Earth from space

« La fertilisation des océans pourrait avoir des effets graves et à long terme sur l'environnement marin, avec des implications pour la santé humaine. » - Organisation maritime internationale

Vers la mi-octobre, la compagnie Haida Salmon Restoration Corporation a avoué qu’elle avait déversé, au mois de juin, 100 tonnes de sulfate de fer dans l’océan Pacifique, à l’ouest de Haida Gwaii en Colombie-Britannique. De par ce geste, la compagnie est allée à l’encontre de deux conventions internationales vouées à la protection de nos aires marines communes!

Cette semaine, les pays membres de l’organisation maritime internationale se sont réunis pour leur rencontre biennale à Londres. On a retrouvé à l’ordre du jour cette controverse qui met le Canada dans de beaux draps. Une déclaration émise aujourd’hui par l’organisation fait preuve d’inquiétude face à cet enjeu.

Ce projet de géo-ingénierie, aussi connu sous le nom de « fertilisation des océans », est un procédé où du sulfate de fer est déversé dans l’océan dans le but de créer une efflorescence algale. En théorie, cette croissance rapide des plantes marines pourrait absorber une quantité importante de dioxyde de carbone et servirait à réduire les gaz à effets de serre dans notre atmosphère. Je dis bien « en théorie », car en réalité les effets d’un tel déversement dans un écosystème sont multiples et beaucoup plus complexes qu’une simple réaction se limitant à un seul impact.

Lorsque la nouvelle s’est répandue qu’un projet à cette échelle avait eu lieu, elle a eu un effet-choc sur la communauté internationale. En Inde, où avait lieu la Conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique (CDB), cette annonce fit mériter au Canada le prix du Dodo. Des scientifiques à travers le monde ont immédiatement condamné cette expérience dangereuse. Non seulement, les bienfaits de la fertilisation sont mis en question, mais cette activité est considérée comme étant simplement trop risquée pour notre environnement. Les effets que cette efflorescence aura sur la chaîne alimentaire marine ne sont pas entièrement connus et il y a peu de preuves démontrant que cette technique peut bel et bien mener à une séquestration de carbone.

Mettre à risque nos écosystèmes sous le prétexte de sauver le climat

Le but premier de l’entreprise qui s’est lancée dans ce projet était d’améliorer le rendement de la pêche au saumon dans la région, tout en récupérant l’investissement initial avec la vente de crédits de carbone. Alors qu’il faudra plusieurs mois pour savoir si le projet peut en fait aider la pêche au saumon, il est fort douteux que des crédits de carbone puissent être vendus sur le marché international. La méthodologie pour la vente des crédits est stricte et il est clair que ce projet, avec un potentiel de répercussions négatives sur plusieurs écosystèmes, ne s’y conformera pas.

De la science illégitime

Il est important de noter que la convention de Londres autorise certaines expériences, mais le déversement qui a eu lieu cet été n’est pas conforme aux exigences. Voici quelques points, parmi plusieurs autres, qui démontrent que cette activité ne peut être considérée comme de la science légitime :

(1) Aucune proposition ou demande n’a été déposée auprès des autorités nationales chargées de la protection de l'environnement, soit Environnement Canada.

(2) Aucune justification scientifique appropriée n’a été faite pour le projet.

(3) Des intérêts commerciaux, ce qui est interdit, sont fortement liés au projet.

La responsabilité du Canada 

Environnement Canada a maintenant ouvert une enquête. Pourtant, il demeure inquiétant qu’une compagnie ait pu conduire un tel projet sans que le gouvernement canadien n'intervienne. Selon les accords internationaux, il est clair que le Canada est responsable du non-respect du moratoire de la CDB sur la fertilisation des océans et sur la géo-ingénierie, ainsi que du moratoire de la Convention de Londres sur l'immersion de déchets en mer.

Enfin, en vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, les États membres sont responsables de l'application des règles internationales sur les navires battant leur pavillon. Dans les prochains mois, il sera important de s’assurer que les lois soient appliquées, ainsi que d'empêcher les personnes responsables de cet incident de récidiver.

Notre réputation internationale en dépend, mais plus encore la survie des écosystèmes marins.