écran du site de Radio-Canada )

La semaine dernière, l’émission Enquête a dévoilé les faiblesses des lois et des mesures destinées à protéger nos milieux marins au Canada. Le verdict est clair : le Canada, naguère connu comme étant à l’avant-garde de la protection des ressources halieutiques dans le monde, se trouve désormais parmi les pires élèves de la classe.

Pendant l’émission, le constat du manque de protection des océans au Canada s’est fait à l’aide d’entrevues avec des chercheurs à travers le pays. Un d’entre eux  travaille pour Pêche et Océans Canada et il a décidé de garder l’anonymat, car une directive du  gouvernement l’empêche de parler directement aux médias. Ce chercheur a expliqué que cette censure ne s’exerce  pas seulement à cause des règlements invoqués par le gouvernement face à leurs employés, mais aussi au moyen de compressions budgétaires constantes qui mettent en danger les recherches scientifiques nécessaires pour la saine gestion de nos aires marines.

« Même si on voulait parler, si on ne voit pas, il n’y a plus rien à dire. »

-Chercheur de Pêche et Océans Canada

Les révélations sont tristes, mais elles ne surprennent point : la loi C-38 a déjà fait des dégâts. En vertu de celle-ci, seules les espèces de poissons considérées comme ayant une valeur commerciale sont protégées par les lois fédérales. Une idée qui ne tient pas la route, car on ne peut protéger qu’une espèce à la fois dans des écosystèmes où tout est interconnecté.

Au-delà du simple constat que le gouvernement délaisse les mesures de protection des océans, Enquête a su montrer le lien entre les politiques  du gouvernement conservateur et les intérêts des plus grandes compagnies pétrolières.

«  Dans la dernière année, l’Association des producteurs de pétrole du Canada a communiqué  plus de trois cents fois avec des hauts placés du gouvernement fédéral dont certains de Pêche et Océans »

En essayant de réduire les évaluations environnementales obligatoires, les pétrolières ont le chemin libre pour construire de mégas projets comme le pipeline  Northern Gateway en Colombie-Britannique et la station de forage Old Harry dans le Golfe du Saint-Laurent.

Le gouvernement affaiblit certaines lois et en ignore d’autres

 Le gouvernement démantèle non seulement les lois environnementales qui entravent les activités des grandes compagnies pétrolières, il n’exige même pas que les lois qui restent soient toujours respectées. C’est le cas pour la loi sur les espèces en péril. Selon celle-ci, le gouvernement fédéral est tenu d'élaborer des stratégies de rétablissement pour les espèces désignées comme étant en danger d’extinction.

Le mois dernier, Greenpeace a déposé une poursuite contre le gouvernement parce qu’il n’a pas  établi de stratégie de rétablissement pour quatre espèces en péril : la baleine à bosse du Pacifique, le caribou de montagne, le guillemot marbré et l’esturgeon blanc du Nechako. Le gouvernement est en retard de trois ans sur l’établissement d’un plan d’action. Ces espèces ont toutes un point en commun : leurs habitats se retrouvent le long du pipeline proposé, le Northern Gateway. Sans stratégies de rétablissement pour ces animaux, leurs habitats n’auraient pas besoin d’être pris en considération lorsque le projet sera mis de l’avant.  Le gouvernement fédéral aimerait bien pouvoir ignorer les lois qui dérangent leurs amis dans le secteur pétrolier, mais nous ne les laisserons pas faire.

Une victoire pour Greenpeace dans cette poursuite obligerait le gouvernement à respecter ses propres lois, mettant ainsi un frein à cette course destructive vers l’or noir.