Vous avez écouté ou lu le discours inaugural de Mme Marois la semaine dernière ? Si l’attention médiatique a surtout reposé sur la loi 1 et les répliques tonitruantes des partis d’opposition en déficit d’attention, ce sont les quelques lignes sur le Plan Nord qui ont retenu mon attention. L’équipe du Parti Québécois mise gros sur les ressources naturelles pour boucler une plateforme qui implique des dépenses considérables et pour la plupart essentielles, dont l’électrification des transports. C’est donc sans surprise que Mme Marois a insisté sur l’importance d’aller défricher le Nord pour s’enrichir collectivement. Est né le slogan du Plan Nord du PQ : «Le Nord pour tous ».

La protection a bien meilleur goût

Or dans ce discours qui a largement évacué les grands enjeux environnementaux de l’heure – sans doute pour fermer le clapet aux détracteurs du nouveau gouvernement qui tirent à boulet rouge sur les « radicaux » ministres Breton et Ouellet – Mme Marois a manqué une occasion en or pour remettre les pendules du Nord à l’heure. Après 4 ans de propagande libérale sur le Plan Nord à la sauce extractiviste, on aurait espéré que la machine du PQ ait réfléchi davantage à l’importance de protéger le Nord avant même de penser à aller le défoncer.

Face a l’immense empreinte de l’industrie forestière qui chaque jour repousse les limites des coupes forestières aux abords des zones subarctiques, face à l’omniprésence des « claims » miniers et la multiplication des projets de mine dans le Nord du Québec, le gouvernement doit se prémunir d’outils pour faire face aux impacts négatifs de ces industries sur nos écosystèmes en protégeant adéquatement le Nord du Québec. Alors qu’à peine 5% de nos forêts sont protégées et qu’à l’ensemble du territoire québécois ce ne sont toujours que 8% qui sont immunisés contre l’exploitation industrielle, il y a du pin et de l’épinette sur la planche, et ça urge.

Défoncer les forêts vierges du Nord, couvertes d’un délicat tapis de lichen et d’arbres centenaires, prendra des siècles à cicatriser. C’est dans ces dernières forêts grandes vierges du Québec –  située en marge de la limite nordique des coupes forestières – que Greenpeace fonde ses plus grands espoirs pour la sauvegarde de la biodiversité, le maintient de l’intégrité des écosystèmes et la protection des valeurs ancestrales des Premières Nations qui occupent ces territoires et voient disparaitre chaque année des pans entiers de leur patrimoine. Déjà nous travaillons pour sauver deux zones exceptionnelles, les Montagnes Blanches et la Vallée de la Broadback, mais la pression pour défricher le Nord se fait sur tous les fronts.

Québec doit se ressaisir

Trop longtemps nos gouvernements ont observé et même encouragé ce saccage sans se préoccuper des conséquences. L’équipe Breton-Ouellet-McKay-Trottier doit mettre en place un réseau de grandes aires protégées nordiques AVANT que ne s’accélère quelconque industrialisation du Nord, en concentrant leurs efforts là où les menaces sont les plus grandes.

De plus, un nouveau régime forestier est en train de prendre forme au Québec, et la nouvelle loi sur l’aménagement durable des forêts sera en vigueur à partir d’avril 2013. Avec ce changement de régime, c’est le gouvernement, et non les compagnies, qui décidera du « comment » et du « où » seront coupé nos forêts publiques. Cette prise en charge de l’aménagement forestier par nos décideurs doit se traduire par une réelle modification des façons de faire, tant en terme des coupes forestières qu’en terme de niveau de protection de nos forêts.

Assez de discours, il est maintenant temps d’agir.