Cette semaine est paru le plus récent inventaire des émissions de gaz à effet de serre (GES) au pays. Allons droit au but : le Canada confirme son rôle de roi des cancres alors que le Québec reste sous haute surveillance. Ainsi, depuis 1990 les émissions au Canada ont augmenté de 18% alors qu’au Québec elles ont diminuées de près de 7%. En comparaison, le Canada avait sous Kyoto adopté une cible de -6% par rapport à 1990, et ce, pour chacune des années 2008 à 2012. Le Canada et le Québec ont donc clairement raté l’objectif de Kyoto (quoique le Québec atteint son objectif pour 2012, voir ci-dessous).

Le Canada en voie de tout rater…

Au Canada entre 1990 et 2012, les émissions de GES ont crû de 108 mégatonnes (millions de tonnes ou Mt), principalement en raison de l’augmentation de 97 Mt (21 %) due au secteur de l’énergie. Le secteur du pétrole et du gaz est maintenant le plus polluant et émet davantage que celui des transports. À eux seuls, ces deux secteurs émettent près de la moitié des GES au pays!

Ventilation des émissions du Canada par secteur économique (2012)

Source : Environnement Canada

Les émissions de GES ont également augmenté de 10 millions de tonnes au Canada au cours des quatre dernières années, soit entre 2009 (689Mt) et 2012 (699 Mt). Le Canada est également en voie de complètement rater le famélique objectif qu’il s’est fixé à Copenhague pour 2020 (+3% versus les niveaux d’émissions de 1990).

Tendances des émissions canadiennes de GES (1990-2012) et objectif de Copenhague

Source : Environnement Canada

L’expansion des sables bitumineux plombe le Canada

Une bonne partie du recul du Canada dans la lutte aux changements climatiques est due à : l’expansion de la production de pétrole des sables bitumineux, les transports, l’absence de règlementation des émissions de GES pour le secteur du pétrole et du gaz et au fait qu’il n’a toujours pas de plan pour le climat.

La production accrue de pétrole brut et le développement de l’industrie des sables bitumineux ont fait augmenter de 72 Mt les émissions du secteur du pétrole et du gaz. Dans le secteur des transports, les changements survenus dans certains sous-secteurs, comme ceux des véhicules lourds et des véhicules légers, ont quant à eux fait monter de 37 Mt les émissions comparativement à 1990. Ces hausses ont été contrebalancées par les diminutions de 6 Mt et de 17 Mt des émissions dans les secteurs de l’électricité et des industries dépendantes du commerce produisant des émissions élevées, respectivement.

Source: Institut Pembina

Sables bitumineux = grand responsable

La production des sables bitumineux est directement responsable de l’augmentation dans le secteur pétrole et gaz et est passée de 55 Mt à 61 Mt en 2012 pour désormais représenter 9% des émissions canadiennes. L’intensité des émissions par baril produit est restée sensiblement la même depuis 2004, alors que la quantité totale de barils produits elle n’a pas cessé d’augmenter. Ainsi, depuis 2005, la production a augmenté de 80% et les GES de…79%. Le secteur des sables bitumineux émet maintenant davantage que toute la province de la Colombie-Britannique!

Source : Institut Pembina

Disparités entre les provinces

On voit de grandes disparités entre les émissions des différentes provinces depuis 2005 avec l’Alberta et la Saskatchewan qui annulent les efforts des autres provinces. À elles seules, les émissions de l’Alberta surpassent celles du Québec et de l’Ontario additionnées.

Le Québec sous haute surveillance : secteur du transport et exploitation des hydrocarbures

Les nouvelles sont moins décourageantes pour le Québec qui a réussi à réduire ses émissions de 6,8% depuis 1990. Il a ainsi atteint l’objectif de -6% qu’il s’était fixé lui-même fixé pour 2012 (moins ambitieux que Kyoto toutefois). Les émissions par habitant ont fluctué légèrement, s’établissant à environ 10% sous le niveau de 1990 alors que l’intensité des  émissions par rapport au PIB a diminué de plus de 30% depuis 1990. La baisse des GES au Québec a été attribuable principalement à la diminution des émissions des secteurs de l’industrie (incluant des fermetures d’usines) et des déchets. Rappelons que le Québec n’exploite pas les énergies fossiles, qu’il produit son électricité de sources renouvelables et que, par conséquent, ce sont les  transports qui sont responsables de près de la moitié des émissions, soit 44,5%.

Il reste donc beaucoup de travail à faire dans les transports où le Québec a réussi à limiter les augmentations d’émissions pour les transports routiers (émissions stables entre 2005 et 2012 avec 27,5 Mt versus 27,3 Mt). Certaines mesures dont le Plan d’action québécois de lutte aux changements climatiques (normes californiennes pour les émissions des véhicules, conversion du mazout lourd, hausse importante de l'achalandage des transports en commun, annonce d’un système de plafonnement et d’échange d’émissions avec la Californie, etc.), ont aidé à réduire les émissions au Québec, mais il faudra mettre les bouchées triples pour atteindre l’objectif de -20% pour 2020.

Soyons clairs, Québec devra investir des milliards dans les transports en commun (l’Ontario prévoit 50 milliards pour les transports), continuer à soutenir l’électrification des transports. En fait, la performance du Québec en matière de transport pourrait faire pencher la balance et déterminera si Québec est un leader ou pas dans la lutte aux changements climatiques.

L’exploitation des hydrocarbures annulera t’elle tous les efforts du Québec?

Un autre danger guette le Québec et pourrait faire dérailler toutes ambitions de réduire les émissions de la province : l’exploitation des hydrocarbures et les projets de pipelines de sables bitumineux.

Québec pourrait annuler toutes ses réductions d’émissions s’ils se lancent dans ces nouveaux projets. La tendance à la réduction des émissions au Québec pourrait donc  être totalement inversée si nous ne faisons pas contrepoids aux lobbys pétroliers et gaziers qui sont à pieds d’œuvre pour convaincre M. Couillard de nous enfoncer dans l’exploitation ces énergies fossiles extrêmes et non conventionnelles.

D’ailleurs, l’influence de ces lobbys n’est probablement pas étrangère aux positions du nouveau Premier ministre qui dans le passé a exprimé des penchants pour la fracturation du schiste et les pipelines de sables bitumineux. Il est permis d’espérer que le PM saura résister aux chants des sirènes et s’élèvera en défenseur du climat, des populations et de l’environnement.

Chose certaine, les décisions prises aujourd’hui détermineront notre futur. Moins nous réduisons les émissions (ou plus nous tardons à le faire), plus nous souffrirons, plus les coûts seront élevés et plus les sacrifices seront importants.