Incendie controlé de la nappe de pétrole après l'explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon - Mai 2010


Je tiens à m'excuser d'avance pour l'avalanche de chiffres dont il sera question dans ce billet, mais ceux-ci sont trop importants pour être passés sous silence.

Onze hommes ont perdu la vie sur la plateforme de forage Deepwater Horizon, lorsque le puits de pétrole Macondo, exploité par BP, a explosé en avril 2010. C'est un bilan qu'il ne faut surtout pas oublier. Il représente une perte incalculable pour les familles concernées.

Par contre, la somme de 4 milliards $ – annoncée en guise de règlement des poursuites criminelles intentées par le gouvernement américain – représente une nette victoire pour la firme pétrolière.

En quoi une telle somme peut-elle représenter une victoire ? La réponse est simple : les actions de BP sont en hausse. Puisque le prix des actions est le seul indicateur qui compte pour les propriétaires et les dirigeants d'entreprises, le milieu des affaires considère ce règlement comme une récompense plutôt qu'une punition.

Voici maintenant un autre chiffre : 5,5 milliards $. Il s'agit des profits de BP pour le troisième trimestre de 2012. Vous avez bien lu. Cette somme est de près d'un milliard de dollars supérieure au total des amendes criminelle et civile infligées à la compagnie, qui est de 4,525 milliards $.

L'amende imposée à BP en matière criminelle ne correspond pas aux notions communément acceptées de sanction. En théorie, les sanctions criminelles servent à punir les coupables, mais tel que mentionné plus haut, ce règlement a une saveur de récompense.

L'élément le plus important d'une sanction est sa capacité à prévenir la commission d'un acte criminel ainsi que la récidive, afin de protéger le public. Voilà pourquoi l'on jette les personnes physiques en prison. Malheureusement, l'effet dissuasif de la sanction imposée à BP est nul. Le message que le gouvernement américain envoie aux compagnies pétrolières est qu'elles peuvent s'abstenir de rehausser leurs normes de sécurité, et continuer à couper les coins ronds dans toutes leurs opérations.

L'insignifiance du règlement d'aujourd'hui peut être illustrée autrement. En effet, 4 milliards $ est une somme d'un demi-milliard inférieure aux investissements préparatoires de Shell dans l'Arctique. En effet, cette firme a déjà dépensé 4,5 milliards $ en études de toutes sortes, sans avoir encore foré un seul puits. Quand (et non pas « si ») l'inévitable déversement majeur surviendra dans cette région fragile, et que la distance compliquera les opérations de secours et de nettoyage, les dirigeants de Shell n'auront pas à s'inquiéter. Le gouvernement américain demeurera aussi impuissant qu'il l'a été lors de la marée noire du Exxon Valdez en 1989, ou lors du désastre du Deepwater Horizon en 2010.

Voilà pour les chiffres. Mais bien entendu, la réalité ne se résume pas à des considérations monétaires. À cet effet, je tiens à citer mon collègue John Hocevar : « Le prix d'un cachalot vivant dans le golfe du Mexique est incalculable. Malheureusement, nous ne connaissons pas encore les conséquences écologiques à long terme de la catastrophe de 2010. Les régions côtières méritent une évaluation pleine et entière des dommages causés par BP, mais il semble que la pétrolière a réussi à se décharger de toute responsabilité avec un règlement qui achète le silence du gouvernement. »